L’histoire de la chirurgie esthétique.
LITTÉRATURE
Cet été, j’ai eu l’occasion de lire le livre du docteur Sydney Ohana sur l’histoire de la chirurgie esthétique et j’ai trouvé l’ouvrage passionnant. Alors, l’intérêt pour ce livre mérite d’être partagé, même si l’ouvrage a été publié il y a une dizaine d’années… Le docteur Sydney Ohana, qui a sa clinique de chirurgie esthétique et plastique à Paris, est président d’honneur de la Société française de chirurgie esthétique, professeur associé à l’Hôpital universitaire Hadassah de Jérusalem, membre de la Société internationale d’histoire de la médecine, de la Société française d’histoire de la médecine et de l’American Association for the History of Medicine. Ce livre permet d’abord de comprendre à quel point la chirurgie esthétique peut être essentielle dans notre vie : « La chirurgie esthétique, c’est une chirurgie psychologique. Elle s’adresse à la psychologie des gens pour les aider à être bien dans leur peau. Cela été qualifié par l’un de nos grands maîtres, Ivo Pitanguy, de chirurgie du bonheur… Quand on est bien dans sa tête, parce que l’image extérieure correspond à celle que l’on veut donner aux autres et à notre image intérieure, il y a une forme d’harmonie. C’est pour cette raison que l’un de mes livres s’appelle « La Beauté en harmonie ».
Parfois, la nature est ingrate et elle ne permet pas à tout le monde de disposer de cette harmonie. C’est de là que naît le besoin de chirurgie plastique et c’est un besoin très ancien qui remonte à l’Antiquité. » De plus en plus de gens sont concernés par la chirurgie esthétique : « Dès l’âge de cinquante ans, les traits peuvent se détendre, parfois plus tôt, parfois plus tard, ce qui fait qu’il y a un décalage entre l’image extérieure, notamment au niveau du visage, des seins qui tombent avec le temps, du ventre qui se détend avec les variations de poids, et tout cela renvoie à la patiente ou au patient une image qui ne lui plaît pas, qui crée un malaise. La chirurgie plastique et esthétique est de plus en plus demandée, justement pour corriger ce décalage. Dans les derniers sondages, 80% des jeunes envisagent de recourir un jour à la chirurgie esthétique. »
Le docteur Ohana ajoute que : «La demande est énorme : ce n’est plus une chirurgie qui touche les classes sociales évoluées ou les gens médiatisés, c’est vraiment la chirurgie de Monsieur et Madame Tout-le-monde et elle s’est démocratisée parce que les prix sont devenus accessibles. Les interventions ont énormément progressé, elles sont de plus en plus naturelles et il n’y a plus cette crainte qu’une chirurgie esthétique se remarque. C’est devenu une chirurgie très naturelle. » Son livre sur l’histoire de la chirurgie esthétique permet de rappeler que cette discipline remonte à l’Antiquité, alors que l’on croit souvent que c’est une science moderne : « On croit toujours que ce que l’on vient de découvrir est quelque chose de moderne et il faut dire aussi que les médias, pour accrocher, donnent l’impression que c’est une découverte et qu’il va y avoir une révolution autour. Il y a effectivement des progrès, mais cela a commencé il y a bien longtemps. Les hindous savaient faire une greffe sur le nez : à l’époque, on punissait les voleurs en leur amputant le nez et ils savaient déplacer un morceau de peau du front, faire un lambeau, pour pouvoir ensuite mettre ce lambeau à la place du nez et faire une greffe. C’était il y a déjà des milliers d’années ! C’était aussi le cas chez les Égyptiens, qui savaient retirer l’excédent de peau des paupières supérieures. La peau se détend beaucoup avec l’âge, elle se détend encore plus avec le soleil : à l’époque il n’y avait pas de lunettes de protection et il fallait donc retirer l’excès de peau. Mais les grands progrès viennent malheureusement des grandes guerres. Au cours de la Première Guerre mondiale, c’étaient des guerres de tranchées et les éclats d’obus défiguraient complètement les visages. C’était la période des gueules cassées - d’où le nom de cette loterie - et, à ce moment-là, il y a eu un mouvement pour un visage humain. La chirurgie a commencé à se développer et, à partir de ce développement pour améliorer les plaies de la peau dues aux éclats d’obus, on a vu que l’on pouvait déplacer la peau et c’est de là qu’est née la chirurgie du lifting. Les premiers liftings ont été d’abord des corrections de brûlures du visage. Quelques années après, Sarah Bernhardt, en 1925, s’est fait faire son premier lifting. Vous voyez, le lifting n’est pas nouveau, cela date de plus d’un siècle ! Mais on améliore toujours les techniques. La Deuxième Guerre mondiale a entraîné davantage de progrès parce que, dans les cockpits d’avions, les tirs de mitraillettes faisaient sauter le cockpit et les éclats de verre rentraient dans le visage. À ce moment-là, on s’est aperçu que l’on n’était pas obligé d’enlever le verre dans le visage et, à partir de là, on a eu l’idée de la prothèse interne : on peut mettre dans le corps quelque chose qui reste, cela peut être à base de silice, c’est le verre, ou à base de silicone. C’est à partir de là que sont nées les prothèses pour le menton, les pommettes ou les seins… Plus récemment, les prothèses de valves cardiaques. Tous ces progrès, liés malheureusement aux guerres, ont permis de faire avancer énormément les choses. Si l’on revient en arrière, aux guerres napoléoniennes, on ne disposait pas de tout cela, mais on savait déjà amputer sur le champ de bataille pour essayer de sauver la vie. Il n’y avait même pas d’anesthésie à l’époque et je vous laisse imaginer ce que cela pouvait représenter comme douleur ! »
Le docteur Ohana consacre plusieurs chapitres de votre livre à l’histoire de la chirurgie esthétique du nez. En effet, « il est d’abord au centre du visage et la plupart des religions prescrivaient d’amputer le nez pour punir les voleurs. C’est de là que sont nées les premières interventions plastiques. Ce sont les marchands italiens, qui n’étaient pas médecins, ayant découvert cela en Asie, qui sont venus l’importer en Italie vers le XIVe siècle et cela s’est ensuite développé. »
Un ouvrage vraiment surprenant et passionnant qui donne une autre image de la chirurgie esthétique, rédigé par un médecin renommé dans ce domaine.
« L’Histoire de la chirurgie esthétique. De l’Antiquité à nos jours » du docteur Sydney Ohana est publié chez Flammarion.
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