L’ancien ministre des Finances et député européen centriste commente l’annonce du Brexit

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✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Jean Arthuis, député européen (Alliance des démocrates et des libéraux) : « Ce Brexit peut être une chance pour l’Europe et pour les Européens. »

Jean Arthuis a été ministre de l’Économie et des Finances, président de la Commission des finances au Sénat et il est aujourd’hui député européen, élu dans la circonscription du Grand Ouest, président de la Commission des budgets au Parlement européen. Le parlementaire centriste a accepté de répondre aux questions de L’Hebdo-Bourseplus sur le Brexit.


L’Hebdo-Bourseplus : Deux thèses s’affrontent : certains pensent que la France et l’Europe vont profiter d’un départ important d’entreprises de la City, tandis que d’autres estiment que la Grande-Bretagne va rester attractive en devenant un paradis fiscal. Qu’en pensez-vous ?

Jean Arthuis : C’est une tentation que peuvent avoir certains adeptes du Brexit, celle de faire de la Grande-Bretagne un nouveau paradis fiscal en attirant sur son territoire des assiettes d’impôt sur les bénéfices et différentes ressources fiscales. Ce genre de compétition illustre l’égoïsme de certains pays. La vraie question, aujourd’hui, est de savoir si nous avons un destin commun, si nous appartenons à une communauté de valeurs, ou si chaque grand pays joue sa carte. On est à la merci de groupes économiques supranationaux. L’hyper financiarisation peut déclencher demain un véritable tsunami, avec des conséquences désastreuses au plan humain, social et économique, on peut participer à la dégradation des climats, on peut activer des migrations de plus en plus nombreuses… Nous étions un milliard d’humains sur la planète au début du XXe siècle et nous serons bientôt neuf ou dix milliards. La vie peut devenir un jour impossible sur la planète et il est urgent d’organiser le monde. Organiser le monde, plutôt que de laisser chacun jouer sa propre partition au détriment des autres comme le propose Boris Johnson. Cela relève d’une attitude cynique qui n’est pas acceptable et qui est en contradiction avec nos valeurs héritées de l’humanisme chrétien et du siècle des Lumières. Il faut clarifier la situation. Depuis 43 ans de partenariat entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, les Britanniques ont largement façonné et bridé l’évolution de l’Union européenne pour en faire une sorte de communauté de consommateurs achetant à bas prix les biens de consommation et les services mis à leur disposition.

Mais il me semble que les citoyens européens ne sont pas que des consommateurs : nous avons à traiter des problèmes de chômage, des problèmes de cohésion sociale, des problèmes de sécurité, des problèmes de lutte contre le terrorisme… Si tout cela n’est pas traité au plan européen, je doute de l’efficacité. Nous n’avons pas de diplomatie européenne et nous n’avons pas de capacités militaires au plan européen. Certains pays européens ont été capables d’accompagner les Américains dans leur épopée en Irak en 2003, je pense à la Grande-Bretagne, même scénario en Libye en 2011, mais on n’est pas allé jusqu’au bout. On a déclenché des guerres, on a vu la disparition de certains États, ce qui entraîné des migrations nombreuses vers l’Union européenne, et nous avons été très inconséquents au plan diplomatique et militaire. À l’heure de la mondialisation, si nous voulons apporter une réponse digne à nos concitoyens, à tous ces jeunes qui se désespèrent parfois de ne pas rentrer dans le monde du travail, à tous celles et tous ceux qui frémissent sous la menace terroriste, qui veulent assurer un contrôle effectif des frontières tout en accueillant les réfugiés - mais ceux qui peuvent obtenir ce statut, et non pas tous ceux qui viennent pour des raisons d’opportunités économiques - je pense que c’est l’Europe qui nous permet d’apporter des réponses crédibles.


Vous déplorez la loi de la jungle et l’attitude de la Grande-Bretagne, mais pensez-vous qu’elle ait la capacité de rebondir hors de l’Union européenne ?

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