100 portraits : les personnalités de demain
LITTÉRATURE
Un guide pour nous présenter 100 portraits de personnalités qui vont compter demain, tel est l’exercice difficile auquel se livrent chaque année Les Editions du Pouvoir. Vendu 39 euros, il s’agit d’abord d’un bel ouvrage, avec couverture cartonnée et papier glacé, qui s’adresse à tous ceux qui s’intéressent aux arcanes du pouvoir. Il apporte un éclairage pertinent sur d’autres facettes de ces personnalités dont on parle et il permet aussi d’apprendre les noms et les itinéraires de ceux qui œuvrent encore dans l’ombre. L’édition 2016 va donc bientôt laisser la place à l’édition 2017. Or, en se penchant sur le dernier ouvrage paru, on découvre quelques noms qui font effectivement l’actualité d’aujourd’hui dans les cercles du pouvoir, comme Isabelle Le Callennec ou Olivier Faure… En lecteur attentif, Nicolas Miguet relève avec regret l’absence de Sébastien Lecornu, président du département de l’Eure, qui est selon lui la personnalité dont on parlera le plus demain…
Toutefois, Romain Chetaille, l’éditeur de ce guide, confirme que l’intéressé figurera bien dans l’édition 2017 : « Nous avons déjà pris rendez-vous avec lui ! » Comment ces 100 noms sont-ils sélectionnés ? Réponse : « On essaie de rester sur des fondamentaux, plutôt que sur des effets de mode, alors on regarde beaucoup leur parcours. Il y a d’un côté les élus et, de l’autre, les hauts fonctionnaires et les collaborateurs, ces gens de l’ombre qui travaillent sur les programmes. Généralement, on retrouve les mêmes profils de grandes écoles, des polytechniciens ou des inspecteurs des finances, des gens qui ont déjà approché le milieu politique et qui font des allers-retours entre le public et le privé. Et puis, pour les élus, on s’intéresse à l’activité parlementaire, à ceux qui travaillent sur des textes de fond et qui sont dans des commissions dites prestigieuses à l’Assemblée. Pour les élus, on s’intéresse généralement à ceux qui ont entre 30 et 40 ans… » souligne Romain Chetaille. On découvre avec intérêt ces portraits de hauts fonctionnaires que, contrairement aux idées reçues, Romain Chetaille tient à défendre : « Ils ont en commun une certaine méthodologie proche de l’État, une conception de l’État qui est assez forte. Ils veulent rendre service à l’État et j’ai appris à découvrir cet environnement. Ce sont des gens assez décriés dans l’opinion publique, mais je pense que c’est une grande force de notre pays d’avoir une fonction publique d’une telle qualité. D’ailleurs, ils réclament le fait d’être au service du politique puisqu’ils disent souvent que leur rôle consiste à donner les clés et que c’est ensuite aux politique de choisir… Si la France connaît des difficultés, c’est souvent en raison du refus de choisir des politiques depuis plusieurs années. L’Inspection des finances publie régulièrement des rapports sur la dette, en préconisant parfois des solutions assez fortes, mais qui ne sont pas mises en œuvre par les politiques… Cette population a très clairement la volonté de servir l’État… »
Pourtant, en analysant les itinéraires, on observe une certaine consanguinité au sein de cette nouvelle forme de noblesse, puisque l’on y retrouve souvent les mêmes cercles : « C’est vrai que nous avons des grandes entreprises publiques qui sont très proches de l’État et, lorsque l’alternance politique arrive, beaucoup de hauts fonctionnaires trouvent des points de chute dans les entreprises publiques. Mais y en a aussi qui tentent l’aventure dans des entreprises privées. C’est la France, on ne peut pas balayer des années de consanguinité entre l’État, les politiques et les grandes entreprises… Il y a aussi un effet grossissant puisqu’il y a des personnes qui ont basculé dans le privé et qui ne veulent pas apparaître dans ce type de livre, parce qu’elles ont fait une croix sur la chose publique. Dans la totalité des gens que nous avons pu contacter au départ, il y en a aussi qui ont refusé parce que leur entreprise était complètement étrangère à la chose publique. »
Cependant, on tire un enseignement de l’analyse de ces parcours, c’est que la France reste un pays toujours très politisé : « Nous nous intéressons beaucoup à la chose publique, donc il y a un effet loupe, avec les gens que l’on connaît, mais il y a aussi des patrons de jeunes pousses que l’on connaît moins et qui vont compter. Mais nous les connaissons moins, parce que ce n’est pas notre environnement naturel. Il est certain que tous les gens qui sont passés par l’ENA ont eu un rapport avec la politique à un certain moment. Mais les entreprises françaises qui réussissent aujourd’hui ont quand même moins de rapports avec le politique. Après, ils sont rattrapés par la politique… Par exemple, nous avons mis Jean-David Chamboredon, qui était à la tête du mouvement des Pigeons contre la taxe sur les plus-values de cession. C’est quelqu’un qui ne réclame pas spécialement d’être en contact avec le politique, mais il l’a été malgré lui parce qu’il a mené la fronde des patrons. Il est à la tête d’un fonds d’investissement et on l’a vu apparaître dans le débat public, parce que les politiques n’ont pas bien compris la manière dont fonctionnait cet écosystème. »
Romain Chetaille termine l’édition 2017 et il a accepté de nous livrer quelques informations : « Nous avons beaucoup travaillé sur le printemps 2017, en essayant de savoir qui pourrait être aux commandes de l’État selon les différentes hypothèses de victoire. Ainsi, nous avons travaillé sur les collaborateurs de François Fillon ou d’Emmanuel Macron, mais aussi tous ceux qui pourraient être amenés à exercer des responsabilités… » Un guide qui s’adresse à tous ceux qui s’intéressent aux coulisses du pouvoir, comme les élus ou les patrons de grandes entreprises. L’édition 2016 est encore en vente et l’édition 2017 devrait sortir en février prochain.
« 100 Personnalités de demain » de Romain Chetaille, Joseph d’Arrast et Patrick Besson est publié par les Éditions du Pouvoir.
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