Airbus ne craint pas la concurrence, juste ses fournisseurs.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 22 juillet 2016 (numéro 853) : “Les résultats décryptés, suite”. Bonne lecture !!!

Airbus n’a pas peur que la concurrence s’envole. Le patron du Groupe Airbus, Thomas Enders est un ancien parachutiste, et il sait se faire respecter, y compris d’Angela Merkel. La chancelière allemande n’avait pas beaucoup apprécié que le groupe Airbus décide de mettre son siège social à Toulouse, supprimant ceux de Munich, Hambourg et Paris, pour se concentrer près des principales usines de fabrication, à deux pas des pistes de l’aéroport de Toulouse. Elle avait même montré son désappointement en suspendant le versement des avances pour le programme A350, pour la part qui concernait l’Allemagne.

Thomas Enders a tenu, et il vient d’inaugurer le nouveau siège social du groupe Airbus, à Toulouse, et a lancé l’A350… sans avoir eu besoin, bien évidemment, des fonds publics allemands. C’est ainsi, il faut s’y faire, même si la Banque publique allemande GZBV détient 11 % du capital, la SOGEPA française 11 % également, et la SEPI espagnole 4,2 %, Airbus est désormais une entreprise privée, gérée de manière indépendante, et, Airbus ne méprise pas les Etats, ils sont considérés comme des actionnaires ordinaires, nécessitant une bonne rémunération de leur investissement, via des dividendes corrects, mais il n’est pas question de leur accorder des droits de veto ou des capacités réelles de direction de l’entreprise. 


Un flottant de 74% du capital.


Depuis la réduction des parts publiques et la sortie du groupe Lagardère, le flottant (essentiellement aux mains d’investisseurs institutionnels européens et étrangers), représente presque 74 % du capital. Airbus gagne de l’argent, n’a pas besoin de solliciter ses actionnaires et entend bien, pour les dix, quinze ou vingt années à venir, rester dans cette même situation. L’entreprise s’était mise en forme de manière à pouvoir être compétitive avec un dollar très faible, pour un ratio de 1,45 dollar pour 1 euro… Du coup, avec un dollar à 1,10 dollar pour 1 euro, c’est le confort total et absolu, qui permet de passer quelques mauvaises situations, sur telle ou telle filiale, actuellement les hélicoptères. Le prédécesseur de Thomas Enders pensait qu’il fallait deux pieds pour Airbus, avec la Défense et l’aéronautique civile, aujourd’hui, la Défense n’est plus du tout prioritaire, le groupe est numéro un mondial des avions de plus de cent sièges, dans l’aviation civile, entend se muscler autour de cette spécialité, sans négliger pour autant les hélicoptères, les systèmes de Défense et aérospatiaux, mais cela n’est pas du tout la priorité pour ce qui concerne les investissements. A la fin du salon de Farnborough, le groupe Airbus se retrouvera avec un carnet de commandes largement supérieur à 7.000 avions, il va falloir les fabriquer, et les livrer en temps et heure à toutes les compagnies qui sont clientes.

L’année 2015 fut excellente, avec 64,45 milliards d’euros de chiffre d’affaires, presque 3 milliards d’euros de résultat opérationnel, et un dividende porté à 1,30 euro, le dividende a vocation à être augmenté dans les années à venir, puisque le groupe Airbus veut, à terme, dégager une marge opérationnelle de l’ordre de 10 % du chiffre d’affaires sur un chiffre d’affaires porté progressivement à 80 milliards d’euros par an et peut-être même davantage. 8 milliards d’euros de résultat opérationnel, cela donnera un résultat net de l’ordre de 5,5 à 6 milliards, et la capacité de distribuer un dividende supérieur à 2 euros pour chaque action. Quand on a pour plus de 1.000 milliards d’euros de carnet de commandes, on a de quoi voir venir… Cela n’empêche pas que les commerciaux d’Airbus, qu’il s’agisse des hélicoptères ou des avions civils ou de l’Espace, cherchent toujours à compléter le carnet de commandes, au fur et à mesure des possibilités de production. Le groupe Airbus n’a pas vocation à rester uniquement sur la fabrication des avions. Il entend prendre sa part dans les services, un gigantesque gâteau qui représentera un chiffre d’affaires mondial de l’ordre de 3.000 milliards de dollars dans les vingt prochaines années.

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