LVMH, un distributeur qui a du chien (un saint Bernard) !
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 21 octobre 2016 (numéro 863) : “Les résultats décryptés, suite”. Bonne lecture !!!
Patatras ! Voilà que, bluffé par les chiffres trimestriels de LVMH, j’avais décidé de reprendre le dossier, nourri de (très) bonnes intentions. Saint Bernard, de sa petite masure située rue Barbet de Jouy dans le chic 7e arrondissement parisien, une masure rachetée à la veuve de Jean-Luc Lagardère, piscine comprise, devait s’esbaudir : « Miguet dit du bien de Saint Bernard » ! De Saint Bernard ? Peut-être pas totalement, mais de LVMH, assurément. Patatras disais-je. Pourquoi donc ? Voilà que ce mercredi matin, l’ignoble caneton, le « Canard Enchaîné », en sa page 4, a osé, d’une plume bien renseignée, répéter ce que, très mauvaise langue, l’Hebdo Bourse Plus avait dit, à de nombreuses reprises, depuis plusieurs années déjà. Tel un Thévenoud moyen, LVMH est atteint d’une maladie rare : la phobie fiscale.
Phobie fiscale.
On avait connu Saint Bernard désireux de prendre la nationalité belge, ce à quoi il a renoncé, assurant qu’il était fier de payer ses impôts en France (ben voyons), mais, pour le fisc, LVMH reste toujours un excellent client. Même si cela avait été prévu (provisionné), à la fin de l’année dernière, LVMH a été dans l’obligation, après avoir payé déjà en 2013 8 millions d’euros d’amende pour renflouer le budget de la très sulfureuse Autorité des marchés financiers (AMF, surnommée Autorisation de magouiller en France ou Association mafieuse de la finance dans les forums Internet), de verser un petit montant de 400 millions d’euros à l’ordre du Trésor public. 400 millions d’euros, voilà encore une victime de la persécution du fisc français ? Nenni ! Il faut le savoir, et nous connaissons notre saint homme depuis désormais plus de trente ans, que de crise en crise, celui qui chercha un exil américain lors de l’arrivée de François Mitterrand, a toujours bénéficié de chaque krach, de chaque crise, et, ne l’oublions pas, de la grande générosité des pouvoirs publics français, qui fut quand même à l’origine de sa magnifique fortune (presque 84 milliards d’euros de capitalisation boursière pour LVMH, environ 15 à 20 milliards d’euros d’avoirs détenus à côté, ce n’est pas une paille). Notre Saint a de la chance. Empêtré chez Gucci, il signa un accord de rachat de ses parts, par le groupe Pinault (devenu Kering), son rival, la veille exactement des attentats contre les tours jumelles, du 11 septembre 2001. Malgré les pertes coûteuses et désagréables à assurer chaque année sur la Tribune, Investir, Radio Classique et autres petits journaux stipendiés, le groupe LVMH, grâce à la toile cirée, au distillat de la région charentaise et à d’autres menues activités, qui comprenaient à l’époque les brosses à chaussures, a gagné beaucoup d’argent, et s’était fait un petit pactole, qui, lors de la crise de Lehman Brothers, était inemployé.
Saint Bernard a de la chance.
On ne s’en souvient peut-être pas, mais, dès l’été 2006, avec l’apparition de la crise des subprimes, les valorisations des entreprises avaient plutôt baissé. LVMH avait quelques cagnottes de ci, de là, et a pu, à partir du premier semestre de 2008, utiliser un trou béant dans la réglementation française, ce qui lui a permis de mandater Natixis, la Société Générale et le Crédit Agricole, afin d’acheter en secret des paquets d’actions Hermès International, sur le marché, tout en restant, pour chacun, en dessous de 5 % du capital. Les banques jouaient sur du billard, puisqu’en face, elles étaient garanties, à tout moment, du rachat à leur prix d’acquisition plus une petite marge (juteuse tout de même la marge), des titres Hermès acquis, soi-disant pour leur propre compte, via des filiales panaméenne ou luxembourgeoise. Toujours via ces filiales mais en direct, sans passer par les prête-noms bancaires, LVMH a également fait quelques petites acquisitions, pour environ 3 % du capital, ce qui était une sorte de « placement de saint-père de famille ». Hermès était une belle action, une bonne action même, une des nombreuses actions caritatives qu’à l’habitude de faire Saint Bernard, dans ses grandes œuvres. Les mauvaises langues diront qu’il ne s’agit pas de faire une offrande à Dieu, ou de restaurer l’église Sainte Odile, qui en a besoin. Non, il s’agit, bien sûr, d’adorer le veau d’or, et de rajouter quelques placages supplémentaires, quelques tonnes de bel et bon argent, à des stocks qui représentent déjà l’équivalent d’une tour Eiffel en or massif !
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