Primaire à droite, Sainte-Rita, laïcité : entretien exclusif avec l’ancien ministre, aujourd’hui député LR des Français de l’étranger

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✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Frédéric Lefebvre : « L’énarchie détourne l’argent des cotisations des gens pour se le mettre dans la poche afin qu’il y ait de plus en plus de fonctionnaires et de gens qui réglementent. »

Frédéric Lefebvre est incontestablement l’homme politique français qui a le plus fait preuve d’indépendance et d’ouverture d’esprit au cours de ces derniers mois. L’ancien ministre a été le premier député à soutenir l’action du MLPS de Claude Reichman et il était par ailleurs présent à 7 heures du matin le jour de l’évacuation de l’église Sainte-Rita par les CRS. C’est notamment pour ces raisons que le système a voulu l’exclure de la primaire à droite. Frédéric Lefebvre aborde ces questions en estimant que les Français attendaient une primaire à droite ouverte, avec de vrais débats de fond, mais que ce sera finalement une primaire fermée entre personnes qui se sont engagées, auprès de l’énarchie, à ne surtout pas remettre en cause le statu quo…


L’Hebdo-Bourseplus : Pensez-vous que ce sont vos positions anti-système qui ont incité Nicolas Sarkozy à vous mettre à l’écart des primaires à droite ?

Frédéric Lefebvre : Le système se défend. Il se défend contre une nouvelle attitude politique, car les Français ne veulent plus de ce réflexe pavlovien qui consiste à être contre tout quand on est dans l’opposition. Lorsque j’ai été élu député, un premier texte est arrivé et mon groupe m’a indiqué qu’il fallait voter contre. Or, c’est le texte que j’avais moi-même préparé quand j’étais au gouvernement ! Il s’agissait du texte Hamon sur la consommation. On se rend compte de cette absurdité : mon groupe me dit qu’il faut voter contre un texte que j’avais moi-même préparé ! Évidemment, j’ai voté pour... La seconde chose, c’est que tout le monde défend un système et un modèle social qui va dans le mur et qui est en train de mener dans le mur une frange de plus en plus importante de la population. Au cours des 125 étapes que j’ai faites dans ma campagne depuis huit mois, le mot que j’ai le plus entendu est le mot suicide, notamment chez les commerçants, les artisans, les professions libérales, les médecins ou les infirmiers… Aujourd’hui, ils ne voient pas d’autre solution quand ils sont étranglés par un système qui ne cesse de les oppresser et qui, en même temps, les protège mal. Le système du RSI en est un exemple. On me reproche un changement d’attitude politique en me disant : « Quand on est dans l’opposition, on s’oppose » en me citant François Mitterrand, alors que ma référence c’est plutôt le Général de Gaulle qui savait dépasser les clivages.

En même temps, on me reproche ma position sur la liberté d’affiliation au RSI et celle sur le revenu universel, alors qu’il s’agit tout simplement de remettre en cause notre modèle social qui nous mène à notre perte depuis des décennies. Ce modèle social est incapable d’affronter l’automatisation, puisque 50% des emplois sont aujourd’hui automatisables. Si l’on garde notre modèle social, on va continuer de détruire des emplois dans les services. Dans les supermarchés, vous avez tous les deux mois une caisse automatique qui apparaît à la place du travail humain alors que, quand je suis aux États-Unis dans ma circonscription, j’observe que le modèle social fait que l’on crée des nouveaux emplois dans les supermarchés : maintenant, en plus de celui qui met vos affaires dans le sac, il y a celui qui met vos affaires dans le coffre de la voiture. Si l’on ne change pas de modèle social, tout va exploser ! Toutes les promesses, comme celle sur la diminution de 10% des impôts ou la diminution du nombre de fonctionnaires, ne seront pas tenues si l’on ne change pas notre modèle social. Aujourd’hui, on ne veut pas que je m’attaque à ce système et c’est la raison pour laquelle on cherche à m’éliminer. Derrière le « on », c’est Nicolas Sarkozy. Je fais partie d’une droite ouverte, Jacques Chaban-Delmas m’a appris que pour réformer il fallait additionner, et je veux dire avec beaucoup de force que la droite ne s’appelle pas Monsieur Sarkozy. Heureusement, ce courant est divers et il est essentiel que la diversité soit dans la primaire, ce que Nicolas Sarkozy ne veut pas.


Finalement, on assiste à une primaire fermée entre anciens ministres… Ainsi, Nicolas Miguet a été reçu par le bureau politique des Républicains, qui avait déjà instruction de ne pas accepter de nouveaux candidats. Vous avez largement expliqué dans les médias comment on a dissuadé les parlementaires de ne pas signer pour vous. Ne pensez-vous pas que le rôle d’une primaire soit justement d’être la plus ouverte possible pour favoriser le débat et la mobilisation des électeurs ?

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