Saint-Gobain : 350 ans et toutes ses dents.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 11 mars 2016 (numéro 834) : “Les premiers résultats décryptés, suite”. Bonne lecture !!!

Le groupe Saint-Gobain est vieux (il est dans sa 351ème année) mais il n’a pas beaucoup de rides! L’un des faits les plus marquants, pour le groupe Saint-Gobain, au cours de l’exercice 2015, a été l’effondrement de la dette nette, tombée de 7,22 à 4,79 milliards d’euros. En effet, le groupe a terminé la cession de Verallia, son activité « bouteilles et emballages », ce qui avait été prévu depuis longtemps, mais non réalisé du fait de la mauvaise conjoncture boursière. Allégé de ses activités historiques, le groupe qui fêtait l’an dernier son 350e anniversaire, a sorti des comptes 2015 qui, s’ils ne sont pas exceptionnels, sont néanmoins très agréables à lire.

Le chiffre d’affaires est passé de 38,35 à 39,62 milliards soit une croissance de 3,3 %, le résultat opérationnel a monté de 4,5 % pour arriver à 2,636 milliards d’euros, et le résultat net courant, part du groupe, a fait un bon de 19,7 %, passant de 973 millions à 1,165 milliard. Il n’y a pas que la vente de Verallia qui a contribué au désendettement. L’autofinancement libre (tréflux, en anglais free cash flow), est passé de 916 millions en 2014 à 975 millions d’euros en 2015. Saint-Gobain est une entreprise qui dégage du cash, qui n’a plus de contraintes de dette, ce qui contraste beaucoup avec la période de crise connue, où l’entreprise était attaquée par la spéculation. 


La France a plombé SG en 2015.


Pourtant, en 2015, Saint-Gobain a pâti d’une très mauvaise conjoncture en France, socialisme oblige, le groupe réalise toujours un quart de son activité dans l’Hexagone, il en est donc assez dépendant. La croissance en Europe de l’Ouest a été tirée par la Scandinavie, le Royaume-Uni et l’Europe du Sud. En Allemagne, on a observé une année contrastée, avec une reprise au second semestre, le marché de la rénovation étant moindre que ce qui avait été constaté dans le passé. En Asie et dans tous les autres pays émergeants, la croissance est soutenue, même si, comme les autres groupes, Saint-Gobain a souffert légèrement du ralentissement du Brésil et de la Chine au second semestre. En Amérique du Nord, les marchés industriels ont été médiocres, et la construction est en légère croissance. L’environnement est déflationniste, car, pour beaucoup de matériaux, la chute des prix des matières premières comme celle de l’énergie amène le retour dans la compétition de producteurs qui ne sont pas très innovants, et qui disposent de structures de production médiocrement productives, qui n’étaient pas compétitives il y a quelques années encore, qui le redeviennent car les coûts externes ont baissé. Cela n’a pas empêché le groupe Saint-Gobain, par la qualité de ses innovations, d’avoir un petit effet prépositif de plus 0,3 %.

Dans cet environnement déflationniste, c’est tout à fait remarquable. Depuis plusieurs années déjà, le groupe Saint-Gobain a posé les deux pieds sur la pédale de frein en ce qui concerne les coûts. Encore 360 millions d’euros d’économies ont été constatés sur l’exercice 2015 par rapport à ce qui avait déjà été réalisé au cours des exercices précédents. L’entreprise est gérée « au cordeau », le besoin en fonds de roulement (BFR) est tombé à 26 jours, c’est un point bas historique. L’entreprise ne cesse de faire des cessions et des acquisitions, de toutes petites dimensions souvent, les cessions ont concerné 700 millions d’euros de chiffre d’affaires en année pleine en 2015, les acquisitions ont apporté 300 millions d’euros de chiffre d’affaires, toujours en année pleine.

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