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BP : une "major" pour "attendre au chaud" (8% de rendement) le rebond du pétrole.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
✍️ Par Nicolas MIGUET
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 19 février 2016 (numéro 831) : “Les premiers résultats décryptés, suite”. Bonne lecture !!!
British Petroleum : une centenaire moribonde ou avec encore du peps? La société BP fut naguère nommée Anglo-Persian Oil Company, elle changea de nom en Anglo-Iranian Oil Company puis en British Petroleum Company puis BP Amoco… Elle fut créée en 1909, au moment culminant de l’empire britannique, par William Knox d’Arcy, un lointain descendant des conquérants normands de l’Angleterre. L’entreprise régnait sur la Perse, et a fait la pluie et le beau temps au Moyen-Orient, pendant très longtemps, en grande rivalité avec les entreprises nord-américaines ou affiliées. Star de la Bourse de Londres, cela ressemble à une vieille dame un peu déchue, même si sa capitalisation boursière dépasse toujours les 83 milliards d’euros, au cours de mercredi soit 333 pence (3,33 livres sterling) soit environ 4,50 euros.
Il faut faire attention, outre la place financière de Londres, le titre est également coté à Wall Street, sous forme d’ADR, qui regroupe plusieurs actions BP. La cotation est à 28,20 dollars environ. Depuis l’explosion de la plate-forme Deepwater, dans le golfe du Mexique, en 2010, le cours de BP a été divisé par plus que deux. Cela fut, pour l’entreprise, le choc le plus important, le plus coûteux (55 milliards $ tout compris) qui soit intervenu depuis la nationalisation, le 1er mai 1951, de ses activités iraniennes, qui sont devenues la National Iranian Oil Company (NIOC).
Une (très) longue histoire.
Compagnie nationalisée par le gouvernement britannique durant la guerre de 1914-1918, pour des raisons stratégiques d’approvisionnement de la Marine royale en produits pétroliers, l’entreprise s’est développée en dehors de l’Iran, progressivement puis de façon beaucoup plus massive. En 1987, elle a pris le contrôle total de la Standard Oil of Ohio. En 2000, BP a acheté Arco ainsi que Burmah Castrol. En 2001, elle a fusionné avec Amoco (anciennement Standard Oil of Indiana), pour devenir BP Amoco. Dès 2002, l’entreprise est redevenue BP, marque mondialement connue, même s’il y a toujours des huiles qui sont vendues sous le nom de Castrol. Pour renforcer sa présence en Europe continentale, le groupe BP a acheté, en 2003, le réseau de stations-service Aral, présent essentiellement en Allemagne, et un peu dans l’est de la France.
De même que le marque Amoco reste, en France, liée à la catastrophe du pétrolier Amoco Cadiz, qui s’est échoué sur les côtes bretonnes, à Portsall, dans le Finistère nord, en 1978, la marque BP est aujourd’hui très associée à l’explosion de la plate-forme pétrolière Deepwater Horizon, qui a entraîné une énorme catastrophe environnementale, d’un coût estimé à environ 20 milliards de dollars. Le groupe a financé cette catastrophe en vendant des actifs, notamment à Apache Corporation pour 7 milliards de dollars, ses activités exploration en Colombie, pour 1,9 milliard de dollars, et en vendant TNK-BP pour 61 milliards de dollars, au russe Rosneft, ce qui lui a donné une participation de 19,75 % dans le capital de Rosneft, ainsi qu’une grosse soulte de 12,3 milliards de dollars en numéraire. Le groupe BP a cédé en 2015 pour 10 milliards de dollars d’actifs, ce qui porte ces cessions à presque 50 milliards de dollars depuis la marée noire de 2010 dans le golfe du Mexique. L’année 2015 fut une année mauvaise, horrible pour BP, en raison de la baisse du prix du pétrole. Le groupe a essuyé une perte nette de 6,48 milliards de dollars, son plus mauvais résultat depuis au moins vingt ans. Ceci dit, au quatrième trimestre, elle a réussi à dégager un bénéfice ajusté de 196 millions de dollars.