Bolloré : en Bourse aussi, c’est le grand déraillement.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 11 novembre 2016 (numéro 866) : “Les résultats décryptés, suite”. Bonne lecture !!!

Depuis le 1er janvier 2016, le titre Bolloré s’est abaissé d’un tiers. Rien à voir avec le mystérieux (et mortifère) accident de chemin de fer sur sa ligne au Cameroun (le groupe va donner… 2.300 euros de dédommagement aux familles des morts). Cette baisse de cours boursier n’est pas venu vraiment par hasard. Même si, sur plusieurs années, la performance reste correcte, l’action Bolloré, actuellement, se situe dans ses plus bas annuels, largement en dessous de 3 euros. On se souvient qu’elle avait bondi au-dessus de 5 euros sur une recommandation très forte de Muddy Waters, le même « analyste », qui disait pis que pendre, en fin d’année dernière, sur Casino et sur Rallye ! Le groupe Bolloré est descendu à 8,5 milliards d’euros de capitalisation boursière, ce qui représente, grosso modo, à peine plus que la valeur de son investissement dans Vivendi plus la valeur de sa participation dans le groupe Havas. 


Le marché ne sait plus où va le groupe.

Que se passe-t-il ? Il semble que le marché ne comprenne plus quel est l’axe de développement principal du groupe Bolloré, qui va commencer à avoir de nouveau une forte décote de conglomérat, d’autant plus forte cette décote que la logique des synergies intragroupes n’est pas aussi évidente que cela à constater. Plus de la moitié du chiffre d’affaires de l’entreprise reste encore dans les prestations de services logistiques et de transport, la manutention portuaire, le stockage de produits, l’exploitation de chemins de fer, notamment et principalement en Afrique. Un cinquième du chiffre d’affaires est constitué des activités de distribution, stockage et négoce de produits pétroliers (c’est le numéro deux français), et le solde est un véritable capharnaüm, un inventaire à la Prévert, où l’on trouve à la fois la production de films plastiques et de batteries, de terminaux, d’imprimantes et de systèmes spécialisés, les fameux films pour condensateurs (numéro un mondial), des films thermorétractables pour emballage (numéro trois mondial, concurrent du groupe Chargeurs), les équipements de contrôle d’accès des piétons et des véhicules… IER était une perle, mais, avec la fin des billets papiers, l’activité de fabrication et de maintenance des imprimantes est une activité en récession, cela joue de façon négative sur la perle issue du groupe Rivaud. Le groupe Bolloré possède également des grosses plantations en Afrique et en Asie qui touchent les palmiers à huile, les hévéas, le café et la saignée des hévéas c’est-à-dire le caoutchouc. Dans la communication, le groupe Bolloré a eu quelques plantages majestueux. Il s’agit notamment du quotidien Direct Matin, qui n’a jamais équilibré ses comptes, et qui reste un point d’interrogation fort sur l’ensemble du groupe, puisqu’on ne constate nullement la logique qu’il peut y avoir entre posséder Havas, grand groupe publicitaire, et un quotidien gratuit, déficitaire, qui ne peut être vu que sous une sorte de vecteur d’influence, voire certains diront de propagande en faveur des autres productions du groupe.


Direct Matin, un gouffre.

L’activité transport et logistique du groupe est une forte dimension à l’échelle mondiale, même si l’entreprise n’est absolument pas leader. Elle est présente de façon prépondérante en Afrique, et de façon alternative dans d’autres pays, où c’est un compétiteur, de bonne taille, mais qui n’a pas la dimension nécessaire. Il n’y a que dans la logistique pétrolière en France et en Europe que le groupe a la dimension suffisante, en dehors de ses activités africaines. Si la reprise du groupe Havas a été un succès, qui peut être mis au crédit à la fois des équipes anciennes et de Yannick Bolloré, fils du PDG du groupe, qui a su faire des bons recrutements et des acquisitions modestes, mais significatives car complémentaires des autres activités d’Havas et permettant de passer le virage numérique, dans les autres activités médias et télécoms, on peut se poser des questions. Le chiffre des investissements dans les télécoms est une sorte de « secret-Défense », pour le groupe Bolloré. Il a acheté des licences de fréquences 3,5 GHz sur tout le territoire français, et cherchait à se développer via la wifi très haut débit, le chiffre d’affaires est ultra-modeste, les pertes sont non publiées, mais elles seraient très importantes. Le déficitaire quotidien Direct Matin (le journal va s’appeler C-News Matin, une perte de l’ordre d’une quinzaine de millions d’euros par an), est distribué à environ 900.000 exemplaires chaque jour, dans les principales agglomérations françaises. Il n’a pas un succès numérique aussi important que son concurrent, 20 Minutes, qui a réussi à basculer, via 20minutes.fr, de façon significative vers l’offre numérique. On se demande pourquoi le groupe Bolloré est entré à hauteur de 10 % dans le capital de la société Gaumont, même si cette entreprise est bien gérée, elle appartient à la famille Seydoux, qui n’entend pas lâcher la barre. Bolloré possède et exploite le cinéma Mac Mahon à Paris, c’est une salle pratique pour faire des réunions ou des projections privées… mais ce n’est pas un actif majeur ! De même, avant que Vivendi ait pris le contrôle de Gameloft, plus une participation très significative dans le capital d’Ubisoft, le groupe Bolloré avait pris presque 22 % de BigBen Interactive, qui est spécialisé dans la distribution d’accessoires et de jeux vidéo.

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