Le mystère Sindelar.
LITTÉRATURE
Le footballeur qui défia Hitler En période de l’Euro, il était logique d’évoquer un livre consacré au football cette semaine… On ne présente plus Eugène Saccomano, qui a été pendant près de vingt ans directeur des sports à Europe 1. Il est le créateur de l’émission culte « On refait le match » sur RTL et, par ailleurs, écrivain puisqu’il a publié de nombreux romans et essais. Dans son dernier livre, il raconte l’histoire de Matthias Sindelar (1903-1939), considéré dans les années 30 comme le meilleur footballeur du monde. En 1938, quand Hitler impose l’Anschluss, Sindelar, que l’on prétendra juif, refuse de porter le maillot de la nouvelle équipe allemande et de faire le salut nazi. Pourtant, ce footballeur est peu connu du grand public, Eugène Saccomano nous explique comment il a découvert Sindelar : «C’est en écoutant des gens qui faisaient une rétrospective sur la Wunderteam, c’est-à-dire la meilleure équipe d’Europe dans les années 30, et j’ai découvert cette fin inexpliquée et tragique. Je me suis mis à travailler et à découvrir Sindelar, ce footballeur autrichien, né près de la frontière tchèque, mais profondément autrichien et viennois. Sa vie a été extraordinaire. Il était génial en ce qui concerne le football, c’était un grand dribbleur et sa grande qualité a été d’avoir dit non à sa manière à l’Anschluss. Mais il ne faut pas oublier que l’Autriche a accueilli l’Anschluss avec un bonheur inouï. Hitler a fait un triomphe en arrivant à Vienne ! Il ne faut pas l’oublier, malheureusement... »
C’est un roman historique, mais il y a une part de fiction, évidemment : «Le fond de l’histoire est vrai, la démarche de Sindelar et ses ennuis avec le chef de la Gestapo locale sont authentiques. Je reviens aussi sur la manière dont tous les juifs de Vienne sont traités et sur sa mort, qui n’a jamais été élucidée. On ne sait pas s’il a été empoisonné par la Gestapo. D’ailleurs, c’est la Gestapo elle-même qui a fait l’enquête après sa mort...» D’ailleurs, Eugène Saccomano ne se prononce pas sur les circonstances de la mort de Sindelar : «Je ne peux pas aller plus loin. A Vienne, Sindelar est encore très célèbre. Au cimetière de Vienne, il y a une plaque magnifique où l’on voit son visage, mais personne ne sait, sauf peut-être les responsables de la Gestapo de l’époque, comment il est mort. On sait par la concierge de son immeuble que personne ne répondant chez lui, un beau matin, on monte, on appelle la police et on se dit qu’il est probablement intoxiqué par le monoxyde de carbone. Sa compagne est morte quelques jours plus tard à l’hôpital, mais on n’a fait aucune autopsie sur l’un ou sur l’autre. Donc, on ne peut pas savoir de quoi il est mort. Je laisse l’interrogation finale à mes lecteurs. Personnellement, je crois qu’il a quand même été victime de la Gestapo... Mais rien ne le prouve».
Finalement, ce livre rappelle que tout est politique et comment Hitler a voulu se servir du sport, notamment du football, pour faire sa propagande : «Je raconte le dernier match des deux nations qui sont déjà réunies, mais pas sur le plan sportif : c’est-à-dire l’Autriche et l’Allemagne. L’Autriche gagne 2 à 0 et c’est une grande humiliation pour les nazis qui sont dans la tribune. Sindelar refuse de faire le salut hitlérien et surtout de porter le maillot unifié de l’Allemagne avec la croix gammée. C’est à partir de là que tous ses soucis commencent... » Pourtant, au début, Sindelar se sent protégé par sa popularité : «L’Allemagne souhaite aussi que Sindelar participe à la Coupe du monde en France en 1938. Il refuse en prétextant son âge avancé et une blessure au genou, mais il vient quand même à Paris pour assister à cette Coupe du monde. Effectivement, tant qu’il est un personnage central, il est moins ennuyé car les Allemands peuvent dire : « On possède le plus grand joueur du monde ! » Mais c’est faux, puisqu’il n’a jamais joué dans l’équipe allemande... Il est surveillé et, à partir de là, la Gestapo émet des doutes sur sa judéité. On pense qu’il est juif… Il le serait par la génération de sa mère, mais ce n’est pas clair du tout… Je ne crois pas qu’il était juif. Il n’a jamais mis les pieds dans une synagogue et il ne s’est jamais intéressé à la religion». Pourtant, le chef de la Gestapo fait pression sur lui en l’interrogeant : « Votre père ne vous a jamais parlé de vos origines juives ? »
Eugène Saccomano explique que «c’était une manière de l’intimider pour qu’il puisse jouer la Coupe du monde avec l’Allemagne en 1938. C’était aussi une manière de bien l’avoir en main. Alors, il ne va pas tenir compte de tout cela et, malheureusement, il est arrivé ce qu’il lui est arrivé… » Lors du fameux match entre l’Autriche et l’Allemagne, on lui propose même plusieurs milliers de dollars pour faire en sorte que l’Allemagne gagne : «Il y a un personnage bizarre - mais c’est de la fiction - qui le sollicite pour laisser gagner l’Allemagne. Cela correspond à ce qui se disait et aux bruits qui couraient à l’époque. Pour cela, j’ai travaillé sur la presse de l’époque, avec un ami qui a été longtemps correspondant en Autriche et un autre qui avait enquêté sur l’affaire Sindelar. Mais c’est difficile, car c’est quand même loin, 1938, surtout quand tout a été détruit par les Allemands. J’ai donc dû travailler sur les journaux de l’époque, notamment les journaux viennois, et c’est ce qui m’a amené à faire aussi un peu de fiction». Le livre sort au moment de l’Euro 2016 mais Eugène Saccomano précise que «c’est une coïncidence. Nous avons eu cette idée il y a quelques mois avec l’éditeur et, avec les délais de fin d’écriture et d’édition, nous sortons ce livre au moment de l’Euro 2016. Mais cela n’a rien à voir».
Enfin, nous lui avons demandé comment il envisage cet Euro 2016 : «Je voudrais calmer l’enthousiasme sympathique des Français... Quand on a un pays derrière soi, les résultats sont souvent meilleurs, mais il ne faut pas s’imaginer que la France va gagner l’Euro, parce que c’est une équipe qui est en complet renouvellement. C’est une équipe de jeunes, c’est d’ailleurs sympathique. Mais elle n’a pas les moyens, comme l’Espagne ou l’Allemagne, ou même l’Angleterre et la Belgique, de faire une grosse performance. Donc, si l’équipe de France arrive dans le dernier carré, ce sera formidable !»
« Le mystère Sindelar. Le footballeur qui défia Hitler » d’Eugène Saccomano est publié aux Éditions de Paris.
Validez le formulaire ci-dessous
Tarif valable jusqu'au 28/02/2027 sous réserve de variation du taux de TVA.
L'Hebdo Bourse Plus sort un numéro double fin juillet et ne paraît pas en août.
Les paiements sur notre site sont sécurisés et traités par Stripe, un prestataire de paiement en ligne de confiance. Vos informations de paiement sont protégées par des protocoles de sécurité de pointe, garantissant une expérience d'achat sûre et sécurisée. Vos données sont protégées par le chiffrement TLS et la tokenisation. Stripe est certifié conforme aux normes de sécurité PCI DSS.