Brexit : on entre dans le dur.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 27 janvier 2017 (numéro 877) : “Les résultats décryptés, suite”. Bonne lecture !!!
Costume de clown ? Clin d’œil à l’Ecosse qui veut son indépendance ? Theresa May, dans sa tenue vestimentaire pour prononcer son discours du mardi 17 janvier 2017 n’a pas fait dans la discrétion, ni dans la promotion de la mode « made in Britain ». Le 23 juin 2016, la majorité du peuple britannique, par référendum, avec une participation très forte, a décidé de sortir de l’Union européenne. « Brexit is Brexit ». La sortie, c’est la sortie. Le message de l’Union européenne était fort, soit l’Angleterre se pliait, comme la Suisse et la Norvège, aux différentes lois européennes, soit, une fois sortie, il n’était pas question de récupérer « le beurre, l’argent du beurre, les faveurs de la crémière ». Selon une indiscrétion photographique à la sortie d’une réunion de la Première ministre britannique avec un député et son assistante qui avait pris des notes, au numéro 10 de la rue Downing (10, Downing Street), c’était quasiment l’expression (dans sa version anglaise), qui était pourtant dans la bouche de la chef du gouvernement du Royaume-Uni.
Irlande du Nord et Ecosse au bord... de la sortie du R-U.
Dans les faits, il semble bien que le Royaume soit désormais tout à fait au bord de l’explosion, et l’on ne te tardera pas, avec les élections nord-irlandaises du 2 mars prochain, d’en avoir un premier avertissement. En Irlande du Nord, seul le comté de Belfast a voté en faveur du Brexit, les autres comtés ont décidé, dans une large majorité souvent, de rester dans l’Union européenne. Il est assez vraisemblable, et tout à fait logique, que la majorité des électeurs irlandais se prononcera non pas seulement en fonction des enjeux locaux mais également en fonction des enjeux liés au maintien dans le Royaume-Uni qui se sépare de l’Europe ou à l’intégration à la République d’Irlande, plus connue sous le nom d’« Irlande du Sud ». On se souvient que, depuis son adhésion en 1973, le Royaume-Uni avait milité fortement pour créer le « marché unique », ce qui fut connu par les plus anciens lecteurs sous le nom d’« Europe 1992 ». Liberté de circulation des biens (libre-échange), mais aussi règles communes, Cour de Justice européenne, liberté de circulation des personnes, liberté de circulation des capitaux… L’Union européenne remplaçait la Communauté économique européenne, et cela, visiblement, le gouvernement de Sa Majesté Elisabeth II n’en veut plus. La dénonciation, au titre de l’article 50 du traité de Lisbonne, de l’appartenance du Royaume-Uni à l’UE se fera avant le 31 mars, comme prévu, et cela permettra d’ouvrir deux années de négociations, qui sont d’ores et déjà bien préparées, tant par les négociateurs anglais que par Michel Barnier, qui n’a pas l’intention de s’en laisser conter, au nom des négociateurs européens. Le discours de mardi permet de clarifier la situation. Le Royaume-Uni ne pourra pas continuer à faire partie du marché unique puisqu’il refuse la liberté de circulation des personnes ainsi que l’autorité de la Cour européenne de Justice.
Sortie (aussi) de l’Union douanière.
Le Royaume-Uni, qui a annoncé par la voix de sa Première ministre, vouloir négocier des traités de libre-échange et des accords commerciaux avec le reste du monde, de manière indépendante, devra également quitter l’union douanière qui réunit les 28 membres de l’UE et la Turquie. Il faut savoir que, actuellement, il y a un tarif extérieur commun de cette zone, le Royaume-Uni, s’il entend reprendre sa liberté, devra impérativement quitter l’union douanière. Il est assez vraisemblable qu’il sera facile de conclure un accord de libre-échange dans un certain nombre de secteurs, tels que l’automobile, et tout le secteur des transports en général puisque ce qui reste de l’industrie britannique est totalement imbriqué dans l’industrie européenne. Que ce soit dans l’aéronautique, l’automobile, ou même la construction navale, il y a actuellement des chaînes d’approvisionnement complexes. Un navire prétendument britannique est souvent motorisé par non pas un moteur Rolls-Royce mais un moteur M.A.N. Il faut savoir que, aujourd’hui, certaines pièces détachées traversent plusieurs fois la manche afin d’être enrichies par différents équipementiers, avant de retourner en Angleterre, pour l’assemblage du véhicule en question, qu’il s’agisse des marques Jaguar, Land Rover, ou encore certains modèles Opel, comme l’utilitaire dérivé du Renault Trafic. Il y a peu, Angela Merkel a rejeté l’idée de cette Europe « à la carte », où la Grande Bretagne pourrait choisir ce dont elle fait partie et ce qu’elle rejette. La chancelière allemande a des vrais arguments à défendre. Il n’est pas du tout certain que de tels accords, secteur par secteur, soient aujourd’hui compatibles avec les règles de l’Organisation mondiale du commerce, qui s’impose, puisque le Royaume-Uni, comme l’Union européenne, ont ratifié la création du successeur des GATT.
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