Casino : transparent ? Non : presque exhibitionniste (détail des comptes).

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 18 mars 2016 (numéro 835) : “Les premiers résultats décryptés, suite”. Bonne lecture !!!

Casino : le bingo sera pour 2016-2017. En hausse à l’ouverture, juste après la publication des comptes annuels de 2015, le titre Casino a été légèrement attaqué, juste après… ce qui ne veut pas dire que l’entreprise va mal, mais tout simplement que les vendeurs à découvert, la spéculation internationale, ne sont pas découragés, et cherchent à faire passer leur message, qui est globalement négatif… alors que la vérité du groupe Casino, ne l’oublions pas, est tout à fait différente. Il est donc particulièrement intéressant de décrypter les comptes qui ont été publiés, avec moult détails, et qui ont été expliqués, lors d’une longue conférence auprès des analystes financiers, diffusée en direct sur Internet, par Jean-Charles Naouri, le patron-propriétaire de ce grand groupe de distribution. J’ai examiné de façon tout à fait approfondie les comptes de Casino, et, au contraire d’un certain nombre d’entreprises, je dois constater qu’il y a beaucoup de transparence et zéro trucage.

On parle beaucoup de la dette de Casino, cela a été l’objet d’une étude à charge par le fonds spéculatif vendeur à découvert Muddy Waters, mais, dans l’analyse détaillée, on s’aperçoit qu’il s’agit d’un « non-problème ». Il y avait une surcharge, liée à l’acquisition du groupe brésilien GPA, de la dette financière nette de Casino de la société mère, Casino Guichard Perrachon, ainsi que des filiales détenues à 100 %. Assez logiquement, le groupe s’est réorganisé, apportant 20 % de son actif brésilien GPA et 100 % de Libertad à son autre filiale sud-américaine, Éxito, qui devient une sorte de « holding de tête », dans toutes les activités sud-américaines où, il convient de le rappeler, le groupe est numéro un, sans aucune discussion possible. 


Dette divisée par quatre ou cinq en deux exercices.

Cela a permis de réduire la dette financière nette de Casino en France de 7,6 milliards d’euros au 31 décembre 2014 à 6,08 milliards au 31 décembre 2015. Sur la dette nette consolidée, rien à signaler, la situation n’a pas véritablement changé d’une année sur l’autre. Le groupe Casino a investi assez lourdement en immobilier, et dans la transformation de ses magasins, mais ces dépenses ont été autofinancées par les gains liés aux opérations de promotion immobilière ou les tréflux issus de l’immobilier. Sans tenir compte du produit à venir d’ici à quelques mois de la cession de sa filiale thaïlandaise Big C, qui représentera un désendettement de 3,3 milliards d’euros, il y avait au 31 décembre 2015 presque 1,7 milliard d’euros de disponibilités. Il ne faut pas non plus oublier qu’il y avait également, dans le portefeuille des actifs de Casino en France, pour plus de 4 milliards d’euros de valeurs immobilières, un chiffre stable depuis plusieurs années. Le groupe Casino n’a pas réduit son dividende, au contraire d’un certain nombre d’appréhensions issues de mauvaises langues, et a confirmé le versement, au titre de 2015, d’un dividende de 3,12 euros, qui sera détaché le 17 mai 2016 et payé en espèces le 19 mai 2016. Si l’on résume l’année 2015 pour Casino, tout s’est passé, à epsilon près, comme c’était prévu.

Le chiffre d’affaires a subi l’impact négatif de l’évolution des monnaies sud-américaines, la marge opérationnelle courante a reculé essentiellement du fait de la diminution forte des prix dans les supermarchés et hypermarchés français, laquelle diminution des prix, décidée en 2013, amorcée en 2014 et terminée en 2015, permet une augmentation de l’activité, et du trafic dans les magasins. Après le repositionnement prix qui a été décidé notamment chez Géant Casino et Leader Price, qui a coûté environ 700 millions d’euros d’abaissement de chiffre d’affaires, il y a eu de gros investissements, notamment dans l’immobilier, avec la restructuration de plusieurs hypermarchés Géant, de supermarchés Casino et Franprix, et la rénovation forte du parc de magasins, cela représente quand même, sur le cumul des années 2014 et 2015, plus de 1,2 milliard d’euros d’investissements. Pour retrouver de la marge, le groupe a trouvé un accord en ce qui concerne les achats tant avec Dia qu’avec Intermarché. De ce fait, le groupe Casino est l’acheteur numéro un en France, ce qui lui a permis, lors des négociations qui se sont conclues en février 2016, d’obtenir des prix d’achat de la part de ses fournisseurs qui étaient beaucoup plus compétitifs que ce qui avait été constaté dans le passé. Cela va avoir un impact positif sur les comptes en 2016 et aussi en 2017. Il ne faudra pas chercher plus loin l’amélioration des marges, n’en déplaise à l’analyste de Barclays (qui s’est lourdement trompé sur Tesco il y a peu, rappel).

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