Un village au bord de la faillite lance aux communes de France un appel aux dons !

LA VIE DES COMMUNES ET COLLECTIVITÉS LOCALES

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Bertrand Bayard, maire de Laucourt (Somme) : « Ce sont tous les habitants d’un village qui sont condamnés aujourd’hui pour des choses qu’ils n’ont pas faites. »

C’est une affaire dont on parle beaucoup dans le département de la Somme, mais aussi dans les Hauts-de-France : il s’agit de la situation de quasi faillite dans laquelle se trouve le village de Laucourt. En 2009, deux habitants avaient proposé de donner un coup de main pour élaguer des arbres et la commune avait loué une nacelle. Mais celle-ci avait basculé et les deux bénévoles avaient chuté de 17 mètres. L’un avait été tué et l’autre blessé grièvement. La commune a été déclarée partiellement responsable et elle a été condamnée à verser 350 000 euros aux familles des victimes. Pour ce village de 197 habitants, qui dispose d’un budget annuel de 50 000 euros, c’est évidemment imposssible. Le nouveau maire, Bertrand Bayard, a décidé de solliciter les maires de France pour éviter la faillite. Il nous explique la situation dans laquelle il se trouve.


L’Hebdo-Bourseplus : Quelle est l’origine de l’affaire pour laquelle votre commune a été condamnée ?

Bertrand Bayard : La place du village avait des arbres à élaguer. Un devis a été fait et le conseil municipal de l’époque a trouvé que l’on pouvait faire des économies sur le devis. Deux bénévoles se sont proposés pour faire le travail en échange de la reprise du bois. La commune a donc loué une nacelle. Or, au bout de quelques heures, la nacelle est tombée parce qu’ils se sont mis à deux du même côté, avec leurs tronçonneuses, et il y a eu trop de poids. Malheureusement, il y a eu un mort et un blessé grave.


Où en êtes-vous ?

À l’époque, le maire a été relaxé au pénal, mais le tribunal a estimé que la commune de Laucourt était responsable à 70 % et les deux bénévoles à hauteur de 30 %. C’est pour cette raison que la commune a été condamnée à 280 000 euros. Il y a des intérêts qui courent, entre 5 et 9 % et, si le préfet me donne l’autorisation de faire un prêt de fonctionnement, nous allons pouvoir payer la victime. Les assurances me demandent presque 300 000 euros pour les frais de soins. Imaginez les montants que tout cela représente, alors que nous avons une capacité de remboursement de 60 000 euros... Finalement, ce sont tous les habitants d’un village qui sont condamnés aujourd’hui, avec des enfants qui ne sont pas encore nés, pour des choses qu’ils n’ont pas faites.

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