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Une crise obligataire ?
ANALYSE GRAPHIQUE
✍️ Par Mustapha GHAILANE
La baisse rapide et sans frein de cette semaine est une très désagréable mauvaise surprise. Les cours se sont enfoncés comme dans du beurre sans aucune résistance des acheteurs, qui ont curieusement déserté le parquet du jour au lendemain. En cause, une ambiance particulièrement délétère sur les valeurs bancaires, pourtant ardemment défendues depuis la baisse de début de l’année. En cause, la baisse de trop sur les taux obligataires qui viennent d’entrer en territoires négatifs sur les « Bunds » Allemands !
Les « OAT 10 ans » du Trésor Français ont touché de leur côté un plus bas à 0,37 % avant de revenir autour des 0,40 % qui semble représenter en quelques sortes un genre de seuil de tolérance. L’écart entre le Bund et l’OAT se trouve par conséquent autour de 0,40 % et cela pose un véritable problème métaphysique. Alors que la France et l’Allemagne sont scellées par une monnaie commune et sont « solidaires » de leurs dettes mutuelles contractées sur les marchés, elles devraient théoriquement offrir exactement le même rendement. Or, il n’en est rien et c’est là que le bât blesse.
Cela signifie que le marché n’accorde pas la même valeur, c’est-à-dire pas la même confiance aux deux États. Ce delta de 0,40 % représente en quelques sortes une assurance contre le risque systémique Français, voilà ma lecture personnelle de la situation. Certes, il est minime, mais il existe et il vaut 0,40 % ! Une autre question mérite également d’être posée : Pourquoi, ce n’est pas le cas aux États-Unis, où les taux sont à 1,62 % ? Primo, la structure des taux y est normale contrairement à l’Europe où les taux courts, moyens et longs sont quasiment aux mêmes niveaux (structure plate). L’absence de différentiel entre les taux à 2 ans et à 10 ans rend la situation des banques particulièrement difficile. Pour financier leurs engagements (prêts) sur le long terme, elles doivent se couvrir régulièrement en empruntant à moyen terme sur les marchés (2 ans). Leur marge bénéficiaire se situe justement dans le différentiel des taux 2 ans vs 10 ans.
Voilà exactement ce qui inquiète fortement les marchés actuellement car les banques du vieux continent ne sont plus en mesure de conserver leurs fortes capacités bénéficiaires tant que la structure des taux restera plate. Voilà pourquoi, paradoxalement la baisse actuelle des taux longs n’a pas fait monter les cours boursiers, mais le contraire ! Moi-même, je me suis fait avoir en anticipant une forte hausse dans mon analyse de la semaine dernière ! Le soucis, le gros soucis c’est que les responsables monétaires et politiques n’ont toujours pas compris ce qu’il se passe. De là à ce qu’ils prennent les bonnes décisions qui s’imposent...
Techniquement, je vous ai établi cette semaine des graphiques depuis 2008 pour avoir le recul nécessaire car la situation est exceptionnellement complexe et risquée. Ainsi, après avoir cassé trop rapidement son support de 4.230 points, l’indice Cac 40 se rapproche des 4.100 points où se trouve le support horizontal majeur représenté sur le graphique. Il représente la « ligne de cou » d’une grande figure baissière en « Tête et épaules ». Il vaudrait mieux qu’elle ne soit pas cassée dans les prochaines séances !
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