Sans totem ni tabou : pour en finir avec les idées reçues.
LITTÉRATURE
Chaque année, l’Institut de l’Entreprise publie un ouvrage de réflexion, alimenté par de nombreuses contributions d’économistes et d’intellectuels, sur l’évolution économique et le monde de l’entreprise. Pour 2017, le thème choisi par l’économiste Jean-Marc Daniel et Frédéric Monlouis-Félicité, délégué général de l’Institut de l’Entreprise, est le suivant : « Sans totem ni tabou : pour en finir avec les idées reçues ». En effet, l’année 2017 conditionnera les cinq années à venir, qui seront déterminantes, et l’Institut de l’Entreprise estime qu’il est urgent de se consacrer au redressement de la France pour rompre avec 40 ans d’immobilisme. Frédéric Monlouis-Félicité rappelle la vocation de ce cercle, qui regroupe les principales entreprises françaises : « Nous sommes un centre de réflexion et nous avons comme particularité de nous intéresser principalement à l’entreprise et à son environnement, c’est-à-dire les liens entre l’entreprise et la société, les liens avec les pouvoirs publics, et la façon dont l’entreprise, comme acteur économique social et sociétal, peut avoir un impact positif sur la société. D’un côté, nous avons des fondamentaux, qui reviennent de façon assez récurrente, comme la compétitivité, à la fois sur les questions de production, les questions fiscales ou l’environnement général, mais aussi des thématiques comme l’innovation et, depuis quelques années, on voit monter des sujets plus fondamentaux par rapport à la gouvernance de l’entreprise. Par exemple, comment diriger une entreprise au niveau d’un conseil d’administration, les rapports de force, la propriété de l’entreprise ou la légitimité de l’entreprise dans un monde de plus en plus global et de plus en plus complexe. » Cette structure apporte généralement des propositions de bon sens sur toutes les questions économiques : « Par exemple, nous avons beaucoup travaillé sur le développement du travail indépendant et sur la manière dont on peut accompagner et sécuriser les travailleurs indépendants, notamment sur les plates-formes numériques, et ce sont des sujets qui intéressent tous les Français. » C’est pourquoi Sociétal 2017 s’attaque, sans totem, ni tabou, à quatre idées reçues qui constituent autant de freins à la conception et à l’adoption de nouvelles politiques publiques pour démarrer la machine France. Les Français n’aiment pas l’entreprise ? Pas si sûr ! La liberté, la propriété et le travail demeurent des valeurs fortes et ce sont des valeurs portées par les entreprises et les entrepreneurs. Contre le chômage, on a tout essayé ? Bien sûr que non ! On peut même affirmer que l’on n’a jamais vraiment commencé. Le dialogue social peut résoudre tous les problèmes ? Le feuilleton de la loi Travail aura malheureusement montré qu’il s’agit d’une illusion. Le dialogue social institutionnel est trop souvent le paravent commode d’un immobilisme partagé. La France est impossible à réformer ? C’est inexact. Les réformes sont toujours et avant tout question de méthode.
On le voit bien, l’Institut de l’Entreprise entend mettre sur la table des sujets plus politiques : « L’entreprise vit dans une société dont elle est partie prenante essentielle, elle a un rôle de création de richesse, et l’élection présidentielle est évidemment un moment qui nous intéresse. La bonne santé des structures publiques est évidemment un élément essentiel de la prospérité. Typiquement, l’état de nos finances publiques est un sujet de préoccupation. On peut nous dire que l’on est loin des sujets qui préoccupent les chefs d’entreprise, mais on sait bien qu’un pays dont les comptes publics dérivent, et qui a des dépenses publiques trop élevées, va avoir une fiscalité élevée pour nourrir ses dépenses publiques et c’est la compétitivité des entreprises qui sera dégradée. Ce sont des sujets de politiques publiques, ce sont des sujets importants au moment d’une campagne présidentielle, ce sont évidemment des sujets qui nous intéressent. Le thème de cette année est un thème de combat et nous souhaitons prendre part à ce débat. Concrètement, nous souhaitons faire tomber des représentations ou des tabous que nos politiques ont intégrés et il faut bien que nous puissions faire bouger cela pour faire avancer la France… » On observe que les Français, avec leur bon sens, sont de plus en plus méfiants à l’égard des idées reçues et cet ouvrage devrait rassurer tous ceux qui n’ont pas envie de suivre le conformisme médiatique. Ainsi, sur la question du chômage, l’universitaire Bruno Jarrosson ironise avec cynisme en expliquant comment augmenter le chômage : « On a tout essayé pour augmenter le chômage ! »
En conclusion, Frédéric Monlouis-Félicité se montre plutôt optimiste : « Les Français sont beaucoup moins naïfs que la majeure partie des hommes et des femmes politiques de notre pays et ils sont finalement prêts à expérimenter et à bouger. Il ne faut pas généraliser, mais nos politiques sont dans un esprit très jacobin et très centralisateur, avec un État central qui doit tout maîtriser et nos politiques sont encore tout à fait mûrs pour intégrer ce besoin de changement des Français. » Frédéric Monlouis-Félicité reconnaît que le terme de libéralisme est « un repoussoir absolu » en France, alors que les Français sont les inventeurs de l’idée libérale, dans le domaine politique, comme dans le domaine économique. Maintenant, lorsque l’on n’emploie pas le mot libéral, on voit bien que les Français sont de plus en plus confiants envers les entreprises, particulièrement les PME, et qu’ils sont de plus en plus méfiants à l’égard de l’État. De plus en plus de nos concitoyens se disent que si l’État mettait moins de contraintes sur les entreprises, ce serait une solution pour redresser le pays. Donc, il y a quand même dans les faits, même si l’idéologie est toujours forte, une évolution qu’il faut noter. » Il est urgent de réformer notre pays, tel est en résumé le message fort porté par l’Institut de l’Entreprise : « Ce déclin commence à prendre les allures d’une dégringolade irréversible pour certains et, pour aller jusqu’au bout de cette vision, on peut se demander si la France n’est pas en train de sortir de l’histoire. C’est là où l’élection présidentielle, et les politiques qui seront menées à partir de cette année, seront extrêmement importantes, parce qu’il y a une forme d’irréversibilité quand on détruit le tissu industriel. Il est extrêmement compliqué de rebâtir des capacités, des compétences ou des savoir-faire… C’est la vision pessimiste. Il y a aussi la vision optimiste : les Français méritent de se projeter vers un avenir qui soit à la hauteur de la qualité du peuple français. Nous avons quand même un certain nombre d’atouts. La France était le pays le plus représenté à Las Vegas lors du Salon de l’Innovation, c’est quand même un signe, il y a un terreau d’innovations, de compétences et d’envies et tout cela doit nous porter à l’optimisme. Ensuite, c’est à nous de reconstruire notre pays et sa crédibilité pour que la France retrouve sa place dans le monde. Un pays qui ne pèse pas économiquement, ne pèse pas politiquement, il n’y a pas de secret… » Cette nouvelle édition du livre Sociétal, qui revient opportunément sur les fausses idées répandues dans les médias, permet de comprendre comment notre pays est en mesure de retrouver une place majeure dans l’économie mondiale.
« Sociétal 2017 : le décryptage annuel des enjeux économiques et sociaux - Sans totem ni tabou : pour en finir avec les idées reçues », sous la direction de Jean-Marc Daniel et Frédéric Monlouis-Félicité, est publié aux Éditions Eyrolles.
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