Éloge de la pensée de droite et autres arguments pour contrer la gauche
LITTÉRATURE
Marc Crapez est politologue et chercheur associé à Sophiapol-Paris-X. Engagé à droite, il est chroniqueur au Figaro, aux Échos, à Boulevard Voltaire et à Contrepoints. Il est notamment l’auteur de « La gauche réactionnaire » et « L’antisémitisme de gauche au XIXe siècle ». Son dernier livre se positionne comme « un petit manuel de survie pour contrer la gauche ».
Selon l’auteur, « l’escroquerie fondatrice de la gauche est que l’on ne peut pas à la fois augmenter les libertés publiques et réduire les inégalités sociales. On ne peut pas améliorer les conditions de vie du plus grand nombre si l’on cultive un clientélisme en faveur des fonctionnaires et des associations subventionnées ». Marc Crapez souligne que «les gens subodorent qu’il y a un loup, mais cela marche encore avec une pénible régularité parce que, tout simplement, les professions intellectuelles ont une sociabilité fortement marquée à gauche. C’est une sorte de raisonnement circulaire et ils prônent beaucoup le pluralisme et la diversité. Thomas Sowell, célèbre universitaire américain, se moquait de ce discours : « Quand un universitaire prône la diversité, demandez-lui combien de gens de droite il a dans son département universitaire ! » À force d’être dans l’entre soi des élites intellectuelles, on a créé un décalage avec les perceptions populaires».
Marc Crapez démonte démonte cette idée de droitisation de l’électorat : «Cette question de la droitisation est une vue de l’esprit et une escroquerie intellectuelle pour de multiples raisons. D’abord, la vie politique française ne s’est pas droitisée Nous n’avons plus de personnages politiques aussi à droite que Michel Poniatowski ou Charles Pasqua de nos jours. Le Front national n’est pas plus à droite qu’il ne l’était il y a 20 ans, il est plutôt plus à gauche qu’il y a 20 ans… Autre argument fort : on n’entend jamais parler de gauchisation. Si la droitisation était une notion savante, on entendrait parler de gauchisation, ne serait-ce que pour un autre pays ou une autre époque. Or, dans le discours, c’est toujours la droitisation qui est sur le tapis. Il ne faut pas oublier que c’est une arme. On fait croire à un processus de droitisation pour mieux contrer la possibilité de correctifs vers la droite en disant : « Attention, la société est en train d’évoluer à droite, il faut absolument s’y opposer ».
Il y a aussi une raison tactique. François Hollande gouverne avec Emmanuel Macron, qui est à la droite du parti, François Hollande est rallié au consensus social-démocrate, c’est un gouffre qui sépare François Hollande de Jean-Luc Mélenchon et il a d’autant plus intérêt à faire croire que c’est la société en général qui s’est droitisée et non pas leur politique économique. Il y a une convergence de facteurs afin de brouiller les cartes. Certains, prenant leurs désirs pour des réalités, s’imaginent qu’il y a une droitisation et les gens de droite se disent : « C’est en train d’évoluer… » Cela fait plusieurs années que je maintiens que la montée du Front national est très lente. On entend ce discours depuis 30 ans, mais en réalité la montée du Front national est freinée. On observe que l’abstention ne profite pas au Front national car, quand des électeurs nouveaux vont voter au second tour, cela ne profite pas au FN : par exemple, passer de 50 à 55 % de participation ne profite pas au FN, car cela mobilise des électeurs qui veulent contrer ce parti. »
Marc Crapez se montre aussi pessimiste sur cette idée de recomposition à droite : «J’ai rappelé la régularité, les concordances et les ressemblances des propos depuis une trentaine d’années. Après chaque élection, on entend quasiment mot pour mot le même discours sur la recomposition des partis. On nous explique que face à la montée du Front national, il ne sera plus possible de faillir ou de se tromper et qu’il va falloir réformer… C’est assez incroyable comment les mêmes discours peuvent être resservis et comment la capacité d’oubli de tout à chacun permet à ces discours d’avoir le visage de la crédibilité ! Je vais prendre un exemple très simple. Avez-vous envie d’habiter à Calais ? Non. Personne n’a envie d’habiter à Calais. Donc, tout le monde pense que c’est la chienlit à Calais, donc tout le monde pense que le Front national devrait faire 80 % à Calais, mais il ne fait pas 80 % à Calais, donc il ne monte pas… La montée du Front national est un grand thème, mais en étudiant cela sur la durée, depuis son score de 11% aux européennes de 1985, la montée est pour le moins lente et chaotique ».
Dans ce contexte, rien ne changera dans les années qui viennent car, selon Marc Crapez, «on peut très bien imaginer que si Alain Juppé gagne, on se retrouvera dans une présidence comme celle de Jacques Chirac, les gens seront déçus, ils revoteront à gauche cinq ans plus tard, et, si François Hollande l’emporte encore une fois, ils seront encore mécontents et ils voteront en 2022 pour quelqu’un qui les décevra aussi…» Pourtant, l’auteur nous donne quelques raisons d’être optimiste : «La gauche est bigrement impressionnante vue de loin, les intellectuels de gauche sont bigrement intelligents vus de loin mais, quand on y regarde d’un peu plus près, on s’aperçoit qu’il y a beaucoup d’idées fausses, aléatoires et incertaines dans ce bord politique. La droite dispose d’une magnifique tradition d’intellectuels et d’hommes politiques tout au long du XXe siècle. C’est la droite qui a fait de la France ce qu’elle est. On peut citer le général de Gaulle, Antoine Pinay, Raymond Poincaré, mais aussi des intellectuels comme Raymond Aron ou Bertrand de Jouvenel. »
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