Pernod-Ricard : le petit-fils est attendu au tournant.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 27 mai 2016 (numéro 845) : “Les résultats décryptés, suite”. Bonne lecture !!!
Gueule de bois ? Chez Pernod-Ricard, il y a du mou dans la croissance. Il y a un peu plus de cinq ans de cela, dans l’Hebdo Bourse Plus numéro 585, j’avais analysé le titre Pernod-Ricard, alors à 70 euros, comme une sorte de « L’Oréal des spiritueux », qui dégageait de fortes marges, mais qui pouvait se retrouver, dans le cadre de ses ratios de valorisation boursière, fortement impacté par tout ralentissement du rythme de la croissance. C’est exactement ce que l’on a constaté en Bourse dans la période récente, car le titre, après plusieurs pointes comprises entre 110 et 117 euros environ, vient de se retrancher légèrement, pour retomber sur les 90, on est actuellement à 94,50 environ. Personne n’a envie d’acheter Pernod-Ricard dans les cours actuels, mais ceux qui en ont n’ont pas vraiment non plus envie de vendre. La famille détient environ 10 % du capital à travers la société Paul Ricard, et quelques pourcents supplémentaires en direct.
Le capital est assez dispersé, le groupe du baron Albert Frères (groupe Bruxelles Lambert) détient environ 7,5 %, et le reste est bien dispersé entre beaucoup d’autres actionnaires institutionnels. Le groupe a connu un vrai sommet pour son exercice qui s’est terminé au 30 juin 2013, avec presque 8,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires, un peu plus de 2,1 milliards de résultat opérationnel et de 1,2 milliard d’euros de résultat net. Depuis, après une baisse significative en 2013-2014, on est remonté en 2014-2015, mais restant très largement au-dessous de l’exercice record, beaucoup plus franchement en ce qui concerne le résultat net, car l’entreprise commence à faire un peu de ménage dans ses différents actifs. Pernod-Ricard commence à perturber un peu le marché.
Premium ou niche?
Pendant longtemps, on nous a vendu le développement de marques mondiales, qui avaient vocation à être « premiumisées », à l’imitation de Chivas, ou d’autres produits dont on n’en savait pas quelle était la limite en ce qui concerne les prix comme les volumes. Dans la réalité, les analystes financiers se sont posé des questions lorsqu’ils ont appris, au début de cette année 2016, que l’entreprise Pernod-Ricard faisait un communiqué tonitruant sur l’association entre le groupe et Monkey 47, un dry-gin produit dans la région de la Forêt Noire, en Allemagne, qui ne connaît qu’une certaine notoriété en Allemagne, et qui n’a pas vraiment de notoriété forte ailleurs, sans compter que les volumes sont presque inexistants ! On nous dit qu’il s’agit d’un gin superpremium, que le groupe veut mondialiser… Comment se fait-il que l’on puisse récupérer les quantités nécessaires d’airelles fraîches, ainsi que les 47 plantes qui sont soi-disant récoltées à la main et préparées dans une eau de source de la Forêt Noire, pour contribuer à la légende, donc au tarif élevé de ce « Monkey 47 ». C’est du fichage de tête, ou je ne m’y connais pas. En réalité, le groupe Pernod-Ricard n’a plus grand-chose à vendre pour l’instant, et cherche à faire feu de tout bois, pour disperser les analystes, et donner aux investisseurs des raisons de conserver leur confiance au groupe. Le groupe est le numéro deux mondial des vins et spiritueux, c’est tout à fait exact.
Ceci étant dit, la plupart du temps, les analystes comme les investisseurs s’attendaient à ce que Pernod-Ricard fasse, comme au cours des précédentes années, des acquisitions, porteuses d’une forte croissance, afin d’arriver en numéro un. Le groupe a trébuché (sans tomber) sur le rachat de la vodka Absolut, surpayé lors de sa privatisation par le gouvernement suédois. L’entreprise avait une forte part de marché en Amérique du Nord, marché où les vodkas se sont dispersées, et où Absolut, qui disposait déjà d’une part de marché élevée, s’est retrouvée en légère récession. La bouteille d’Absolut n’est plus aussi iconique qu’elle l’était auparavant, il y a d’autres vodkas qui ont connu un vrai succès en Amérique du Nord, qu’il s’agisse de vodkas locales ou qu’il s’agisse de vodkas telles que la Grey Goose, fabriquée en France dans la région de Cognac, et qui appartient au très prospère groupe Bacardi Martini. Pour reprendre la terminologie du rugby, le groupe Pernod-Ricard, sur son site Internet, parle du « top 14 » avec ses marques principales, dont le pastis Ricard, le whisky Ballantine’s, l’Irish Whiskey Jameson, le rhum Havana Club, le gin Beefeater, les liqueurs Malibu et Khalua, sans oublier le cognac Martel, les whiskys The Glenfiddich et Royal Salute, les champagnes Mumm et Perrier-Jouët. Ces marques s’additionnent aux vodkas Absolut et aux scotchs whisky Chivas Regal. Le vieux principe du groupe Ricard était de « faire boire, créer de nouvelles habitudes de consommation ».
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