Libre d’être femme
LITTÉRATURE
Cette rubrique s’adresse plus particulièrement aux lectrices de L’Hebdo-Bourseplus puisque nous allons à la rencontre de Catherine Bensaïd, psychiatre, psychanalyste, et auteur de nombreux succès de librairie comme «Aime-toi, la vie t’aimera», «Histoires d’amour, histoire d’aimer» et «Je t’aime la vie». Son dernier livre évoque la question de la femme libérée, mais pas si libérée que cela… Mais en réalité, elle laisse entendre que c’est en tant qu’être humain que nous ne sommes pas toujours libres de faire ce que l’on veut : «C’est une liberté d’être qui concerne effectivement l’homme et la femme, et qui est peut-être particulièrement difficile pour la femme. On pourrait écrire un autre livre sur la liberté d’être un homme et les difficultés propres au masculin, mais la femme est devenue beaucoup plus indépendante, tant mieux, mais ce n’est pas parce qu’elle est indépendante qu’elle est libre de ses désirs profonds et de ses mouvements. En tant qu’être humain, cela concerne aussi les hommes, il est important de se libérer et de mettre en lumière nos peurs d’enfant, nos besoins, nos colères, nos révoltes et toute la pression familiale et sociale. Il y a aussi les mémoires ancestrales et généalogiques. On est tous porteurs de ce qui pourrait être des formes d’empêchement à vivre notre vie dans un bel élan. »
Il est important de mettre en perspective cette approche car la liberté de la femme, dans notre société, est apparemment pleine et entière, mais il y a toujours un poids… N’est-ce pas ce que l’on appelle la civilisation ? Catherine Bensaid souligne que c’est «la civilisation de l’être humain adapté au monde dans lequel il vit. C’est tout ce qui nous contraint, cela peut être effectivement le fait d’être dans cette vie avec les autres, ce qui nous oblige à nous confronter à nos propres empêchements. On a beaucoup d’empêchements intérieurs. Ce n’est pas une confrontation entre les hommes et les femmes, même si elle existe encore, car le combat féminin n’est pas pour autant inexistant, il est vrai que les femmes font plus d’heures par exemple… Mais je ne voulais pas parler de cela, parce que je reste très confiante dans le fait qu’une rencontre d’amour, avec un dialogue de part et d’autre, peut rendre possible une véritable égalité. Il peut y avoir des qualités de dialogue et, si la femme est bien, si elle est heureuse, elle peut rendre le bonheur possible. J’ai voulu dire à quel point ce qui vient de nous est important et c’est ce que l’on retrouve dans tous mes livres. Finalement, la vie est le théâtre de notre monde intérieur. Il ne faut pas dire que ce que l’on vit est la faute de l’autre ou de nos parents. Il faut surtout se demander pourquoi l’on vit des situations à répétition, avec des empêchements, des difficultés, des sensations d’être victime avec des douleurs, des blessures ou des abandons. Si je suis responsable, c’est que j’ai la capacité à faire bouger les choses et à faire en sorte que ma vie soit autre. Si je n’ai pas cette notion, je ne pourrai pas recevoir toute la journée des femmes qui se posent des questions. Il faut mettre en lumière ce qui les empêche d’accomplir ce qu’elles veulent. On est très doué parfois pour se mettre des bâtons dans les roues, parce que l’on n’a pas d’autres représentations que notre propre histoire, par exemple à travers nos parents, et c’est comme si l’on n’avait pas assez d’imagination pour penser que cela pourrait être autrement. »
Elle souhaite également transmettre ce désir de réflexion autour de la liberté en précisant qu’il est en chacun de nous : «C’est un chemin de liberté intérieure pour chacun, cela met beaucoup de temps, cela demande du courage, parce qu’il faut accepter d’être face au vide, de ne pas savoir où l’on va, de ne pas faire de concessions et préférer ce que l’on pourrait choisir. Il est temps de se marier ou de faire des enfants, par exemple, il y a parfois des choix qui s’imposent… Quand on dit aux femmes célibataires qu’elles sont trop difficiles, elles ont raison par certains côtés : elles ont raison d’être difficiles, mais il faut aussi voir ce qui les empêche et ce qui leur permettrait de s’accomplir. Mais on a aussi toujours raison d’être exigeant. » Mais à force d’être trop difficile, on n’a plus rien… Comment trouver le juste milieu ? Pour Catherine Bensaid, «ce n’est pas faux… Alors, il faut accueillir ce qui est bon. Je suis très romantique et il existe des rencontres romantiques et d’évidence où l’on ne se pose aucune question. Mais dans la vie, ce n’est pas si simple... Il y a des problèmes d’ajustements, mais la relation est très simple. C’est la même chose au travail. »
Les femmes se sont approprié toutes les libertés, sexuelles, économiques ou professionnelles, pourtant ce débat a toujours lieu : «L’être humain ne se suffit pas des possibilités extérieures... On parlait de l’âme tout à l’heure, il y a une évolution spirituelle, une évolution de conscience, une volonté de liberté intérieure et il faut ouvrir son cœur en se disant que ce que l’on fait est juste et en harmonie avec les autres. C’est un travail qui n’en finit pas. Le jour où l’on sera simple, au sens pas compliqué, ce sera merveilleux. Il suffit de se rendre compte que l’on s’aime, que l’on est ensemble, que l’on est doué pour tel métier, on se rend service les uns les autres, c’est un chemin simple à mener. A une époque, les gens disaient : « Ma psy m’a dit que je pouvais faire ce que je veux, donc je dis ce que je pense… ». La plus grande liberté que l’on peut donner, c’est la liberté d’aimer, savoir où l’on pose nos choix. Quand une femme est avec l’homme qu’elle aime, lorsqu’elle fait le métier qu’elle aime, elle est extrêmement occupée… Mais si elle est en adéquation avec ses choix, elle est libre. Le défi de la femme, c’est de réussir ce qu’elle a envie d’entreprendre, dans l’amour, dans la beauté et dans la qualité. Il y a aussi la question de la puissance : comment conjuguer cette puissance avec une puissance d’amour, qui est généreuse pour l’autre et qui ne fait pas peur aux hommes ? Je trouve que c’est un beau défi pour les années à venir. »
Finalement, elle nous invite à faire preuve de sagesse en acceptant le temps qui passe : « Oui, on peut rester amoureux très longtemps quand la qualité de la relation est là et il ne faut pas oublier que la qualité d’une relation s’entretient comme une flamme. Il faut faire attention tout le temps, parce que ce n’est pas parce que l’on a rencontré quelqu’un que le chemin devient facile. Quand on commence à rencontrer quelqu’un avec qui c’est très fort, c’est un bouleversement et on va être obligé d’évoluer. On ne peut pas non plus lui reprocher d’avoir envie de partir quand cette personne a en face quelqu’un qui ne tient plus du tout compte de son partenaire… »
« Libre d’être femme » de Catherine Bensaid est publié aux éditions L’Iconoclaste.
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