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Des communes nouvelles au détriment de l’identité des villages
LA VIE DES COMMUNES ET COLLECTIVITÉS LOCALES
✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN
Thomas Blonsky, maire de Chapelle-Royale (Eure-et-Loir) : « Il faut faire attention, car la campagne gronde »
Les élus ruraux sont de plus en plus nombreux à s’insurger contre les communautés de communes, mais aussi contre les projets de communes nouvelles car cela a pour effet de détruire l’identité des villages, et pas seulement : c’est aussi la vie associative et culturelle qui est menacée. C’est ce que nous explique Thomas Blonsky, maire de Chapelle-Royale, une commune de 350 habitants, située dans le département d’Eure-et-Loir.
L’Hebdo-Bourseplus : Vous estimez que les communes nouvelles vont détruire l’identité des villages et que ces futures villes ne laisseront pas de place à la vie rurale. Quelle est votre analyse ?
Thomas Blonsky : J’interroge des maires qui sont depuis longtemps en place, mais qui sont à bout de souffle, et ils trouvent que les communes nouvelles sont une bonne chose. Mais je n’ai jamais vu, depuis la création des communautés de communes ou des communes nouvelles, des investissements réalisés dans les villages les plus petits. Cela n’existe pas ! Nos villages vont devenir des quartiers et vous savez très bien que lorsque l’on parle des quartiers abandonnés, notamment dans les cités, ce sont des quartiers où il n’y a plus rien. Quand il y a un problème, les élus ruraux comme moi gèrent directement cela. Cela ne coûte rien à la collectivité alors que, demain, on sait très bien qu’il n’y aura pas davantage de gendarmes. On ne va pas trouver un maire délégué au quartier pour gérer les questions de police judiciaire ou d’état civil… Je ne suis pas conservateur, je ne m’attache pas à mon petit poste de maire dans une commune de 350 habitants : je considère simplement que c’est une spécificité française à laquelle nous sommes tous attachés. On a fait disparaître le service national et, aujourd’hui, on est en train de vouloir le remettre. A Paris, ils prennent des décisions, ils s’aperçoivent que c’est une erreur et ils font marche arrière… Ce sera la même chose pour nos communes, car je considère que c’est une erreur de vouloir les supprimer. Dans nos villages, il y a encore des fêtes locales et vous savez très bien que cela n’existera plus dans les futurs quartiers.
Donc, les villages deviendront des quartiers-dortoirs…
Dans mon petit village, j’ai créé la première épicerie communale tenue en régie municipale. Ce sont des agents municipaux qui tiennent cela. Si, demain, je suis rattaché à une commune plus importante, comme l’épicerie n’est pas rentable, la commune refusera d’investir 15 000 euros chaque année pour son maintien, alors que je considère que c’est un service public. Si j’étais certain qu’il y ait une vraie mutualisation des services et une vraie économie d’échelle, je serais pour. Mais je sais que cela n’arrivera jamais, parce que j’ai trop vu comment les choses se passaient dans des petits villages comme le mien : finalement, on va me répondre qu’il est inutile de chercher à développer un bassin de 300 habitants et qu’il vaut mieux se concentrer là où il y a du monde. Résultat, il n’y aura plus rien et tous les services seront dans les grandes villes, avec un accès à la propriété qui demandera beaucoup d’argent, tous les pauvres viendront à la campagne alors que les riches resteront dans les villes. Voilà ce qui va se passer ! Sincèrement, je ne comprends pas pourquoi on veut supprimer nos villages. Un maire comme moi touche 580 euros par mois et je suis disponible 24 heures sur 24.