Autour du soleil
LITTÉRATURE
Karine Silla a été mannequin vedette, puis elle est devenue comédienne et réalisatrice de cinéma. On sait aussi qu’elle a partagé la vie de Gérard Depardieu et qu’elle est l’épouse de l’acteur Vincent Pérez. Depuis deux ans, c’est la Karine Silla romancière qui séduit le public. Son premier livre, « Monsieur est mort », a enchanté les critiques et elle connaît à nouveau un beau succès de librairie avec son nouveau roman, « Autour du soleil », qui raconte l’histoire de deux femmes : Louise et sa fille Marie, qu’elle a abandonnée, enfant, pour vivre un grand amour au bout du monde… Les livres de Karine Silla ont du succès et on est tenté de lui demander pourquoi elle s’est mise à l’écriture aussi tard : « C’est une question que l’on m’a souvent posée. J’écris depuis très longtemps, puisque j’ai dû rédiger mon premier court-métrage à l’âge de 20 ans. Un roman c’est différent, on sanctifie quelque chose. J’ai toujours besoin de recul et j’avais besoin d’avoir un recul sur la vie avant de raconter des histoires. À 45 ans, on vit des choses qui ne sont pas les mêmes que lorsque l’on a 20 ans et j’avais besoin de cette maturité. Je fais toujours quelque chose quand c’est le moment ».
L’émotion est forte dans tous ses livres : « C’est un déclic. Pour « Monsieur est mort », j’ai perdu un ami très proche quand j’avais 18 ans. Je suis allée à son enterrement et, dans cette famille extrêmement riche, il y avait cinq frères tous morts. J’étais proche du frère de 18 ans et j’ai essayé de comprendre cette famille. Les années ont passé et j’ai rencontré dans ma vie des gens qui venaient de ce même milieu social, une espèce de richesse décadente. J’ai fait une étude sociologique à partir de ce chagrin, un monde qui ne m’appartenait pas puisque mon grand-père était marchand de chaussures et j’étais fille de professeur. Nous n’avions pas de grands moyens et j’ai voulu étudier ce monde comme une sociologue. Les choses se sont passées de la même manière pour « Autour du soleil » : j’ai rencontré plusieurs femmes qui avaient abandonné leurs enfants… » Justement, une femme qui abandonne ses enfants apparaît toujours comme quelqu’un d’ignoble, or elle essaye de la comprendre en passant de l’autre côté de la barrière : «Je suis incapable d’émettre un jugement sur quelqu’un. Depuis que je suis petite, je pratique le pardon. Je vais beaucoup dans les prisons et je rencontre des femmes détenues. Le jugement, c’est quelque chose que je n’ai pas. J’ai rencontré dans ma vie plusieurs femmes qui ont abandonné leurs enfants et j’ai essayé de comprendre cela. J’ai appris que 70 % des femmes qui commettaient des infanticides étaient des femmes qui avaient voulu avorter. Donc, il y a toujours quelque chose. Je crois qu’aucune maman ne veut faire du mal à son enfant. Cette femme s’en va parce qu’elle n’a jamais pu vivre sa vie de femme. Il y a cette espèce de dilemme cornélien, elle suit cet homme avec son cœur et, dans sa vie, les choses finissent par la rattraper. »
Dans toutes ses histoires, on retrouve aussi une grande ouverture sur le monde : «Je suis un mélange de voyages. Dans mes premiers souvenirs, il y a mon départ d’Afrique sur un paquebot. J’ai fait Dakar-Marseille en bateau et mon grand-père breton venait nous chercher à Marseille. Il était vendeur de chaussures et nous allions jusqu’à Fougères. Vous imaginez le périple ! Le voyage fait partie de mon imaginaire, voir des paysages défiler... Donc, dans tout ce que j’écris, on est toujours dans le mouvement. Il y a aussi le cinéma qui a une place fondamentale dans ma vie. Après la littérature, c’est ma deuxième passion. J’aime beaucoup revoir les chefs-d’œuvre du septième art.»
Justement, son père était diplomate aux Nations-Unies. Alors nous lui avons demandé quels sont les souvenirs de cette période d’enfance ? : « Je suis née à Dakar. Mon père était professeur à l’époque, il a postulé pour un poste au Québec et nous l’avons suivi là-bas où il était toujours professeur en université. Il a commencé à écrire, à faire des émissions littéraires et nous avons beaucoup déménagé au Canada, en allant du Québec à Ottawa, en passant par Alberta. Ensuite, on a été au Brésil. Je devais avoir une douzaine d’années quand mon père est devenu diplomate aux Nations-Unies et c’est à ce moment-là qu’il a commencé cette carrière. Je suis surtout la fille d’un professeur d’université, je savais lire à deux ans et demi, et je me suis très vite réfugiée dans les livres, qui ont été ma passion absolue. À cinq ans, on a commencé à me faire lire des textes en classe et c’était vraiment une passion. J’ai dû changer d’école 13 fois, mais c’était toujours très enrichissant. Mon signe astrologique est Cancer, je suis très famille, très cocon, et le fait d’avoir toujours été dans des ruptures m’a donné une vraie force. Mon père me disait : «Tu vas voir, les gens sont partout les mêmes… » Nous avons grandi dans une grande indulgence, avec une mère blanche et un père noir, avec la nécessité de toujours s’adapter à des nouvelles cultures. C’est une grande richesse de ne jamais s’habituer au confort. »
C’est un très beau livre, émouvant, et ce sera certainement l’un des succès de cet été…
« Autour du soleil » de Karine Silla est publié chez Plon.
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