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Bolloré : une stratégie un peu ambiguë.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
✍️ Par Nicolas MIGUET
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 9 septembre 2016 (numéro 857) : “Les résultats décryptés, suite”. Bonne lecture !!!
Ce jeudi 1er septembre, le groupe Bolloré aura publié, après que cette étude ait été rédigée, ses résultats semestriels. Bien évidemment, ils seront commentés sur l’audiotel, et sur la radio libre (3248). Pourtant, il est quand même très intéressant de s’interroger sur la stratégie d’un groupe qui est sinon parmi les plus importants en termes de chiffre d’affaires publié, du moins parmi les plus puissants en termes d’influence, via tout un tas de relais, en France, en, Afrique, en Italie… et bien évidemment dans d’autres points du monde.
Il y a quelques décennies seulement, Vincent Bolloré avait créé un système de holdings successifs, il a appelé cela, où l’on a appelé cela dans son entourage les « poulies bretonnes ». Aujourd’hui, le groupe Bolloré, qui a fusionné il y a quelques années avec Bolloré Investissement, est détenu à hauteur d’environ 64 % par la financière de l’Odet, elle-même filiale de la compagnie des Glénans… avec encore deux ou trois systèmes de poulies actionnariales dans le circuit, on s’aperçoit que la famille Bolloré, même si elle a augmenté son contrôle au fur et à mesure des décennies, a encore des minoritaires un peu à tous les étages. La position officielle, du moins celle annoncée officiellement, c’est qu’il convient de donner de plus en plus de transparence à l’entreprise, et de réduire les intérêts minoritaires, dès que cela est possible.
Minoritaires à tous les étages.
Dans les faits, on s’aperçoit que cela n’est pas le cas. Par une opération très subtile qui lui a permis de reclasser une partie significative de son autocontrôle, le groupe Bolloré est monté d’un peu plus de 32 % du capital de Havas à environ 80 %, avant de reclasser 20 % pour n’en détenir qu’un peu plus de 60 %. Il y a donc des minoritaires chez Havas. Les ensembles de technologies reliés à la batterie électrique ont été regroupés dans la société Blue Solutions, laquelle a été introduite en Bourse… Là encore, plus qu’une cotation permettant réellement de lever des fonds, il s’est agi d’extérioriser une valorisation à une entreprise qui a englouti des milliards d’euros au fur et à mesure des vingt dernières années. A travers Bolloré Médias, le groupe avait créé la chaîne Direct 8, puis racheté à Lagardère Virgin TV, devenu Direct Star. Les deux chaînes ne gagnaient pas d’argent… mais avaient un intérêt stratégique pour le groupe Canal Plus, présidé par une vieille relation commune de la camarilla Bolloré-Bébéar : Jean-René Fourtou.
Du coup, comme les fréquences télévisuelles étaient rares, on a valorisé chèrement les deux chaînes de télévision, mais cela ne faisait pas grand-chose, puisque l’essentiel du paiement des deux chaînes apportées par le groupe Bolloré au groupe Vivendi, qui l’a rétrocédé à sa filiale Canal Plus, a été payé en émissions de titres Vivendi et non pas en bel et bon argent. En ramassant un peu de papiers sur le marché, le groupe Bolloré est monté à 5 % du capital de Vivendi. Comme nous l’avions indiqué à l’époque, il s’est organisé pour avoir des options, à bon compte, afin de passer le cap des 10 %… face à la révolte d’un certain nombre de minoritaires, voulant protester contre la prise de contrôle de fait, le groupe Bolloré est monté à 14 %, ce qui lui a donné, avec quelques alliés, une confortable majorité en assemblée générale. Depuis, le groupe a bénéficié de l’annulation d’un certain nombre d’actions Vivendi, rachetées par l’utilisation de la propre trésorerie du groupe et il se retrouve à environ 15,5 % du capital, de loin le premier actionnaire. Les « intérêts minoritaires » représentent largement plus de 80 % du capital de Vivendi mais c’est Bolloré qui décide, qui dirige, et qui fait comme si Vivendi lui appartenait à 100 %.