Lapins et Merveilles
LITTÉRATURE
Gaël Tchakaloff, journaliste à Paris Première et au Nouvel Économiste, a passé 18 mois avec Alain Juppé, sa famille, ses amis et son entourage… C’est la première fois qu’une enquête aussi longue est menée auprès d’un homme politique et il s’agit d’un livre vraiment original, dans un style d’écriture très proche de la presse féminine, sur le personnage Juppé : qui est-il vraiment ? Que pense-t-il réellement ?
Pas question de décortiquer son programme politique, ce n’est pas l’objectif, puisque la volonté de Gaël Tchakaloff était d’abord de saisir l’homme et sa personnalité : « Je ne voulais pas faire un livre politique. Je pense que la défiance qui s’est développée en France à l’égard des hommes politiques est en partie liée à la distance qui s’est installée entre les Français et les hommes politiques. J’ai voulu montrer ce qu’il y a derrière la politique, avant les slogans et les courants de pensée, il y a des hommes et des idéaux, mais aussi de la stratégie, de la tactique et de la manipulation. J’ai voulu montrer l’aspect humain de la politique. Ce qui s’y joue, ce sont les questions métaphysiques de l’enfance, c’est-à-dire le rapport que l’on a à la vie, à l’amour et à la mort. C’est la raison pour laquelle je me suis intéressée, non seulement à Alain Juppé et à son équipe, mais aussi à ses amis et à sa famille. Je voulais montrer aux gens qui était le candidat qui se présentait à cette primaire des Républicains, dans sa densité, c’est-à-dire ses travers et ses failles, mais aussi ses qualités. Je voulais utiliser une forme de caméra subjective dans l’écriture pour me rendre témoin, et parfois complice, de cette petite fabrique du pouvoir et de cette petite fabrique humaine. J’ai essayé de montrer à quel point le tempérament, la personnalité et le style sont le creuset de la pensée politique. Alain Juppé est quelqu’un qui a été construit sur le conformisme. Ensuite, parce qu’il est plutôt curieux et intelligent, il a été attiré par le non-conformisme. Donc, cela se retrouve dans ses idées politiques puisque c’est quelqu’un qui est à la fois pour l’ordre et pour le mouvement, qui est relativement conservateur, mais en même temps assez progressiste sur les questions de société et les questions environnementales ».
Résultat : un portrait qui tranche avec l’image froide et distante que l’on peut avoir d’Alain Juppé. Derrière le masque glacial du candidat à la primaire des Républicains, on découvre un homme dont le cœur penche plutôt à gauche et dont l’entourage familial n’est pas vraiment de droite non plus… Elle explique que «c’est quelqu’un qui a grandi au RPR, dans l’ombre du chiraquisme, mais il a un peu dépassé ce curseur. C’est quelqu’un qui s’est arrondi dans son tempérament mais, en termes de convictions politiques, il s’est arrondi de manière endogène et exogène. Endogène, parce qu’au contact de la société, des gens qui l’entouraient et de ses enfants, Alain Juppé a effectivement atténué ses convictions politiques en les rendant plus progressistes sur les questions de société ou les questions environnementales. Mais il s’est également déplacé de manière exogène sur le curseur de l’échiquier politique, parce que l’on sait que la société française s’est droitisée et quelqu’un qui était au centre droit il y a 20 ans devient quelqu’un de centre gauche aujourd’hui, tout simplement parce que le curseur politique s’est déplacé...»
Le portrait le plus drôle concerne sa première femme, Christine Juppé, c’est un peu Woodstock : «Oui, c’est l’une des figures, avec ses enfants, Laurent et Marion, auxquels on s’attend le moins autour d’Alain Juppé et qui incarnent une réelle stabilité. On s’aperçoit qu’il est entouré de gens qui sont non conformistes, plutôt libertaires, plutôt transgressifs. Sa première femme, comme les enfants, d’ailleurs, n’est pas du tout fabriquée sur le modèle de l’autorité. Si je n’avais pas su que ces gens portaient le patronyme de Juppé, j’aurais pu imaginer que ce serait celui de Besancenot, Mélenchon ou Borloo… Ils ont un aspect un peu « bordélique » qui les rend pleins de charme et c’est antinomique avec l’image qu’Alain Juppé veut donner de lui-même. Cela montre bien que cela ne correspond pas à la réalité d’Alain Juppé : autrement, il n’aurait pas choisi une femme comme cela et il n’aurait pas laissé ses deux enfants aînés se développer dans une telle quête de liberté, de transgression et de provocation.»
Finalement, l’idée générale, c’est qu’Alain Juppé n’a pas été dans le bon camp et qu’il se sent mal à droite… Gaël Tchakaloff explique : « Je ne sais pas s’il se sent mal à droite et, même s’il le pense lui-même, il ne le dira pas... D’ailleurs, dès lors qu’il s’engage pour le combat des primaires, il faut bien qu’il fasse avec sa droite, mais il est certain qu’il est aujourd’hui au plus près de ce qu’il ressent et de ce qu’il pense, et il est politiquement quelqu’un qui est assez transpartisan. Je ne crois pas qu’il se reconnaisse dans une démarche partisane, parce qu’il n’est plus dans le sectarisme. D’ailleurs, il vit avec une femme, Isabelle Juppé, qui était journaliste politique à La Croix, qui vient de la gauche et qui considère que le militantisme est une forme de sectarisme épouvantable. On sent bien qu’elle se tient loin des partis, parce qu’elle ne pense pas que cela puisse servir la France. Sans doute, pour la primaire, il va être obligé de se droitiser un petit peu mais, entre la primaire et l’élection présidentielle, il sera obligé de davantage fédérer».
C’est sans doute ce qui explique la popularité d’Alain Juppé chez une majorité de Français : ainsi, le candidat favori de la primaire à droite serait également celui de la gauche modérée : «Les gens qui aiment Alain Juppé, en lisant ce livre, sauront pourquoi ils l’aiment, et ceux qui n’aiment pas Alain Juppé, en lisant ce livre, sauront pourquoi ils ne l’aiment pas… Mais Alain Juppé ne pourra plus s’enfermer dans l’armure de glace qu’il nous sert depuis 40 ans. Cela l’oblige à se dévoiler différemment » conclut Gaël Tchakaloff.
Validez le formulaire ci-dessous
Tarif valable jusqu'au 28/02/2027 sous réserve de variation du taux de TVA.
L'Hebdo Bourse Plus sort un numéro double fin juillet et ne paraît pas en août.
Les paiements sur notre site sont sécurisés et traités par Stripe, un prestataire de paiement en ligne de confiance. Vos informations de paiement sont protégées par des protocoles de sécurité de pointe, garantissant une expérience d'achat sûre et sécurisée. Vos données sont protégées par le chiffrement TLS et la tokenisation. Stripe est certifié conforme aux normes de sécurité PCI DSS.