Le spécialiste de l’immobilier haut de gamme estime que le Brexit constitue une opportunité pour le marché immobilier londonien

LA VIE DE L’IMMOBILIER

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Thibault de Saint Vincent, président de Barnes : « Le Brexit, sur le plan de l’immobilier, peut être un élément déclencheur relativement salutaire dans un marché excessif. »

Une nouvelle page s’écrit en Grande-Bretagne, après le vote du 23 juin favorable au Brexit. Cependant, selon un communiqué de Barnes, les réactions exprimées sur l’instant ne doivent pas occulter certaines données pérennes. D’abord, « dans l’analyse de la situation, il importe de séparer Londres du reste du Royaume-Uni », souligne Thibault de Saint Vincent, président de Barnes, spécialiste international de l’immobilier de luxe. Des cadres expatriés risquent de pâtir de la conjoncture s’ils doivent, dans les prochaines semaines, revendre rapidement le logement qu’ils avaient acquis dans une période de prix ascendants. Mais il faut voir d’où l’on part. Les niveaux atteints étaient devenus très élevés. Ainsi, jusqu’à la veille du scrutin, Londres était 2,7 fois plus chère que Paris. Un ajustement a été observé depuis déjà trois mois. Il n’avait pas échappé à nombre d’investisseurs internationaux. L’effet d’aubaine, procuré par le renforcement du pouvoir d’achat de toutes les autres devises par rapport à la Livre sterling, a renforcé leur intérêt. « Barnes Londres a reçu nombre d’appels », confirme Thibault de Saint Vincent : « Ces personnes veulent profiter de la double baisse des prix du marché et de la monnaie pour investir à Londres. Le marché est très actif parce que les gens veulent en profiter immédiatement ». Thibault de Saint Vincent, président de Barnes, répond aux questions de L’Hebdo-Bourseplus.


L’Hebdo-Bourseplus : Depuis le vote des Britanniques sur le Brexit, vous observez que votre agence de Londres reçoit de nombreux appels d’investisseurs intéressés par le marché londonien. Comment analysez-vous cette situation ?

Thibault de Saint Vincent : Je reviens de Londres et je peux vous dire qu’ils ne sont pas du tout pessimistes. Il ne faut pas oublier que les prix étaient au plus haut et que cela continuait de monter selon les années entre 12 et 18 %, ceci depuis cinq ans. Nous sommes maintenant, au centre de Londres, à des prix qui sont 2,7 fois plus élevés que ceux que l’on observe à Paris. À Paris, on est autour de 8 500 euros le mètre carré, or c’est environ 20 000 euros à Londres pour de l’immobilier de qualité dans des beaux quartiers. Il y avait une volonté des autorités de freiner cette hausse, notamment avec les droits de mutation qui sont passés à 13 %. Malgré cela, du fait de l’attractivité de Londres sur la clientèle fortunée internationale, puisque 50 % des transactions concernent des non-Britanniques à Londres, nous étions finalement dans un marché à deux vitesses car les Anglais de Londres commençaient à habiter à une demi-heure ou une heure de Londres, en prenant les transports en commun pour venir travailler tous les jours, tandis que la clientèle fortunée s’achetait des pied-à-terre comme produits d’investissement dans Londres. On arrivait quand même à des excès et, aujourd’hui, beaucoup considèrent que finalement le Brexit, sur le plan de l’immobilier, peut être un élément déclencheur relativement salutaire dans un marché excessif. Les spécialistes disent que c’est un arrêt à la hausse et un arrêt que beaucoup attendaient. La baisse pour les étrangers est déjà acquise parce que la Livre sterling a baissé de l’ordre de 10 %. Maintenant, on observe que tous les biens qui comportent certains défauts pourront subir une baisse de 10 à 15 % et le bien de grande qualité ne devrait plus monter et, peut-être, légèrement baisser, de l’ordre de 5 %.

Nous avons une clientèle fortunée qui préférera attendre plutôt que de vendre. Les Anglais accusent le coup. 60 % des Londoniens ont voté contre le Brexit, mais maintenant les Anglais savent s’adapter et ils sont plus positifs. Pour eux, ce n’est pas plus mal, ils ne voulaient pas de l’Europe telle qu’elle était, ils veulent trouver un accord comme la Suisse et la Norvège pour continuer les échanges économiques, sans avoir les mêmes obligations qu’auparavant. De toute manière, ils considèrent que l’Angleterre a une force économique, une réelle attractivité, et que ce n’est pas demain qu’elle s’effondrera. Nous avons un client indien avec lequel nous sommes en contact depuis plusieurs mois, qui souhaite investir un budget de 25 millions dans l’immobilier, et il vient de nous dire qu’il était maintenant prêt à investir 75 millions pour prendre toutes les opportunités sur des biens de grande qualité : « Dès que vous voyez un vendeur qui est pressé de vendre son bien, j’achète ! » Cela veut dire qu’il y a des gens qui vont se mettre à vendre et, en face, des acheteurs qui vont se positionner. Les journaux ont tendance à amplifier le phénomène. On a parlé de ces fonds d’investissement qui bloquent les liquidités, mais en réalité ce sont des bureaux, c’est du commercial, ce qui n’a rien à voir avec le résidentiel qui se porte très bien. En tout état de cause, tous ces fonds considéraient déjà depuis plusieurs mois que l’on avait atteint des sommets à la hausse et qu’il fallait que le marché se retourne. Donc, cela fait partie d’une décision stratégique qu’ils avaient prise bien avant le Brexit pour que le marché se calme à la hausse. Finalement, ce Brexit arrive un moment où le marché était loin d’être dépressif et il était temps que l’on calme le jeu.


Vous évoquez une nouvelle catégorie d’investisseurs à Londres : qui sont-ils ?

Pour lire ce numéro (Accès numérique)

Validez le formulaire ci-dessous

Tarif valable jusqu'au 28/02/2027 sous réserve de variation du taux de TVA.
L'Hebdo Bourse Plus sort un numéro double fin juillet et ne paraît pas en août.

Les paiements sur notre site sont sécurisés et traités par Stripe, un prestataire de paiement en ligne de confiance. Vos informations de paiement sont protégées par des protocoles de sécurité de pointe, garantissant une expérience d'achat sûre et sécurisée. Vos données sont protégées par le chiffrement TLS et la tokenisation. Stripe est certifié conforme aux normes de sécurité PCI DSS.