La fin des banques ?

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

La fin des banques est-elle programmée, face aux nouvelles technologies ? C’est le thème du livre de l’économiste Philippe Herlin publié l’année dernière. En effet, depuis quelques années, on voit se développer des nouveaux moyens de paiement électronique : c’est l’illustration d’une révolution silencieuse qui a commencé avec PayPal ou le Bitcoin. Aujourd’hui, Orange annonce le lancement d’une banque dès l’année prochaine en France. Apple prépare également un système de paiement. Selon Philippe Herlin, la technologie va avoir pour effet de modifier notre rapport à l’argent et les banques traditionnelles sont plus que jamais menacées. Il estime que dans la prochaine décennie, elles devraient connaître le même sort que la sidérurgie : « C’est le risque, parce qu’elles ont des coûts de structure très importants. Il y a des agences bancaires à tous les coins de rue, alors que l’on n’y va plus pour ses opérations courantes. Elles doivent ponctionner leurs clients avec tout un tas de frais divers et variés qui énervent les gens et, en face, vous avez des nouveaux acteurs, comme Orange ou PayPal, qui ont des coûts de structure nettement inférieurs. Pour l’instant, ces acteurs ne sont pas présents sur l’ensemble des marchés bancaires, mais ils vont très vite uberiser les banques. Regardez le succès du Compte Nickel en France, avec des frais de fonctionnement qui sont nettement inférieurs à ceux d’une banque : c’est un nouvel acteur, qui ne prend aucun risque sur les marchés financiers puisqu’il ne fait pas de prêts. » Il rappelle que « le système bancaire est quand même assis sur beaucoup de dettes ! Depuis le début de l’année, les banques ont des performances assez mauvaises en bourse, parce que l’on observe un ralentissement économique. Les banques portent beaucoup de dettes et elles peuvent subir un contrecoup qui peut être extrêmement sévère. Il y a la dette du pétrole de schiste qui n’est plus rentable aujourd’hui. Tout cela se promène dans les banques. Le risque est en train de revenir très fortement sur les banques ».

Selon lui, il ne faut pas laisser tout son argent dans les banques et il faut penser à d’autres placements, comme placer une partie de son argent dans de l’or physique ou acheter des biens immobiliers. D’ailleurs, depuis le 1er janvier, une directive européenne permet la ponction des comptes en cas de faillite bancaire : «En cas de faillite de votre banque, elle aura légalement le droit de ponctionner une partie de votre épargne ou de votre compte courant pour se renflouer. Elle vous répondra : « Estimez-vous heureux, il vous reste 70% ou 50% et cela aurait pu être zéro ! Cela concerne les comptes où plus de 100 000 euros sont déposés… Mais, quand on creuse un peu, on s’aperçoit que tous ceux qui ont 200 000 ou 300 000 euros ont ouvert plusieurs comptes en banque... Donc, il n’y aura pas forcément beaucoup de comptes avec plus de 100 000 euros... En plus, compte tenu des montants en jeu, les comptes de plus de 100 000 euros ne suffiront pas à renflouer une grande banque qui fera faillite : alors, il faudra aller taper dans tous les comptes ! Face à cela, il y a des nouveaux acteurs qui se lancent, comme Orange qui veut lancer une banque, et ils ont déjà mis en oeuvre des systèmes de paiement en Afrique. Apple va aussi se lancer dans le paiement électronique. Il ne faut pas oublier qu’une société comme Apple a plus de 200 milliards de liquidités. C’est l’une des entreprises les plus rentables au monde, et, même en cas de grave crise économique, Apple survivrait sans aucun problème. En face, une banque a structurellement plus d’engagements que de fonds propres et elle pourrait sauter. Donc, tous ces nouveaux acteurs, comme Apple ou Orange, représentent des opportunités pour les épargnants, car ce sont des structures beaucoup plus sécurisantes que les banques. Il ne faut pas oublier que les banques interviennent sur les marchés avec des effets de levier très importants. Il peut y avoir des accidents de type Kerviel, s’il y a encore deux ou trois autres Kerviel, il n’est pas certain que cela passe ! La banque prend des risques sur les marchés, elle a également beaucoup d’emprunts d’État. Alors que si vous mettez votre argent chez Apple, vous êtes tranquille... »

Il est plus que jamais indispensable de se montrer prudent car «on observe partout un ralentissement de la croissance. Il faut regarder les chiffres réels, comme le trafic ferroviaire, le transport maritime ou la consommation d’électricité. Aux États-Unis, la soi-disant reprise n’a jamais dépassé les 2 %, ce qui est très faible, surtout quand on voit que la population augmente de 1 % par an. En Europe, nous sommes tous plantés à 0 %. Avec une économie réelle qui se dégrade, on risque d’avoir une nouvelle crise de la dette, puisque la quantité de dettes dans le monde a augmenté depuis la crise de 2008. Le Brésil est en récession et les pays émergents ne tirent plus la croissance mondiale ». Dans son ouvrage, Philippe Herlin présente de nombreuses solutions alternatives aux banques car «il faut qu’elles comprennent qu’elles doivent remettre en cause leur modèle économique qui entraîne des frais bancaires importants pour leurs clients ». Philippe Herlin montre comment ces évolutions technologiques vont changer notre relation quotidienne à l’argent, et, au-delà, comment elles pourraient rendre nos économies plus saines et plus résilientes. Car elles permettent d’envisager une rupture avec le système monétaire actuel, centralisé et rigide, donc fragile.

« La fin des banques ? » de Philippe Herlin est publié aux Éditions Eyrolles.

Pour lire ce numéro (Accès numérique)

Validez le formulaire ci-dessous

Tarif valable jusqu'au 28/02/2027 sous réserve de variation du taux de TVA.
L'Hebdo Bourse Plus sort un numéro double fin juillet et ne paraît pas en août.

Les paiements sur notre site sont sécurisés et traités par Stripe, un prestataire de paiement en ligne de confiance. Vos informations de paiement sont protégées par des protocoles de sécurité de pointe, garantissant une expérience d'achat sûre et sécurisée. Vos données sont protégées par le chiffrement TLS et la tokenisation. Stripe est certifié conforme aux normes de sécurité PCI DSS.