Carrefour : la distribution, un redressement au risque de la Chine.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 8 avril 2016 (numéro 838) : “Les résultats décryptés, suite”. Bonne lecture !!!

Officiellement, chez Carrefour, c’est : “tout va très bien, Madame la Marquise”… Lors de la publication des résultats de 2015, on nous affiche gaillardement une « nouvelle année de croissance ». Pourtant, alors que le groupe Carrefour réalisait environ 90 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2010, le groupe est aujourd’hui réduit à une taille plus modeste, du fait de la séparation d’avec Dia, de la vente d’un certain nombre d’actifs, dont l’Asie du sud-est, un désinvestissement qui a privé le groupe Carrefour d’un fort relais de croissance. Le chiffre d’affaires de l’année 2015 n’était que de 76,9 milliards d’euros, soit une croissance de seulement 3 % à change et à périmètre constants. La méthode Plassat, nommé pour redresser l’affaire, a pourtant des effets positifs sur le résultat opérationnel courant, qui a connu une croissance l’an dernier de 7 % à change constant et de 11,5 % en pro forma, pour s’établir à 2,445 milliards d’euros. Globalement, les pays émergeants se redressent, avec une hausse du résultat opérationnel courant en Amérique latine, qui a été effacée par l’évolution des changes, mais, pour le groupe, il ne faut pas oublier quel’entreprise souffre en Chine, où elle est aujourd’hui soumise à une concurrence particulièrement forte, avec une adaptation moindre que ce qui était prévu pour ce qui concerne les formats, les magasins, les approvisionnements.

Les actionnaires du groupe Carrefour, au cours des dernières années, ont plutôt été à la peine, et c’est un échec cuisant pour Bernard Arnault, qui est directement et indirectement le principal actionnaire, via Blue Partners ou en direct. Le groupe Carrefour a également séduit l’ancien propriétaire de la filiale brésilienne de Casino, le groupe familial Diniz, qui a annoncé récemment sa volonté de poursuivre sa progression à l’intérieur du capital, il vise 10 %, pour un peu plus de 5 % actuellement. Le groupe des Galeries Lafayette, qui a vendu ses 50 % de Monoprix à Casino il y a peu de temps, est également devenu un actionnaire important du groupe Carrefour, il y a donc aujourd’hui trois groupes significatifs dans le capital, Arnault, Les Galeries Lafayette, et le brésilien Diniz, qui monte. 


N°2 mondial, pour combien de temps ?


Même si le groupe Carrefour reste le numéro un européen de la grande distribution, sa position de numéro deux mondial est mise en danger, elle pourrait être contestée par l’anglais Tesco, qui est actuellement en phase délicate, mais qui, après redressement, pourrait dépasser le chiffre d’affaires de Carrefour, assez facilement, puisque la distance est désormais très courte. Il est loin le temps où la distribution mondiale se répartissait entre le géant Walmart, Carrefour, pas loin de 100 milliards d’euros de chiffre d’affaires, et des poursuivants, tous aux alentours de 40 ou de 50 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Les actionnaires de Carrefour veulent un redressement financier rapide, un retour sur investissement correct… et c’est ce qu’essaie de faire Georges Plassat. Le groupe reste néanmoins dans l’obligation d’investir dans la modernisation de son parc, souvent ancien, dans l’expansion multiformats, avec notamment la persistance d’un fort mouvement d’ouvertures de magasins (1.123 en 2015), avec un effort très particulier sur les magasins de proximité (Shopi, Carrefour Express… Dia en France), 850 magasins de proximité ont été ouverts l’an dernier, les supermarchés Billa ont été acquis en Roumanie et les magasins Dia, ex-Ed, cédés par l’ancienne filiale de Carrefour, ont été réintégrés pour leur partie française. Le groupe avait loupé la mode des drive, il cherche à accélérer cette transformation numérique, il a acheté l’an dernier le groupe Rue du Commerce en France.

Les investissements représentaient 2,4 milliards d’euros l’an dernier, la capacité libre d’autofinancement (tréflux), hors exceptionnel, a été de 951 millions d’euros ce qui a permis, après paiement du dividende, de réduire la dette nette de 408 millions d’euros à 4,5 milliards d’euros. La dette nette de Carrefour est, je le rappelle, largement supérieure à celle qui sera résiduelle chez Casino, une fois les actifs à vendre cédés, après la Thaïlande, Casino cédera dans quelques semaines l’activité vietnamienne. Avec une dette nette de 4,55 milliards fin 2015, vraisemblablement de l’ordre de 4 milliards fin 2016, le groupe Carrefour n’a pas les moyens de faire de grosses acquisitions, de participer à un mouvement de consolidation dans son secteur d’activité. Les acquisitions peuvent se faire à la marge, dans quelques petits marchés, afin de conforter une position existante. Dans sa présentation des comptes de l’exercice 2015, le groupe titrait une diapositive sous le nom de « quatrième année de croissance pour le groupe ». C’est faire fi de la décroissance précédente ! C’est faire fi aussi de la croissance beaucoup plus rapide d’un certain nombre de concurrents, pendant la même période (2012 à 2015).

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