Une jeune pousse normande innove dans le Big data en proposant une approche intégrée

LA NOUVELLE ÉCONOMIE INTERVIEW

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Arnaud Muller, fondateur de Saagie : « Les discussions autour du choix du cloud ou de la présence sur site sont dépassées, car le modèle qui va s’imposer est le modèle hybride. »

Saagie, une jeune pousse normande, vient d’annoncer une levée de 4,2 millions d’euros, une somme importante, mais visiblement méritée lorsque l’on se penche sur la technologie développée par cette entreprise. En effet, quand on évoque le Big data, on pense toujours au cloud, puisque l’on associe le traitement et l’analyse des données à un hébergement extérieur. Or, Saagie a créé une solution qui permet aux entreprises de travailler sur du Big data en interne, mais aussi de manière hybride et, par ailleurs, sur le cloud. Ce tour de table rassemble CapHorn Invest, fonds d’investissement spécialisé dans le financement des entreprises innovantes favorisant la transformation numérique des industries traditionnelles. De grandes entreprises complètent ce tour de table, avec l’entrée au capital de BNP Paribas Développement, de Construction Venture, filiale d’investissement dans les start-up de Bouygues Construction, du groupe Matmut et du nouvel accélérateur normand privé NFactory, récemment créé à l’initiative de Jean-Louis Louvel, président de PGS Group et Alexandre Martini, directeur des écoles du Campus Saint-Marc.

Ils viennent rejoindre les investisseurs historiques : Thefamily, Kima Ventures, NCI et Végéo Capital. Saagie dispose de tous les atouts pour devenir une entreprise majeure dans le domaine du Big data. En effet, si les technologies Big data révolutionnent les pratiques et les métiers dans tous les secteurs, leur mise en œuvre demeure complexe : il faut choisir l’infrastructure, maîtriser les outils analytiques disponibles et trouver ceux qui permettent de rendre efficacement les données accessibles aux utilisateurs. En libérant les entreprises des barrières technologiques, Saagie simplifie l’adoption du Big data et permet ainsi d’accélérer le processus de création de valeur lié aux données. Arnaud Muller, qui a accepté de présenter son métier aux lecteurs de L’Hebdo-Bourseplus, nous annonce également qu’il prépare une seconde levée de fonds.


L’Hebdo-Bourseplus : On associe toujours le Big data au cloud : comment avez-vous été amenés à travailler sur des offres intégrées ?

Arnaud Muller : Nous avons commencé à travailler sur une offre matérielle qui puisse être déployée dans les serveurs de nos clients, mais on ne parle pas de cloud. En effet, le cloud, c’est l’externalisation de l’hébergement. Il y a trois ans, quand on pensait au Big data, on pensait systématiquement au cloud, c’est encore un peu cela. Très souvent, quand nous rencontrons une entreprise, nous avons besoin de clarifier notre positionnement. Les clients n’osent pas trop en parler, parce que le cloud est quelque chose qui les effraie, alors qu’ils veulent utiliser le Big data parce que leur objectif est d’analyser des gros volumes d’informations. Les industries qui consomment des données, ce sont les professionnels de la finance, de la banque, de l’assurance et aussi l’usine, avec les objets connectés. Tout le parc industriel est en train de se renouveler complètement avec les objets connectés. Nos premiers clients ont commencé par nous dire qu’ils traitaient des données financières qui ne pouvaient pas circuler dans le cloud. Comme notre promesse était de démocratiser le Big data, c’est-à-dire le Big data pour tous -le Big data là où on le souhaite - on a fait évidemment du Big data dans le cloud. On sait gérer, on pense que c’est la réalité qui va s’imposer à terme, mais aujourd’hui il faut être en capacité de faire du Big data chez soi sans que les données sortent. Donc, on a créé une solution matérielle et logicielle.

C’est comme un ordinateur Mac, c’est-à-dire un matériel et des logiciels qui forment un tout cohérent. Nous avons créé une plate-forme matérielle et logicielle que l’on expédie chez nos clients derrière leur pare-feu. On peut faire de l’analyse de données en temps réel, puisque c’est un vrai besoin, et c’est ce qui a inspiré notre nom, Saagie, qui signifie héron en japonais, parce que le héron va autour des lacs, en l’occurrence de données. Le lac de données, c’est une invention de Google, donc nous amenons à toutes les entreprises la puissance de Google chez elles à travers une box qui va se déployer dans les centres de données des clients. Nous avons la conviction, depuis le début, que les discussions autour du choix du cloud ou de la présence sur site sont dépassées, car le modèle qui va s’imposer est le modèle hybride. Nous allons avoir de plus en plus la nécessité de traiter l’information là où elle est. Si l’information est dans le cloud, nous allons la traiter dans le cloud et, si elle est dans l’usine, nous allons la traiter dans l’usine… On se rapproche d’un modèle distribué et c’est aussi vrai pour l’hébergement. Dans toutes les entreprises, on va voir ces boxes avec des espaces dans des sites industriels.

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