Le Transhumanisme - Faut-il avoir peur de l’avenir ?
LITTÉRATURE
Le transhumanisme est un mouvement de pensée qui préconise l’amélioration de l’espèce humaine, de sa condition, comme de ses performances physiques et mentales, par le biais des sciences et des nouvelles technologies. Béatrice Jousset-Couturier présente toutes les avancées en matière de génomique, nanotechnologies, biotechnologies, big data, robotique, cellules souches et intelligence artificielle dans un livre intitulé « Le Transhumanisme ». Elle explique qu’il n’y avait pas de définition du transhumanisme jusqu’à il y a quelques semaines : « Je l’aurais défini comme un mouvement philosophique, mais aussi, et c’est plus récent, comme un mouvement scientifique. Le dictionnaire Larousse vient d’en faire une définition qui paraîtra dans l’édition de 2017 : c’est un mouvement prônant l’utilisation des technologies pour améliorer l’être humain intellectuellement et physiquement. Il faut bien définir les termes : donc, quand je parlais de philosophie, c’était pour revenir sur le passé, mais en ajoutant que c’est aussi un mouvement scientifique et c’est bien pour positionner ce mot dans le présent. Il y a trois fractions qui se dégagent dans ce mouvement : il y a ceux que l’on appelle les bioconservateurs, mouvement qui regroupe tous ceux qui sont contre, il y a le mouvement de la singularité, qui est même prôné par une université, et il y a ceux qui sont médians, les technoprogressistes. Quand on parle de la singularité, on parle de l’immortalité et on parle de l’intelligence de la technologie qui nous dominera. Les technoprogressistes parlent davantage d’hyperhumanisme, c’est-à-dire vieillir en bonne santé : pour l’allongement de la vie, mais en bonne santé. »
Son étude permet de comprendre à quel point le transhumanisme constitue une révolution dans l’histoire de l’humanité. Nous avons tous appris que la découverte du feu et l’invention de la roue ont bouleversé son cours : le transhumanisme se situe-t-il au même niveau ? Béatrice Jousset-Couturier souligne que «depuis le feu et la roue, l’homme a toujours évolué en fonction de sa biologie et des inventions techniques. Aujourd’hui, il va pouvoir arriver à se modifier lui-même. Le mouvement que nous vivons actuellement peut faire peur, ou non, mais il faut retenir que c’est exponentiel ! Il va de plus en plus vite, c’est de plus en plus compliqué et c’est mondial. Il est difficile d’assimiler tout cela en une ou deux générations. J’ai voulu donner à tout le monde la possibilité de se faire sa propre idée en fonction de sa vie, de son passé, de sa culture et de ses convictions. C’est une interrogation permanente, puisque nous vivons déjà dedans ». Sur l’amélioration de la vie humaine, le transhumanisme nous ramène à l’eugénisme, on sait maintenant où cette idéologie nous a menés… Cependant, pour la scientifique, «il faut enlever cette définition d’eugénisme car, quand on pense à l’eugénisme, on pense évidemment aux nazis et aux horreurs de la dernière guerre. Mais l’eugénisme du transhumanisme n’est pas un eugénisme étatique et c’est toute la différence. Il y a cette notion de liberté individuelle qui est essentielle. J’aborde ce sujet dans le chapitre politique de mon livre en écrivant que nos gouvernements et nos politiques sont dépassés par les événements. Sur l’eugénisme, il ne faut pas oublier que 97% des femmes qui apprennent que l’enfant qu’elles portent a une trisomie 21 décident d’avorter. On ne parle pas d’eugénisme, puisque c’est autorisé par la loi, mais c’est quand même une forme d’eugénisme. Le mot est terrible, mais cela reste une sélection volontaire et personnelle, donc cela relève de l’eugénisme. Votre exemple est le genre de dérive qui ferait perdre à l’humanité ce qui fait tout son charme, c’est-à-dire sa diversité. Nous sommes au cœur de toutes ces questions».
Pour ceux qui doutent de l’immortalité, de nombreux problèmes éthiques se posent, mais elle affirme que cela se fera car l’histoire montre que l’homme est incapable de résister très longtemps à l’envie de s’approprier la nouveauté dès qu’il le peut : « Ray Kurzweil, le futurologue de Google, est le chef de file du mouvement de l’immortalité puisqu’il va jusqu’à la singularité. Mais le chemin est long, même si l’on est dans un mouvement exponentiel qui va très vite et je pense que les gens qui travaillent dans ces domaines gardent en tête tous les dangers qui peuvent se poser. En juillet dernier, trois grands patrons, dont celui de Google, ont signé une pétition pour dire qu’il fallait faire très attention, car on commence à jouer dans la cour des grands à travers tout ce qui se fait en matière d’intelligence artificielle. Ils ont conscience de ce qu’ils font et ils allouent des dizaines de millions de dollars pour réfléchir aux problèmes éthiques, politiques et humains qui pourront se poser. On pense aux extrêmes, on évoque souvent ce qui fait peur, mais il ne faut pas oublier qu’il y a énormément de gens qui vont profiter de tout ce qui va se passer dans le domaine médical. Être né n’est pas un crime, alors, pourquoi mourir serait une sanction ? Quel mal y a-t-il à vouloir réparer nos corps endommagés et à affiner nos sens pour s’affranchir des maladies ? Nous sommes dans des temps politiques et économiques qui sont difficiles pour beaucoup de gens et les transitions sont toujours difficiles. Actuellement, quand on perd 1000 emplois en raison de cette transition, il ne faut pas oublier qu’il y en a quand même 900 qui se créent dans des nouveaux métiers. Nous sommes dans une phase de transition. Quand l’imprimante est arrivée, les scribes ont disparu, mais on a créé des métiers de constructeurs d’imprimantes… Quand on a écrit des livres, on a libéré notre mémoire qui pensait à moins transmettre le passé et elle a commencé à davantage envisager le futur. »
Dans cet ouvrage Béatrice Jousset-Couturier estime que l’humain est d’ores et déjà entré en révolution avec l’éradication du vieillissement et des pathologies, ce qui suscite évidemment d’insondables et vertigineux questionnements, notamment en ouvrant des débats sur l’avortement ou sur la fin de vie.
« Le Transhumanisme - Faut-il avoir peur de l’avenir ? » de Béatrice Jousset-Couturier, avec la contribution de Luc Ferry (préface) est publié aux Éditions Eyrolles.
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