Oui, la France a un avenir

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Stéphane Buffetaut, membre du Conseil économique et social européen (CESE), ancien député européen, proche de Philippe de Villiers, vient de publier un ouvrage de réflexions politiques intitulé « Oui, la France a un avenir ». L’auteur a accepté de nous parler de son livre pour nous permettre de mieux appréhender sa démarche intellectuelle. Son ouvrage constitue un ferme appel positif à la révolution morale, face au relativisme et au dénigrement permanent. Il estime nécessaire de rompre totalement avec le socialisme, dans tous les domaines, et de construire une nouvelle Europe des peuples.

Au début, l’ancien parlementaire présente une photographie de la situation de notre pays : « Pour traiter les difficultés de la France, il faut d’abord poser le diagnostic. Effectivement, la France souffre de handicaps, mais ces handicaps sont parfaitement surmontables. La plupart des enquêtes d’opinion disent que la corporation à laquelle les Français font le moins confiance, ce sont les hommes politiques, il faut donc se demander pourquoi il y a ce divorce entre le monde politique et les citoyens. Il y a des difficultés, elles sont surmontables, mais au prix du courage, de la volonté et de l’explication de ce qui ne va pas. Le moteur des hommes politiques, c’est de dire qu’ils vont lutter contre le chômage, mais le chômage ne cesse de croître depuis des décennies. Les hommes politiques ont oublié ce qu’était la politique ».

En fait, la question pour Stéphane Buffetaut n’est pas de changer de majorité, mais de formule : « Il faut surtout changer le système mental du monde politique. On nous dit beaucoup que des hommes d’État ne peuvent pas émerger en temps de paix. Mais je cite les exemples de Gerhard Schröder ou de Margaret Thatcher, des personnes qui ont su sortir leur pays du marasme dans lequel il était en temps de paix. Margaret Thatcher est arrivée et, avec une énergie et une brutalité extraordinaires, elle a réussi à faire qu’aujourd’hui le Royaume-Uni est devenu la cinquième puissance mondiale. Les hommes politiques doivent retrouver le sens du bien commun, quitte à perdre le pouvoir. Donc, il ne faut plus considérer la politique comme une carrière et, pour sortir de ce système mental, il faut aussi aider les hommes politiques à sortir de cette logique. La non-réélection est toujours vécue comme un drame. Il faut donc mettre en place un vrai statut de l’élu pour lui permettre de se réinsérer dans la vie civile. À partir du moment où il n’y aura pas cette espèce d’angoisse permanente, on sortira peut-être de cette professionnalisation qui fait que, pour se faire réélire, on ne fait pas les réformes qui déplaisent ».

Il convient ainsi de renouveler en profondeur la classe politique, de faire en sorte que les personnes qui accèdent au pouvoir s’engagent pour le peuple, et pas pour la sauvegarde de leurs propres carrières et ambitions : « Les Français veulent être associés à la décision politique, alors que le pouvoir s’éloigne de plus en plus d’eux. Les gens ont le sentiment de maîtriser de moins en moins leur destin, ils ont aussi le sentiment que les hommes politiques qu’ils ont élus ne maîtrisent plus rien, il y a donc une frustration très forte. Les Nations sont quand même fortes et le sentiment d’appartenance reste quand même quelque chose qui taraude l’âme humaine. On le voit un peu partout en Europe. Plus la Nation se dissout, plus les gens recherchent un enracinement. Ils ont besoin de se projeter dans une figure, qui ne soit pas une figure politicienne, mais une figure d’autorité au sens étymologique, c’est-à-dire celui qui fait croître en dignité. Même les hommes politiques sont toujours en train d’évoquer les grands hommes… Les gens cherchent mais, comme ils ne trouvent pas, on fait des alternances, alors on essaie et on rejette… »

L’ancien député villiériste condamne aussi la domination des partis politiques et, selon lui, « la Ve République en est revenue à la case départ ». L’auteur se montre pourtant optimiste : « Les partis ont repris la main sur le politique, pas pour le meilleur, c’est certain, peut-être pour le pire… Mais regardez ce qui s’est passé en Italie avec Matteo Renzi, qui a pris le pouvoir un peu par surprise. C’est une sorte de démocrate-chrétien, de centre gauche, et il est arrivé contre le parti. Ce qui me frappe beaucoup, c’est que d’abord il améliore la situation de l’Italie, mais le spectre de soutien de sa politique est devenu extrêmement large. Il a réussi à casser les vieilles féodalités politiques italiennes. On voit bien que l’on peut réussir à se dégager de l’emprise des partis à partir du moment où vous avez une personnalité forte, des convictions fortes, et que vous réussissez à les imposer aux autres ».

Dans ce contexte, «un jour il peut y avoir un renversement brutal en France amenant à rejeter le bébé avec l’eau du bain et c’est arrivé à plusieurs reprises dans l’histoire de France. » Mais le mal français principal reste la pensée unique dominée par le politiquement correct. Stéphane Buffetaut souligne que «si cette idéologie politiquement correcte est aussi forte en France, c’est parce qu’un certain nombre d’hommes politiques, au lieu de dire les choses et de rétablir les vérités, ont préféré se coucher ou s’autocensurer. Alors, il est vrai qu’il y a tout un arsenal juridique qui fait que l’on ne se retrouve pas au goulag mais devant les tribunaux. Je suis toujours surpris de voir un certain nombre d’hommes politiques de droite écouter ces pseudo-intellectuels de gauche qui se sont toujours trompés. Pourquoi aucun politique de droite ne rappelle-t-il pas que Le Monde avait osé titrer « Phnom Penh libérée » lorsque Pol Pot a pris la capitale du Cambodge ? On voit à quel point la pesanteur idéologique était forte ! Personne ne rappelle à Serge July, ancien maoïste, que la révolution culturelle en Chine a justifié l’assassinat de millions de personnes… »

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