Une commune pratique le retour à l’envoyeur pour les déchets !
LA VIE DES COMMUNES ET COLLECTIVITÉS LOCALES
Christophe Dietrich, maire de Laigneville (Oise) : « Il y a toujours un élément qui vous perd : avec un simple code-barres, j’arrive à remonter jusqu’à l’origine ! »
Christophe Dietrich, maire de Laigneville, une commune de 4200 habitants située dans le département de l’Oise, a décidé de riposter d’une manière originale et amusante aux entrepreneurs désinvoltes qui se débarrassent de leurs déchets dans les rues ou les terrains de sa commune : le retour à l’envoyeur ! Depuis quelques mois, le maire a pu identifier à de nombreuses reprises les personnes qui se permettent de tels actes d’incivilité et il a décidé d’aller récupérer les déchets et de les déposer devant le domicile ou l’entreprise des intéressés. Évidemment, la population est ravie et le taux d’abandon sauvage de déchets a très nettement baissé. Cet élu divers-droite, qui ne manque pas de bon sens, répond aux questions de L’Hebdo-Bourseplus.
L’Hebdo-Bourseplus : Comment avez-vous eu l’idée de pratiquer le « retour à l’envoyeur » des déchets déposés dans votre commune ?
Christophe Dietrich : Quand je suis arrivé à la mairie de Laigneville en 2014, nous avions tous les week-ends entre trois et quatre déversements sur la commune, vraiment des gros déversements de déchets, et il fallait une ou deux journées de travail des services techniques pour nettoyer tout cela. Il faut savoir que la responsabilité du maire est engagée s’il y a le moindre problème avec les déchets, puisqu’il est responsable de la salubrité publique dans sa commune. Le maire étant responsable, c’est à lui de faire évacuer les déchets. Cela représente un coût important, avec des véhicules, du personnel et c’est du temps de travail perdu pour la ville. En plus, les gens paient deux fois, puisque les clients paient pour le retraitement des déchets et, quand ils sont déversés dans la nature, ils paient aussi comme contribuables. Nous avons essayé de remonter les pistes et, au bout de trois ou quatre mois, nous avons pu identifier systématiquement les auteurs. Même dans les gravats, il y a toujours un élément qui vous perd : avec un simple code-barres, j’arrive à remonter jusqu’à l’origine ! Une fois, avec un code-barres sur des bouteilles de limonade pour les cafetiers, nous avons appelé le limonadier qui nous a dit où tout cela avait été livré, à quelle heure et quand ! Aujourd’hui, nous avons donc mis en place une technique qui nous permet de remonter jusqu’à une source. Dans le même temps, nous avons sensibilisé nos voisins vigilants qui sont extrêmement efficaces, nous avons aussi sensibilisé nos pêcheurs, nos chasseurs et même les 150 licenciés de notre club de marche !
Chaque fois qu’un camion passe avec des déchets, dans la demi-heure qui suit, j’ai une plaque d’immatriculation, le nom de l’entreprise, le lieu, l’heure, le type de véhicule, le type de déchets et parfois même les photos. Tout cela parce que les gens ont pris conscience du coût que tout cela générait, du temps perdu et, par rapport à l’image de la commune, il était temps de redresser les choses. J’ai une déchetterie en plein centre de la commune : or, au lieu d’être une réponse, c’est une source de problèmes supplémentaires. Au début, les auto-entrepreneurs allaient tous les jours à la déchetterie et il a été décidé que ce ne serait plus qu’une fois par semaine. Maintenant, on vérifie même la carte grise dans les déchetteries. Résultat, tous ceux qui sont exclus vont discrètement jeter leurs déchets à proximité... Donc, il y a tout un travail à faire autour des déchetteries. Notre déchetterie est saturée et, plutôt que d’essayer de trouver une solution pour augmenter sa capacité, ils baissent le volume accepté… Immanquablement, cela se répercute sur mes chemins, c’est le principe des vases communicants... Dans un premier temps, nous remontions jusqu’à la source et nous déposions plainte systématiquement, avec tous les éléments de preuve. Mais tout a été classé sans suite ! Un jour, on m’a répondu que c’étaient bien les déchets de Monsieur Untel, mais que rien ne prouvait qu’il était l’auteur du déversement… Un autre jour, on m’a répondu que la plainte avait été classée sans suite parce que nous avions été indemnisés, alors que je n’ai jamais rien reçu... Comme la justice n’a pas que cela à faire, il y a toujours une raison pour que cela soit classé sans suite. En même temps, l’État baisse les aides aux communes en leur donnant plus de compétences et en leur imposant plus de contraintes ! Par exemple, nous avons de nouvelles normes écologiques à respecter et je dois mobiliser deux personnes tous les jours et toute la journée pour gratter les herbes dans le caniveau. Tout cela coûte beaucoup d’argent et les déchets qui s’accumulent dans nos forêts, dans nos chemins et dans nos champs, tout le monde s’en moque, alors qu’en face on doit respecter des normes environnementales intenables...
J’ai été policier et sapeur-pompier, je ne suis pas issu du sérail politique, je suis pragmatique et je parle de choses concrètes. J’ai eu l’idée de retourner les déchets à l’envoyeur à la fin de l’année dernière. Un jour, pas très loin de chez moi, je voyais les camions partir un 11 novembre et revenir à vide, alors que la déchetterie était fermée… Je me suis dit qu’il y avait quelque chose de pas très normal et j’ai suivi l’un des camions avec ma fille : nous nous sommes aperçus qu’il déversait ses déchets au beau milieu d’un champ ! En un week-end, il y a eu plus de 10 tonnes déversées ! J’ai appelé la presse locale en leur disant que nous avions décidé de frapper un grand coup. J’ai pu mobiliser le tracteur d’un ami agriculteur et, le lendemain, nous avons ramené les 10 tonnes de gravats dans la cour du chantier. En plus, le responsable du chantier n’a pas voulu sortir de la cabane, parce qu’il y avait à l’intérieur quatre Chinois qui travaillaient en situation irrégulière... On s’aperçoit ainsi que les personnes qui commettent ce genre d’actes ont aussi de multiples autres infractions à leur actif, notamment au Code du travail. Un jour, j’ai lu l’histoire d’un monsieur qui avait récupéré sa maison dans un état dégueulasse, il avait tout ramassé dans un camion et il avait tout ramené à son ancien locataire. J’ai donc eu l’idée d’adopter ce principe !
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