Une entreprise française en pointe dans la cybersécurité dans le domaine de l’Internet industriel
LA NOUVELLE ÉCONOMIE INTERVIEW
Thierry Rouquet, président de Sentryo : « Le problème est de savoir comment protéger des systèmes qui existent déjà. »
Nous abordons cette semaine un sujet passionnant en raison des menaces qui pèsent sur l’Internet industriel. La littérature et le cinéma évoquent fréquemment des attaques informatiques contre des centrales nucléaires, électriques, ou des réseaux ferroviaires… Alors qu’il s’agit de risques très sérieux, on découvre que les technologies de protection sont encore nouvelles dans ce domaine. Fondée en juin 2014 par des professionnels de la cyber sécurité, Sentryo s’adresse aux entreprises industrielles qui opèrent des réseaux « machine to machine » critiques dans le domaine de l’énergie, du transport et de la fabrication de systèmes complexes. La société se développe en priorité sur le marché européen, avec l’ambition de devenir un acteur mondial. Sentryo vient d’annoncer l’arrivée dans son capital de Breed Reply pour compléter la levée de fonds de plusieurs millions d’euros initiée en début d’année avec ACE Management et Rhône-Alpes Création. Breed Reply est un fonds d’investissement en capital risque, basé à Londres, investissant en Europe et aux États-Unis, et spécialisé dans l’Internet des objets. À travers cette annonce, Sentryo confirme et renforce la crédibilité de sa stratégie de développement en Europe dans le secteur de la cybersécurité des réseaux industriels. Thierry Rouquet, président de Sentryo, répond aux questions de L’Hebdo-Bourseplus.
L’Hebdo-Bourseplus : Vous êtes spécialisé dans la cybersécurité pour l’Internet industriel. Quand on évoque ce domaine, on pense toujours à l’attaque informatique perpétrée contre une centrale iranienne. Est-ce dans ce secteur que vous opérez ?
Thierry Rouquet : Vous évoquez un sujet très médiatisé, mais c’est exactement cela. L’Internet industriel, c’est l’ensemble des systèmes qui contrôlent le monde physique. Il faut faire la différence par rapport aux réseaux informatiques classiques qui relient des utilisateurs, des machines et des applications. Les réseaux traitent des données et les utilisateurs font de la gestion commerciale, du Facebook ou de la messagerie. Dans l’Internet industriel, on est davantage sur des machines qui parlent à des machines qui, elles-mêmes, parlent au monde physique. On peut prendre par exemple le système de pilotage automatique du métro : si vous prenez la ligne 14, vous avez un ensemble de composants intelligents qui sont des automates programmables et des calculateurs de station qui vont piloter automatiquement le métro. L’Internet industriel, c’est cela. Cela s’applique au métro, aux centrales nucléaires, aux bâtiments intelligents, aux réseaux de gaz ou d’électricité et à ce que l’on appellera demain la ville intelligente, à travers le système de contrôle de la circulation ou de gestion des parkings. Dans l’Internet industriel, on va avoir des systèmes qui ne sont pas forcément des ordinateurs au sens classique du terme, mais plutôt des contrôleurs, des automates programmables ou des instruments intelligents qui collecteront de l’information depuis le monde physique ou qui enverront des commandes.
On pense souvent que dans l’hypothèse d’une panne géante de l’Internet, le monde reviendrait aux années 60. Or, une étude récente explique que c’est faux : puisque tout ce qui existait dans les années 60 a été numérisé, l’homme reviendrait au Moyen Âge… Finalement, tout est Internet !
Alors, il faut faire une petite précision, car on appelle cela l’Internet industriel : c’est un terme générique et marketing, mais ces réseaux industriels utilisent les mêmes protocoles que ceux de l’Internet et cela ne veut pas forcément dire qu’ils soient directement dépendants du réseau mondial. Si, demain, l’Internet traditionnel devait tomber parce que les serveurs de gestion de noms de domaine étaient attaqués, cela n’aurait pas forcément une incidence directe sur ces réseaux. Pour autant, ces réseaux utilisent en partie les mêmes technologies, donc ils font face à des risques qui sont similaires. L’été dernier, un auteur allemand a sorti un livre qui a fait pas mal de bruit, « Blackout», une fiction assez réaliste qui évoquait l’attaque d’un groupe de terroristes sur les compteurs électriques intelligents dans le nord de l’Italie. Les pirates étaient basés au Liban et ils attaquaient un nombre suffisamment important de compteurs intelligents pour créer un déséquilibre sur le réseau électrique européen, qui est totalement interconnecté entre les différents opérateurs, et ce déséquilibre avait pour résultat de mettre l’ensemble du réseau européen à genoux. Donc, l’Europe se retrouvait sans électricité... C’est une fiction évidemment, mais en trois jours, on était revenu au Moyen Âge, on n’avait plus de chauffage, plus de circulation et plus rien à manger !
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