Réflexions sur l’avenir de la ruralité : quelques bonnes raisons de de montrer optimiste

LA VIE DES COMMUNES ET COLLECTIVITÉS LOCALES

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Claude Térouinard, maire de Châtillon-en-Dunois (Eure-et-Loir) : « On est en train de réinventer les rapports entre la ville et la campagne, et je suis très optimiste pour l’avenir de la ruralité. »

Claude Térouinard est conseiller départemental d’Eure-et-Loir et maire de Châtillon-en-Dunois, une localité de 800 habitants située dans ce même département. Il dénonce la loi qui oblige les maires des petites communes à percevoir la totalité de leur indemnité légale alors que, jusqu’à présent, de nombreux maires renonçaient à s’attribuer l’intégralité de la somme, afin de ne pas grever le budget municipal. Nous abordons ce sujet avec lui et c’est avec bon sens qu’il nous parle de l’avenir de la ruralité. Notons que contrairement à certains de ses collègues élus ruraux, il fait preuve d’optimisme sur le sort des communes rurales.


L’Hebdo-Bourseplus : Vous estimez que la loi qui oblige les maires des communes de moins de 1000 habitants à toucher l’intégralité de leurs indemnités de fonction grève les budgets des petites communes. Est-ce anecdotique, ou cette somme vous permettait-elle concrètement de faire des choses ?

Claude Térouinard : Il ne faut jamais oublier que c’est une indemnité. À partir de 500 habitants, vous touchez 1200 euros par mois, c’est-à-dire un SMIC. Or, j’aime beaucoup cette phrase de Montaigne : « La fonction de maire, c’est une charge qui doit sembler d’autant plus belle, qu’elle n’a ni loyer ni gain autre que l’honneur de son exécution ». Je suis tout à fait dans cette philosophie. Pour moi, c’est 12 000 euros par an qui sont pris dans le budget de la commune et c’est l’équivalent de la diminution des dotations pour notre commune, puisque la baisse est de 13 000 euros. Donc, cela représente 25 000 euros en moins. En plus, la commune a pris huit enfants supplémentaires, c’est 1500 euros, alors, rebelote 12 000 euros ! Dans ma commune, pour payer ces 12 000 euros, je devrais augmenter les impôts de 4%, puisque nous sommes une commune de 800 habitants. D’un côté il y a des augmentations et, de l’autre, c’est la diminution des dotations et le financement des effectifs scolaires. On ne va quand même pas augmenter les impôts de 10% ! Donc, en ne prenant pas mes indemnités, j’ai pu maintenir la fiscalité, sans avoir besoin de l’augmenter.

Mais il est clair que l’on ne doit pas être élu pour de l’argent. Les élus ne sont déjà pas forcément en odeur de sainteté aujourd’hui et, avec cette disposition, les gens vont pouvoir dire : « On augmente les impôts pour payer le SMIC au maire ! » Nous sommes dans une commune qui a quand même un taux de pauvreté de 19,5% et cela pose évidemment des questions morales. Une commune avec une centaine d’habitants doit avoir un budget de l’ordre de 50 000 euros : alors, quand vous devez payer le maire 6000 euros par an, 8000 euros avec les charges, c’est déjà 15% du budget. À cela, il faut ajouter le salaire d’une secrétaire de mairie ainsi que le téléphone, le chauffage et l’éclairage… Il ne reste plus rien après. Faut-il garder ces communes ? C’est un vaste problème.


Pour beaucoup de nos concitoyens, ces communes de France font quand même partie de notre identité...

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