Le bankstérisme a créé un monstre bien caché.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 23 septembre 2016 (numéro 859) : “Les résultats décryptés, suite”. Bonne lecture !!!

Banques : le pire est à venir ! En 2010, tout à fait par hasard, j’ai rencontré un ancien grand banquier de la place de Paris, qui avait fait sa carrière dans une grande banque privée française, puis l’avait terminée dans un établissement nord-américain. Sa phrase me reste en tête, mot pour mot : « En 2008, Barack Obama, qui avait pourtant fait campagne contre le système de Wall Street, n’a pas osé, à peine élu, taper sur les grands banquiers américains, il a laissé la justice s’arranger avec eux sous forme d’amende, et tout a repris, comme avant, mais, vous ne tarderez pas à le découvrir, en pire, puisque désormais, la plus grande partie du business est cachée. Le système américain s’est comporté, face aux banquiers de la place de New York, comme si la justice avait confisqué une boîte d’allumettes à un incendiaire, lui laissant des briquets plein les poches !

L’avidité, la non-responsabilité personnelle des dirigeants, la non-condamnation d’un certain nombre d’entre eux, pour l’exemple, à des peines réelles… entraînera la répétition de tout ce qui s’était passé. En Europe, c’est la même chose, plutôt que d’imposer un non-remboursement des augmentations de capital consenties par l’Etat sous Sarközy, on a laissé les banques se défaire de précieux fonds propres, afin de racheter les parts détenues par l’Etat, ce qui est totalement inadmissible en termes moraux, mais se comprend puisque l’Inspection des Finances, dont je suis issu, tient le système bancaire comme une sorte de chasse gardée, Bercy a donc passé l’éponge, sans frais, sans aucune poursuite » (fin de citation).


Les comptes sont fabriqués “avec trucages”.


Pour se refaire des fonds propres, nos amis les banksters ont décidé de solder les bijoux de famille. Il y a peu de temps, BNP Paribas a vendu partiellement d’abord puis en totalité assez récemment, sa participation dans Klépierre, un groupe qui détient de vastes centres commerciaux un peu partout dans le monde. C’est une opération qui a été juteuse, mais dont le produit a été totalement absorbé, et au-delà, par l’immense amende que la cupidité des dirigeants de BNP Paribas a permise aux autorités américaines au profit du Trésor américain, l’humiliation en prime, puisque BNP Paribas a été obligée de virer un certain nombre de ses cadres dirigeants, non pas sous pression de ses autorités de tutelle, mais de celle des Etats-Unis d’Amérique. La BNP était d’autant plus coupable aux yeux des Américains qu’elle avait deux réussites en Amérique du Nord, avec la Hawaiian First Bank, ainsi que BancWest. Banque européenne ayant du succès en Amérique du Nord… c’est intolérable aux yeux des véritables protectionnistes que sont les autorités de régulation nord-américaine. La leçon est comprise, toujours pour se refaire un peu de fonds propres et une plus-value, BNP Paribas travaille à l’introduction de sa filiale hawaïenne. L’introduction en Bourse d’un peu plus de 15 % des actions ordinaires de First Hawaiian a permis de récolter un demi-milliard de dollars, et surtout de montrer aux yeux des analystes financiers la valeur de cette banque de taille modeste, très rentable, basée à Honolulu. Pendant l’été, BNP Paribas s’était félicitée de sa résistance aux tests bancaires de stress, dans un scénario de stress majeur basé sur des hypothèses extrêmement sévères d’évolution des conditions économiques et de marché, elle s’est retrouvée dans le premier quart des banques européennes. Pourtant, il n’y a pas de quoi se réjouir. Si le résultat du deuxième trimestre a été très correct, avec un résultat net part du groupe de 2,56 milliards d’euros, BNP Paribas le doit à la plus-value de cession sur les titres Visa Europe qui a renfloué les comptes de 597 millions d’euros.


Impact délétère des taux négatifs.

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