L’année du déclic

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

La journaliste Charlotte Savreux vient de publier « L’année du déclic », un livre dans lequel elle interroge 50 personnalités qui expliquent comment leur vie a basculé vers le succès. En quête de reconnaissance, par instinct de survie, par conviction, avec le grain de folie de l’insouciance, elles ont eu la puissance du déclic pour réorienter leur trajectoire et sublimer leur existence. Quelles sont leurs recettes ? Comment ont-elles ainsi changé la donne ? Charlotte Savreux est convaincue que ces leçons concernent tout le monde, car rien n’est figé dans la vie, on peut redonner le goût du « tout est possible » aux Français : « J’ai voulu surtout rappeler que la vie est une aventure, avec des facilités, des fragilités, des hauts et des bas… On a oublié que la vie est une salle de classe où l’on apprend tous les jours et qu’elle est faite d’apprentissages. On n’a pas forcément appris à vivre et, dans la société dans laquelle nous sommes, beaucoup sont encore figés par rapport à ce que la vie leur propose. Face à l’adversité, nous avons des cartes à jouer et il faut savoir rebattre les cartes du jeu de sa vie. Aujourd’hui, les gens sont inquiets, c’est légitime, on cherche à se mettre des cadres et à se sécuriser. Mais la vie, c’est d’abord des immenses bonheurs et des moments difficiles. Il faut continuer à avancer envers et contre tout et, quand on est dans une démarche juste, il y a un moment où le déclic se fait. »

Pourtant, la société est en train de nous formater à ne plus voir le bonheur ni l’adversité, mais à nous orienter vers le neutre et le fade… Face à cela, Charlotte Savreux estime que « quand vous êtes dans une vie aseptisée, vous servez finalement le pouvoir. Il y a une forme d’acceptation. Et, de l’acceptation à la soumission, la frontière est quand même très floue. Je ne suis pas obligatoirement dans cette course au bonheur que l’on essaie de nous vendre à tout prix et je pense que l’on fait beaucoup de gens malheureux. D’ailleurs, André Comte-Sponville, qui intervient dans le livre, souligne que l’on est très malheureux dans cette quête de bonheur, parce que l’on pense que finalement on n’y arrivera pas… Je suis journaliste, j’ai un parcours de juriste et je ne fais pas la promotion du bonheur à tout prix, parce que la vie ce n’est pas cela. Il y a une très belle phrase dans le film « Tous les matins du monde » : « La vie est belle, à proportion qu’elle est féroce ». Il faut se dire qu’il y a des moments où tout va bien, mais que, parfois, c’est plus compliqué… C’est le packaging, cela fait partie de la vie. Ce qui est incroyable, c’est que ce sont les épreuves qui nous font grandir. C’est ce que j’ai voulu démontrer à travers ce parcours de personnalités dont on connaît le versant sud - c’est-à-dire la réussite -, mais qui ont aussi connu des versants nord, des moments de galères et de doutes, c’est-à-dire des moments où l’on se dit : « Je ne vais jamais réussir à m’en sortir… » Ces personnalités ont changé la donne pour faire de l’épreuve à laquelle elles ont été confrontées une expérience de vie qui a été le tremplin pour transcender leur existence. Si elles n’avaient pas connu ces épreuves, elles n’auraient jamais pu s’élever au plus haut. Je souhaite montrer que les apprentissages qui nous sont envoyés dans la vie ne vont pas contre nous, mais, au contraire, servent notre trajectoire. »

Elle souligne que notre pays est celui de l’art de vivre alors que, paradoxalement, nous sommes aussi le peuple réputé le plus pessimiste… Il y a plusieurs explications à cela. En France, sur le plan culturel, il y a ce refus du passé et du roman national, mais aussi ce poids des normes et de la fiscalité qui est unique au monde : on vous empêchera d’ouvrir une épicerie dans un petit village si la porte n’est pas conforme à un centimètre près aux normes pour les handicapés !

Dans son livre, la journaliste nous invite à surmonter tout cela : « En bridant les gens, on les empêche de se déployer. Dans le livre, Jacques-Antoine Granjon, PDG de Vente-Privee.com, explique qu’il est admiratif à l’égard des chefs d’entreprise qui, aujourd’hui en France, créent une boîte. Pour des raisons patriotiques, il a décidé de rester en France, mais il sait très bien qu’il aurait des avantages fiscaux considérables en allant ailleurs… Un chef d’entreprise a déjà 50 kg dans son sac à dos qu’il doit porter tous les jours lorsqu’il veut commencer à travailler. La France est aussi le pays de la déresponsabilisation, car, quand on bride les gens, on les infantilise. D’une certaine manière, en infantilisant des citoyens, on les empêche de s’élever.

Ce livre porte des valeurs dont on va beaucoup parler au moment de la présidentielle : c’est le courage, l’audace, la persévérance, la confiance, la responsabilité… On ne peut plus tout attendre de son employeur ou d’un chef d’entreprise, on ne peut plus tout attendre d’un chef de l’État, tout commence par soi-même. Regardez le système de santé en France : en assistant trop les gens, on les déresponsabilise, on les infantilise et on les empêche d’aller décrocher leur propre victoire. J’ai présenté des émissions de santé pendant de nombreuses années à la télévision et la santé, ce n’est pas un droit, c’est un devoir. C’est quelque chose qui nous appartient quotidiennement dans ce que l’on décide de faire de son corps ou de sa santé psychologique et mentale. » Dans toutes ces leçons de vie, la crainte de l’échec est l’une des principales raisons de notre inaction, c’est un enseignement majeur.

Pour Charlotte Savreux, «la peur est le premier frein. Il faut aussi être doux avec soi-même, parce que l’on a quand même le droit d’avoir des peurs. Dans la vie, vous êtes sur une route que vous connaissez parfaitement bien, vous faites le même travail, vous revenez le soir aux mêmes horaires, on a tous une vie bien tracée à un moment. Mais à un moment, au bout de la route, la vie va vous proposer autre chose. Je dis souvent que la nature est un livre ouvert. Il suffit de regarder, tout est dans la nature et, comme il y a des saisons dans la nature, il y a des saisons dans une vie. Nous ne sommes pas destinés à être figés, notre corps est mobile et tout bouge autour de nous. Sur cette route, il y a un rond-point et la vie nous propose de rebattre les cartes du jeu de sa vie avec des choix. C’est une opportunité formidable que d’avoir des choix. Or, c’est incroyable, parce qu’un nombre important de personnes ont peur de faire des choix par crainte de se tromper, de l’échec ou de l’inconnu… Mais, lorsque vous n’avez pas de choix, cela s’appelle la dictature… Parfois, on a tellement peur de changer, que l’on n’ose pas se mettre en action. Mais un jour, quand on n’a pas choisi pour soi, c’est la vie qui fait le choix pour nous : par exemple, un licenciement, une réorganisation interne de l’entreprise, son compagnon ou sa compagne qui se retrouve muté... Donc on a peur, c’est légitime, mais il faut se souvenir que la vie c’est aussi la découverte. » En conclusion, Charlotte Savreux nous livre un dernier conseil : « Je crois que, plus que jamais, il faut se différencier. » Ce point, nous l’avions compris au sein de la rédaction depuis longtemps ! Un livre très optimiste à lire et partager !

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