La rue : Ă©tat des lieux

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Claude Huet, président de SOS Sans Abris, est devenu le porte-parole des SDF en France… Il vient de publier son troisième ouvrage et, depuis quelques semaines, on le voit dans de nombreux médias s’étonner de la politique des municipalités et des associations diverses qui trouvent des hébergements pour les migrants, alors que des gens souffrent dans la rue depuis des décennies. Claude Huet observe dans les journaux locaux, dans toute la France, des articles indiquant que tel particulier ou telle association souhaite mettre gratuitement un logement à la disposition d’une famille de migrants, or il estime que si on loge un migrant, on devrait loger deux SDF : « On vit une situation intolérable avec les migrants. En tant qu’humaniste, je dirais que c’est à l’ONU de faire son travail en créant des zones de paix dans les pays concernés et les gens seraient finalement beaucoup mieux au soleil dans leur pays. Aujourd’hui, on sait très bien que sur tous les migrants qui arrivent, il y en a peut-être 4 ou 5 % qui vont s’intégrer. On est dans la magouille et je ne vois pas pourquoi on leur offrirait tout, alors que cela fait trente ans qu’on laisse mourir les gens dans la rue dans notre pays ! Si on loge un migrant, on devrait loger au moins deux SDF ! Ce qui se passe est catastrophique car on abandonne les SDF, alors que l’on ne parle plus français dans les rues de nos banlieues. Peu importe l’origine et la couleur de peau, il ne faut pas oublier nos concitoyens qui vivent dans des conditions épouvantables. Dans mon association, je propose un don récurrent, c’est-à-dire un don mensuel de 5 ou 10 euros par mois : imaginez ce que l’on pourrait faire si des millions de personnes acceptaient de donner quelques euros ? On pourrait redonner un accès à la dignité à des handicapés, à des SDF, à des femmes battues… Il faut arrêter d’être indifférent. »

Claude Huet, ancien chef d’entreprise, a été SDF pendant dix ans et il rappelle dans ses livres que cela peut arriver à tout le monde, après un divorce, un licenciement, une faillite… Il a fondé une association, SOS Sans Abris, qui lui permet de fédérer les SDF pour porter leur voix auprès des politiques et des médias, mais aussi créer un « Village de la deuxième chance ». Il souhaiterait couvrir le territoire de ces centres pour donner aux SDF une nouvelle chance de s’intégrer dans la société. Il explique son action dans son livre : « Aujourd’hui, les SDF sont des sous-êtres par rapport aux politiques et au fonctionnement de la société. La situation est lamentable et intolérable. Mon livre souhaite démontrer que les gens qui sont dans la rue, ceux qui n’ont rien à manger, ceux qui ne peuvent pas se laver, sont des gens comme nous et que ce ne sont pas des volontaires du trottoir, contrairement à ce que l’on pourrait entendre. J’ai 65 ans et je suis retraité. Je suis resté pendant presque dix ans dans la rue, j’ai eu le temps d’analyser tout cela et j’observe que la situation s’accélère dans le mauvais sens. Des gens qui pensaient être à l’abri, il y a quelques mois, ne sont absolument plus protégés aujourd’hui. J’ai vécu ce que l’on appelle la manche et je peux dire que nous vivons dans un pays où les Français ont une grande générosité à 75%. Donc, tous les espoirs sont permis. Nos concitoyens sont sensibles aux problèmes, mais c’est aussi un sujet tabou parce que, dès que l’on parle des SDF, il y a beaucoup de portes qui se ferment. Il faudrait que les choses changent sur le plan législatif. Quelqu’un qui gagne 500 ou 600 euros par mois ou qui touche le RSA, n’a aucune chance d’avoir un logement aujourd’hui. Il faudrait qu’il y ait une loi pour que le loyer soit adapté aux revenus des gens. Vous savez, dans 90 % des cas, les gens n’ont pas choisi de vivre avec les minimums sociaux. La plupart des tricheurs et des profiteurs du système ne sont pas des SDF. Quand on voit des gens assis par terre avec une pancarte « J’ai faim », ce ne sont pas des SDF non plus... Vous avez à peu près 100 000 personnes qui vivent sur le trottoir en France et 40 % d’entre eux n’ont aucune ressource pour vivre. Cela veut dire que lorsque le soleil se lève le matin, ils n’ont absolument rien pour vivre. On peut ajouter à ce chiffre des citoyens français qui sont en dessous du seuil de pauvreté : je parle des retraités, des agriculteurs, des femmes seules... On dépasse largement les 2 millions et demi de personnes. C’est bien gentil d’avoir un toit sur la tête, même si c’est un endroit insalubre, mais si l’on n’a rien à manger, que peut-on faire ? Un SDF, c’est quelqu’un qui n’a pas accès à ces cinq éléments de la vie : le droit de se loger, le droit de se laver, le droit de s’alimenter, le droit de gagner sa vie et celui d’avoir des relations avec le monde extérieur. »

Pourtant, cette indifférence n’est-elle pas propre à la France ? Nous sommes dans un pays socialisé depuis une quarantaine d’années, où les gens sont matraqués de taxes et d’impôts au profit d’un État providence censé s’occuper de tout… Pour Claude Huet, «c’est vrai, c’est propre à la France, mais j’ai l’impression que les Français sont masochistes puisqu’ils revotent toujours pour les mêmes depuis trente ans et, après, ils viennent se plaindre. Personnellement, je n’ai pas voté pour le président qui est en exercice actuellement et ce n’est pas demain la veille que je vais le faire. Mais il y a une forme de masochisme à voter toujours pour les mêmes. Alors, pour qui voter ? On s’enfonce dans un pays qui ne trouve pas de solution et on continue de voter pour des gens qui se moquent de nous du matin au soir. Je suis un pacifiste et je pars du principe que les révolutions sont toujours menées par des gens qui veulent piquer le pouvoir à celui qui est en place, donc la violence n’est pas la solution. »

« La rue : état des lieux » de Claude Huet est publié aux Éditions du Rubicon.

Pour lire ce numéro (Accès numérique)

Validez le formulaire ci-dessous

Tarif valable jusqu'au 28/02/2027 sous réserve de variation du taux de TVA.
L'Hebdo Bourse Plus sort un numéro double fin juillet et ne paraît pas en août.

Les paiements sur notre site sont sécurisés et traités par Stripe, un prestataire de paiement en ligne de confiance. Vos informations de paiement sont protégées par des protocoles de sécurité de pointe, garantissant une expérience d'achat sûre et sécurisée. Vos données sont protégées par le chiffrement TLS et la tokenisation. Stripe est certifié conforme aux normes de sécurité PCI DSS.