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Les collectivités territoriales estiment qu’elles doivent faire plus d’efforts que l’État !
LA VIE DES COMMUNES ET COLLECTIVITÉS LOCALES
✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN
Philippe Laurent, président de la commission des finances de l’AMF : « On ne peut pas continuer avec un État qui prend tous les grands impôts et qui exerce de moins en moins de compétences face à des collectivités locales. »
Philippe Laurent est sans doute celui qui maîtrise le mieux les questions liées aux finances publiques des collectivités. Membre de l’UDI, il est conseiller régional d’Ile-de-France, maire de Sceaux, président de la commission des finances de l’AMF et président du Conseil supérieur de la fonction publique territoriale. Le Premier ministre, Manuel Valls, lui a confié en juillet 2015 une mission d’évaluation du temps de travail dans la fonction publique et le rapport a été rendu en mai 2016. Philippe Laurent revient sur cette étude et évoque par ailleurs l’actualité des collectivités locales, en déplorant que l’État leur impose des efforts qu’il ne s’applique pas à lui-même…
L’Hebdo-Bourseplus : Vous venez de pousser un coup de gueule en soulignant que l’État exige beaucoup d’efforts de la part des collectivités, mais qu’il s’en dispense lui-même…
Philippe Laurent : Effectivement, mais le coup de gueule dure quand même depuis trois ans ! Le coup de canif qui a été donné par l’État dans ses relations financières avec les collectivités territoriales a commencé en réalité dès 2014, avec la diminution des financements apportés par l’État aux collectivités locales, alors que ces financements sont le fruit d’impôts supprimés par le passé et que l’État s’était engagé à compenser. C’est un coup de gueule permanent de l’ensemble des associations d’élus, toutes tendances politiques confondues, notamment de l’Association des maires de France.
Dans toute la France, on peut lire dans la presse locale que telle ou telle subvention destinée à une association sportive ou culturelle a diminué, ou que des projets de travaux sont reportés…
Tout à fait et dans les grandes villes comme les petites communes. Naturellement, les maires ont pris un certain nombre de mesures pour essayer de pallier cette situation qui est déjà délicate pour un certain nombre de communes, puisqu’il y a à peu près 2000 communes qui sont en difficultés financières avérées. Les solutions, c’est d’abord de mieux sélectionner les dépenses, mais à un moment donné on aboutit à diminuer le niveau de service public, au sens large, la petite enfance, mais aussi les subventions aux associations sportives ou culturelles. Mais il y a plus dangereux, c’est la baisse programmée des investissements que nous avons déjà constatée. C’est très dangereux, parce que les investissements publics des collectivités locales sont importants, de l’ordre de 50 milliards par an mais, surtout, cela prépare l’avenir, cela structure le territoire, puisque c’est de la voirie, des équipements, des infrastructures de transport et des réseaux d’assainissement. Si l’on diminue trop ces investissements, nous aurons une baisse importante de la qualité des infrastructures et donc une baisse de l’attractivité de notre pays. C’est vrai sur tous les territoires. Naturellement, toutes les communes ne sont pas égales. Il y a des communes plus riches que d’autres, des départements plus riches que d’autres, donc certains résistent mieux à cette baisse des dotations de l’État. Mais, pour les petites villes dans un territoire semi-rural, c’est vraiment très difficile.