La fin de l’espèce humaine

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Les progrès en génétique, bionique et robotique pourraient entraîner la fin de l’espèce humaine, c’est le thème du nouveau livre du docteur Jean-Pierre Dickès qui analyse depuis plusieurs années les découvertes les plus invraisemblables dans le domaine des sciences.

Dans un livre d’une densité extraordinaire, il fait le point sur toutes ces technologies, dont certaines transgressent l’ordre naturel : «C’est un tableau général où je rassemble l’ensemble des connaissances acquises dans la presse au cours de ces dernières années et cela se résume par «L’homme artificiel» qui est le titre d’un livre que j’avais publié en 2006. Les découvertes les plus récentes sont effarantes ! Il y a deux entrées à ces transformations de l’espèce humaine. D’abord, il y a maintenant la possibilité de greffer Google dans la tête des gens. Ensuite, il s’agit de transformer l’homme en machine. C’est donc une espèce d’hybridation de l’homme et de la machine. Nous ne sommes pas dans le domaine du rêve, puisque c’est déjà une réalité. Je vais vous livrer quelques exemples. On se sert actuellement d’un ver qui a presque le même génome que l’homme et on a greffé son cerveau dans des pièces de Lego. Résultat : le Lego se comporte comme un humain ! Par ailleurs, on a mis dans des cafards des «nanobots» capables de suivre des instructions basiques et on peut diriger ces cafards. Cela peut servir pour retrouver des gens après des bombardements ou un tremblement de terre… Tout cela va s’étendre à l’homme. Toutes ces sciences sont actuellement entre les mains de ceux que l’on appelle les GAFA, c’est-à-dire Google, Apple, Facebook et Amazon. Ces quatre holdings soutiennent massivement ce que l’on appelle le transhumanisme, le premier pas vers l’immortalité, la machine au-dessus de l’homme. Il existe depuis plusieurs années des centres transhumanistes dans la Silicon Valley, avec même une université de la singularité. L’idée de s’acheminer vers l’immortalité a évidemment un côté baba cool, mais il y a un point peu connu dans la démarche des transhumanistes : pour eux, le passé ne nous appartient plus. Cela se traduit donc par la disparition de l’histoire et l’effondrement de l’artisanat ou de la valeur des objets anciens ! Le passé n’a pas besoin de nous et le futur n’a pas besoin de nous non plus. Donc, il faut travailler sur l’homme en créant des ordinateurs qui seront plus intelligents que les hommes. Comme on vit de plus en plus longtemps, les transhumanistes pensent que d’ici à 2050, la Terre deviendra une gigantesque maison de retraite avec des gens qui vivront 130 à 150 ans. Cela va évidemment occuper beaucoup plus de ressources que la Terre ne peut en fournir et la seule manière de s’en sortir sera de transformer l’homme. Nous sommes face, véritablement, à une idéologie. Celle de 1789 visait à créer un homme nouveau, c’est ce que voulaient des hommes comme Marat ou le docteur Guillotin. Le marxisme voulait créer un homme nouveau, tout comme le nazisme. Le transhumanisme est donc une idéologie. Elle est d’autant plus dangereuse et pernicieuse qu’elle s’adresse par la voie facile de la démagogie en disant : « On va soigner vos maladies et vous allez probablement vivre éternellement… » Vivre éternellement, c’est évidemment sous la forme d’un micro-ordinateur. Il s’agit de numériser le cerveau humain par les sciences cognitives et, comme chaque année on double la capacité des microprocesseurs, on pourra aller bien au-delà, y compris avec le quantique et les nanotechnologies. Enfin, il y a une nouvelle société qui vient de se créer en Australie, Humai, qui prétend ressusciter les morts d’ici à une trentaine d’années…»

Selon lui, nous sommes à l’aube, non pas de la fin de l’humanité, mais de la fin de l’espèce humaine telle que nous la connaissons, sous l’influence de plus en plus forte des transhumanistes qui appellent à une nouvelle humanité. Pour Jean-Pierre Dickès, «aujourd’hui, la question est de savoir si l’intelligence artificielle ne va pas détruire l’homme. Certains savants sont très opposés à cette notion d’intelligence artificielle. Il faut comprendre que l’université de la singularité est financée essentiellement par Google, qui a investi des sommes colossales dans le transhumanisme. Par exemple, Google vient de racheter les huit principales fabriques de robots. C’est une puissance extraordinaire quand on sait que Google détient aussi toutes les données ! Le Big data, c’est un amas de données. C’est un peu comme tous les matériaux d’une maison qui ne serait pas encore construite, et Google, à travers Deep Learning, va pouvoir facilement retrouver tous les éléments d’un même problème via le Big data. Par exemple, sur le cancer, il existe des millions de pages et le Big data va faire le tri de tout ce qui est sorti. Cela apportera évidemment un résultat spectaculaire. Déjà, on a pu trouver six nouveaux traitements du cancer. Les résultats sont fantastiques et étonnants, mais personne ne se rend vraiment compte du danger que peut représenter la concentration de pouvoirs aussi importants dans les mains d’une seule organisation. Il y a aussi de très importants travaux de recherche sur les cellules souches. C’est à la fois exaltant et inquiétant : on arrive à faire voir les aveugles ou à faire remarcher les paraplégiques… On a maintenant trouvé le moyen de faire des microprocesseurs qui sont dix fois plus fins qu’un cheveu et ces microprocesseurs peuvent être glissés dans le cerveau. Grâce à l’IRM fonctionnelle, il est maintenant possible de lire dans le cerveau : alors, on a trouvé un centre du bonheur, on sait qu’il y a un centre qui fait que naturellement l’homme croit en Dieu... Il y a différentes variations qui peuvent être captées. Il est possible de glisser les microprocesseurs dans le cerveau pour soigner un certain nombre de maladies, comme la maladie de Parkinson, tout cela à travers une piqûre microscopique via les fosses nasales.»

On voit bien qu’il y a des choses positives et d’autres beaucoup plus inquiétantes, alors que faut-il retenir de l’addition de tout cela ? Pour Jean-Pierre Dickès, «Quand c’est au service de l’homme, c’est très bien, mais quand c’est au service de pouvoirs que nous ne maîtrisons pas, c’est plus inquiétant. Je vais donner un exemple en matière de génétique. La généticienne Emmanuelle Charpentier a mis au point un véritable ciseau de la chaîne ADN. L’ADN, c’est ce qui porte notre hérédité, notre caractère, nos maladies et notre passé. Dans une cellule que vous ne voyez même pas, une chaîne d’ADN mesure déjà trois mètres. Emmanuelle Charpentier a eu l’idée d’extraire une petite zone qui ne servait à rien, une espèce de bruit de fond, en y ajoutant une enzyme, et elle a pu créer un véritable ciseau de la chaîne ADN. Avec sa découverte, on peut faire un véritable copié-collé d’un ADN… On va pouvoir modifier des êtres humains à travers la génétique et, là aussi, comme par hasard, on retrouve Google dans cette affaire. On va pouvoir modifier les êtres humains au niveau de leurs cellules et de leurs chaînes d’ADN. Ces découvertes ont un côté formidable, parce qu’elles vont servir, mais si elles ne sont pas très sérieusement encadrées par les politiques, ce sera une véritable catastrophe pour l’espèce humaine. Bill Gates est actuellement en train de numériser tous les écrits qui existent au monde, parce qu’il a peur que l’intelligence artificielle ne détruise l’homme et que l’homme ne perde son patrimoine et son passé.» Ce qui est fascinant dans ce livre, c’est que ces révélations ne relèvent déjà plus de la science-fiction, mais de la réalité des recherches et des expérimentations menées par les grands groupes technologiques qui contrôlent la planète.

« La fin de l’espèce humaine » de Jean-Pierre Dickès est publié aux Editions de Chiré.

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