Bouygues fait du surplace et joue gros sur les télécoms.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 3 juin 2016 (numéro 846) : “Les résultats décryptés, suite”. Bonne lecture !!!
La dernière décennie de Martin Bouygues sera rude. Le conseil d’administration vient d’être élargi à la nouvelle génération... en vue de succession. Lorsque Martin Bouygues a récupéré, des mains de son père, la direction de l’entreprise familiale, qui fut une PME fondée par le grand-père (constructeur du mur de l’Atlantique, parmi tant d’autres), devenue grosse entreprise du fait de Francis, il avait une affaire encore orientée fortement sur la construction, les routes, le BTP, les grands chantiers. Il avait déjà une diversification dans le domaine de l’industrie du divertissement, puisque Francis Bouygues avait cédé aux sirènes des paillettes en s’offrant le rôle d’actionnaire prépondérant dans le capital de TF1, lors de la privatisation, en 1986. Il y avait une petite diversification dans l’offshore, et dans la distribution d’eau (Saur).
Aujourd’hui, en 2016, le groupe Bouygues reste toujours, malgré les velléités du passé, une entreprise spécialisée dans la construction, pour plus de 80 % du chiffre d’affaires. L’ensemble télécommunications et médias ne représente que 20 % du chiffre d’affaires environ, et la prise d’intérêts dans le groupe Alstom a tourné en eau de boudin, cela n’a pas été une formidable opération financière, même si Alstom a payé son dividende, bon an mal an.
Toujours axé BTP.
La velléité de diversification dans les concessions, à l’instar d’Eiffage ou de Vinci, a tourné court, là encore. Du coup, même s’il y a eu une réussite certaine, au moins en moyenne, dans le domaine des télécommunications, le groupe Bouygues conduit par Martin Bouygues reste assez semblable au groupe Bouygues dirigé par Francis Bouygues. Est-ce un problème ? Finalement, pas tant que cela. Si l’on tient compte des actions détenues en direct ainsi que celles portées par la veuve de Francis Bouygues, la famille détient environ 24 % du capital. Les salariés détiennent 26 % environ, et le groupe Bouygues est désormais une affaire bien contrôlée, ce qui n’était plus le cas lors du décès de Francis Bouygues. L’internationalisation a été gérée correctement, sans trop de prises de risque, il n’y a pas eu de miracle non plus. Si les difficultés nées de l’arrivée d’un quatrième opérateur dans la téléphonie mobile n’avaient pas effacé les formidables résultats de Bouygues Telecom, longtemps avantagé par son statut de « petit dernier », qui lui permettait d’encaisser beaucoup d’argent au titre du réacheminement des communications de la part de ses confrères, il n’y aurait pas eu la baisse forte du résultat opérationnel constatée entre 2011 et 2012 et la stagnation, au cours des dernières années, sans tenir compte du trou d’air de 2015, lié au plan de restructuration de Bouygues Telecom.
Le groupe Bouygues ne fait pas rêver, il ne fait pas fantasmer… mais il paie son dividende ! Du coup, sur la base de 29 euros, cours actuel, l’affaire est vue, pour les institutionnels qui en détiennent, comme une entreprise sans histoire, sans surprise, honnêtement gérée, et qui offre un rendement d’autant plus significatif que la famille comme les actionnaires salariés sont très attachés au paiement régulier du coupon. Même en période de basses eaux, l’entreprise paie son dividende, et ne néglige jamais la rémunération de ses actionnaires, c’est une mentalité qui est appréciée. Le bilan financier de Bouygues est solide, l’entreprise n’abuse pas de son effet de levier d’endettement, et a récupéré du cash, au cours des dernières années, lors de la vente de l’activité Energie d’Alstom à General Electric ainsi que lors de la vente d’Eurosport par sa filiale TF1 à un concurrent nord-américain, le groupe Discovery. Bien sûr, la vente de Bouygues Telecom (environ le sixième du chiffre d’affaires) pour 10 milliards d’euros a fait fantasmer un certain nombre d’opérateurs, qui ont tiré vers le haut le cours de l’action Bouygues, s’imaginant le jackpot, l’encaissement massif de trésorerie, et un rachat partiel du capital, en vue de reluer la famille et les salariés-actionnaires.
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