Maire d’un village "mort pour la France" et gardien de la mémoire collective

LA VIE DES COMMUNES ET COLLECTIVITÉS LOCALES

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Maurice Michelet, maire de Bezonvaux (Meuse) : « Cette terre est devenue un cimetière à ciel ouvert. »

Juste avant la Première Guerre mondiale, la commune de Bezonvaux, dans la Meuse, comptait 149 habitants. En 1916, le village se trouve au centre de la bataille de Verdun et il disparaît totalement sous les pilonnages des obus français et allemands. Après l’armistice, il ne reste plus un mur debout et les terres sont dévastées par de profonds trous d’obus dont beaucoup n’ont même pas encore explosé. Toutefois, Bezonvaux existe toujours sur le plan juridique. Il a été déclaré « village mort pour la France » et il y a un maire pour administrer l’état-civil et veiller à la mémoire de la commune. Maurice Michelet n’habite évidemment pas à Bezonvaux, mais à Vaux-devant-Damloup, à quelques kilomètres. Il nous raconte pourquoi il a accepté d’être le gardien de ce « village mort pour la France » comme il en existe neuf en France.


L’Hebdo-Bourseplus : Vous êtes le maire d’un village sans habitants, puisqu’il a été détruit lors de la Première Guerre mondiale : est-ce un rôle de gardien de la mémoire de ce village martyr ?

Maurice Michelet : Nous sommes nommés par le préfet de la Meuse sur présentation d’une lettre de motivation et d’un accord du Conseil départemental. Notre mission, c’est de maintenir la mémoire du village, d’assurer l’entretien du village, la tonte, les branches d’arbres, nettoyer les surfaces où il y a des trous d’obus, cela représente 4000 à 5000 euros par an. Il faut aussi assurer la sécurité du village, maintenir la sécurité de la chapelle puisque nous avons, dans chaque village détruit, une chapelle et un monument aux morts. Nous devons assurer aussi la continuité de la mémoire de ce village, car nous avons de plus en plus de descendants de personnes qui ont habité Bezonvaux et qui ont été évacuées, ou de combattants dont le régiment est passé par Bezonvaux : lors de la bataille de Verdun, des régiments de toute la France sont passés par le village. Nous avons le devoir de retrouver les descendants et d’organiser une visite du village lorsqu’il y a des demandes. Par exemple, le jour de la Saint-Gilles, le premier dimanche de septembre, il y a le traditionnel dépôt de gerbe, avec une messe et un pot de l’amitié. Nous avons de plus en plus de descendants, notamment avec Internet, qui arrivent à retrouver la trace du passage de leur grand-père ou de leur arrière-grand-père sur le territoire de Bezonvaux.


Les écoliers viennent-ils aussi visiter le village ?

Nous avons aussi énormément de scolaires qui viennent visiter les villages détruits. Ce qui les étonne, c’est la présence d’un maire dans un village détruit où il n’y a plus d’habitants. C’est la question qui revient le plus souvent. Certes, il n’est pas évident de comprendre cela. Mais j’observe qu’ils s’attachent de plus en plus à la mémoire. Mon prédécesseur, Jean Laparra, qui est décédé, avait créé un petit chemin d’histoire autour de la chapelle et dans ce que l’on a appelé la Grande rue. Il y a des éléments qu’il a retrouvés sur le champ de bataille, comme un bidon percé et des outils qui appartenaient aux agriculteurs de l’époque. Ce chemin de mémoire est très visité. Depuis quelques années, j’observe que ces jeunes font des efforts et dépensent quelques euros pour acheter un bouquet de fleurs afin de le déposer au monument aux morts. Donc, ils ressentent ce symbole et cette émotion. Un jour, un professeur m’a demandé si les élèves pouvaient déposer une gerbe de fleurs et nous nous sommes interrogés sur le procédé, à savoir s’il fallait une minute de silence et, ensuite, la Marseillaise chantée par l’assistance. J’ai été agréablement surpris car tous les élèves ont voulu procéder de la manière traditionnelle. Inutile de vous dire que l’émotion était forte, parce que c’étaient des jeunes venant de différents milieux et de toutes les régions de France. Ce n’était pas simplement les gamins de Verdun, qui sont habitués à ce genre de cérémonie.

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