La Chine s’engraisse aux frais de l’Europe.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 29 juillet 2016 (numéro 854) : “Les résultats décryptés, suite”. Bonne lecture !!!

Si une part significative de notre production de blé est aujourd’hui, au moins indirectement, exportée vers la Chine, sous forme de blé à usage fourrager qui nourrit les porcs et les volailles que nous exportons là-bas, dans l’ensemble, c’est la Chine qui fait du gras sur le dos de l’Europe. Depuis l’adhésion de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce, le déficit a été structurellement aggravé, d’années en années. Le déficit commercial entre l’ensemble de l’Union européenne et la Chine représentait un trou de 109,3 milliards d’euros en 2005. En 2006, il a été porté à 132,1 milliards. Il s’est aggravé à 162,1 milliards en 2007, puis à 170,8 milliards en 2008. La crise systémique liée à l’explosion du système financier à la fin de l’année 2008 a entraîné une réduction sensible des échanges internationaux donc une baisse du déficit en 2009, avec moins 132,9 milliards. Comme nous l’avions dénoncé, les plans de relance en Europe ont entraîné, par un accroissement de la consommation, une augmentationsignificative du déficit, et la relance a été surtout une relance chinoise. En 2010, le trou a été de 170,4 milliards d’euros, de 158,7 milliards d’euros encore en 2011, de 147,9 milliards en 2012, il s’est réduit à 131,9 milliards en 2013 et à 137,5 milliards en 2014 mais a touché un point historique, un record à la baisse puisque nous avons eu un déficit commercial de 180 milliards d’euros en 2015 vis-à-vis de la Chine.

L’an dernier, les importations de produits chinois en Europe ont représenté 350,4 milliards d’euros et les exportations vers la Chine 170,4 milliards. Grosso modo, si l’Union européenne avait produit les 180 milliards de richesses en interne, dans le cadre d’un commerce équilibré, le PIB de l’Union européenne se serait accru de 1 % environ, et cela aurait représenté de quoi employer 1,3 à 1,7 million de personnes en plus en Europe. En onze ans, nos caisses se sont vidées de 1.633,6 milliards d’euros soit dix mois environ de PIB de la France. 


La Chine fait ses emplettes... chez nous, avec nos sous !

Avec cet argent, des réserves énormes, la Chine fait ses emplettes et, désormais, rachète les entreprises qui peuvent l’intéresser. La Chine étant très fortement peuplée, elle dispose, du fait de son enrichissement, d’un énorme marché touristique, avec 120 millions de clients qui désirent voyager. Du coup, le secteur touristique français est devenu la cible principale des investisseurs chinois. Accor Hotels, Pierre & Vacances, Odalys, Club Med… sans oublier bien sûr l’aéroport de Toulouse, au cours des derniers mois, des dernières années, sans compter les négociations en cours avec la Compagnie des Alpes (remontées mécaniques et parcs de loisirs), les acteurs chinois cherchent à prendre des actifs, pour accompagner leurs touristes à l’étranger, et pour diversifier leurs ressources financières.

En Asie du sud-est, la Chine se réarme, et a décidé de devenir la principale puissance locale, en rivalité pleine et entière avec les Etats-Unis et leurs alliés (Japon, Corée du Sud… et même Vietnam désormais), avec notamment une rivalité belliciste concernant la Mer de Chine et ses îlots, tous revendiqués, presque jusqu’à Singapour, par l’Empire du Milieu. On se focalise souvent sur les grands travaux en Chine, sur la construction de presque 10.000 km de lignes ferroviaires l’an dernier, dont 3.300 km de lignes à grande vitesse. Parmi les grands travaux, il y a aussi la construction, à partir d’îlots inhabités, de gigantesques infrastructures militaires, de ports artificiels… qui ont vocation à afficher la souveraineté chinoise sur des îlots qui sont revendiqués par les Philippines, par Taïwan, par le Vietnam, ou par la Malaisie. La Russie, qui compte le Chine comme un gros client pour ses matières premières, pour son pétrole et pour son gaz, cherche à maintenir à l’écart de sa Sibérie une « immigration-invasion » qui n’est pas discrète. On estime que plus de 3 millions de « travailleurs chinois » traversent la frontière. A terme, la Chine voudrait bien que la Russie, en baisse démographique, lui abandonne la Sibérie, ce qui lui permettrait d’avoir une véritable autonomie, une sorte d’autarcie. La Chine est un pays communiste, planifié, qui ne regarde pas à deux ans, ni à trois ans, mais à dix ans, à vingt-cinq ans. La Chine s’est avancée sur le chemin de son renouveau avec des étapes qui ont, jusqu’à présent, toutes été des réussites.

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