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Explosion de la taxe foncière : la colère des propriétaires
LA VIE DE L’IMMOBILIER
✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN
Jean Perrin, président de l’UNPI (Union nationale de la propriété immobilière) : « Les propriétaires fonciers sont stigmatisés et, un jour, ils ne pourront plus rester propriétaires. »
La taxe foncière sur les propriétés bâties a augmenté en moyenne de 14,7% en France entre 2010 et 2015, ce qui recouvre de grandes disparités en fonction des villes et des départements, selon une étude de l’UNPI. L’association explique la hausse des cinq dernières années par celle de 7,62% des valeurs locatives (soit l’assiette de l’impôt) entre 2009 et 2014, en application des lois de finances, et par la progression dans le même temps des taux d’imposition des instances bénéficiaires de la taxe foncière de 6,58%. Ce sont de nouveau les contribuables de la Corse du Sud qui ont enregistré la plus forte augmentation de leurs taxes foncières entre 2010 et 2015, avec un taux de 69,99% en moyenne, suivis par le Val d’Oise (+ 57,76%) et l’Ain (+ 42,23%). A l’inverse, les cotisations départementales ont faiblement progressé dans les Hauts de Seine (+ 5,24 % en moyenne), dans le Morbihan (+ 5,88%), à La Réunion (+ 6,55%), ou encore en Martinique (+ 6,79%) et en Guadeloupe (+ 6,86%). Jean Perrin, président de l’UNPI, répond aux questions de L’Hebdo-Bourseplus.
L’Hebdo-Bourseplus : Vous dénoncez depuis plusieurs années le matraquage fiscal des propriétaires et, dans votre dernière étude sur les taxes foncières, on observe que cela s’amplifie dans toute la France. Quelle est la situation ?
Jean Perrin : Je rappelle que c’est la dixième année que nous publions l’Observatoire des taxes foncières et nous nous apercevons que la dérive continue, surtout si l’on se base par rapport à l’inflation. On voit que des villes ne respectent absolument pas la limitation des dépenses et la limitation de la pression fiscale. On entend un président de la République affirmer qu’il baisse la fiscalité et on voit des collectivités locales qui augmentent considérablement la fiscalité... Les propriétaires fonciers sont stigmatisés et, un jour, ils ne pourront plus rester propriétaires si l’on continue comme cela. L’UNPI lance une alerte forte, en demandant des dispositions sérieuses.
Dans certaines communes, les augmentations sont à deux chiffres… Quels sont les records ?
Nous avons analysé les 36 000 communes de France. Effectivement, sur certaines petites communes, on peut dire que la base était faible et qu’il n’y a pas eu de valorisation depuis longtemps. Mais quand on regarde les grandes communes, il y en a deux qui sont particulièrement à mettre à l’honneur dans le déshonneur : ce sont Lille et Nantes, avec des augmentations supérieures à 10%, puisque l’on approche des 14%. C’est une situation qui relève d’une expropriation sournoise des propriétaires : un certain nombre de bailleurs ne voudront plus investir, puisqu’ils s’aperçoivent qu’ils vont donner deux à trois mois de loyer à l’État - cela peut même aller jusqu’à quatre mois - pour les taxes foncières. On voit même les occupants, c’est-à-dire les futurs accédants, qui renoncent à acheter car ils ne pourront pas faire face à leurs taxes foncières. Ne parlons pas de certains retraités : la retraite moyenne en France est de 1300 euros et, quand les retraités découvrent que les taxes foncières et les taxes d’habitation représentent à peu près trois mois de retraite, ils se disent qu’ils ne vont pas pouvoir rester chez eux.