Un maire rachète l’épicerie et le bar-tabac de son village pour maintenir l’emploi

LA VIE DES COMMUNES ET COLLECTIVITÉS LOCALES

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Christophe Villemain, maire de Mosnes (Indre-et-Loire) : « Les politiques sont loin des vrais problèmes des Français. »

Mosnes est un village de 750 habitants, situé dans le département d’Indre-et-Loire, dont le maire, Christophe Villemain, également chef d’entreprise dans le domaine du bâtiment, a pris l’initiative de racheter l’épicerie et le bar-tabac, afin de préserver l’emploi local. En effet, le bar-tabac était en liquidation judiciaire. Pour maintenir l’épicerie, Christophe Villemain a décidé de consentir un prêt personnel à la gérante, car il n’était pas question de faire payer la commune ou de faire intervenir le Conseil municipal. Pour exploiter le bar-tabac, il a recruté une jeune femme qui était serveuse dans un restaurant près de Mosnes. Christophe Villemain répond aux questions de L’Hebdo-Bourseplus.


L’Hebdo-Bourseplus : D’abord, comment expliquez-vous les difficultés des commerces de proximité en zone rurale ?

Christophe Villemain : Il y a plusieurs paramètres. Le premier problème, c’est l’agrandissement des hypermarchés qui s’installent à proximité des villes et qui prennent des parts de marché importantes, avec de nombreuses places de parking. Pour les gens, c’est presque une attraction d’aller dans ces grands commerces. Ils vont dans ces commerces, même pour du dépannage, parce que c’est une sortie… C’est évidemment valable pour ceux qui peuvent se déplacer. L’autre problématique que nous rencontrons, c’est de trouver les bonnes personnes. Il faut sélectionner les personnes qui sont capables de gérer ces commerces : elles doivent avoir du temps, elles doivent s’impliquer dans leur commerce et elles doivent être de véritables commerçants. Or, on ne s’improvise pas commerçant. C’est l’un des éléments clés. Il y a aussi l’amplitude horaire, la nécessité d’avoir un commerce propre et bien achalandé, et comprendre que le commerce est aussi un lieu de vie et de rencontres. C’est de cette manière que j’ai sélectionné les personnes pour reprendre l’épicerie et le bar-tabac du village.


Les 35 heures, sur le plan psychologique, ont-elles modifié le rapport au travail ?

C’est une véritable catastrophe ! Un moment donné, on ne parlait plus de travail, mais des heures... Les gens ne sont plus là pour faire un travail, mais pour faire du temps ! J’ai senti un réel bouleversement dans mes entreprises de bâtiment. Les gens ne sont plus là pour finir une tâche, mais pour faire des heures. Dans certaines entreprises, on en est arrivé à comptabiliser les minutes… Effectivement, il y a un esprit général. Malgré tout, on a des personnes qui sont en marge de tout cela. Les deux personnes que j’ai trouvées sur Mosnes sont là pour reprendre un commerce et elles ne comptent pas leurs heures. Elles ont aussi compris qu’il était nécessaire d’être en horaires décalés.

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