Création j’écris ton nom
LITTÉRATURE
A l’approche des fêtes, voici une belle idée cadeau à travers le livre de Louis Monier. Vous êtes photographe, vous êtes passionné par cet univers, vous aimez l’art et les belles photos, alors le livre de Louis Monier vous enchantera ! Le célèbre artiste, qui a exposé dans le monde entier, dresse le bilan de sa carrière en publiant dans un ouvrage intitulé « Création j’écris ton nom » une toute petite partie des 18 000 clichés qu’il a pris. Louis Monier a travaillé pour des grandes agences, il a été le photographe de l’émission Apostrophes de Bernard Pivot et il a exposé dans le monde entier. Un cliché résume parfois un long article. Louis Monier souligne que «la très bonne photographie, c’est comme un grand dessin de presse, comme le faisait Cabu, par exemple : on résume en une situation, un regard, une pause ou un univers. Le problème d’une photographie, c’est qu’elle dure et c’est toute la philosophie de l’interprétation d’une photographie qui est intéressante. Il y a eu de nombreux philosophes qui ont abordé cette question».
Évidemment, on ne peut s’empêcher de lui demander comment faire une belle photographie : « D’abord, appliquez-vous ! Une photo que l’on n’a pas imaginée avant de la prendre, ce n’est pas une belle photographie. Il faut regarder son cadre, savoir ce que l’on veut y mettre et se concentrer avant de faire la photo. La photo est bien meilleure quand on est concentré. Il y a des gens qui n’aiment pas être pris en photo. Donc, il faut savoir les mettre à l’aise et leur faire oublier qu’ils vont être pris en photo… Le propre de la réussite d’une photographie, c’est que le photographe se fasse oublier. C’est pour cette raison que je parle beaucoup avec les personnalités que je dois photographier, en me montrant très curieux. Alors, elles sont heureuses, elles ne pensent plus du tout qu’il y a un appareil photo et elles me racontent un peu leur vie. Un photographe, ce n’est pas un journaliste qui va écrire un texte. Je viens seul avec mon matériel, donc une confiance s’établit avec la personne, ce qui permet d’avoir des expressions, comme celle de Mendès France, des moments de réflexion ou, au contraire, des éclats de rire. Mais tout doit être spontané».
Mais comment le photographe peut-il se faire oublier ? «C’est par la tchatche ! Lorsque vous vous intéressez à la personne, lorsque vous lui faites raconter sa vie, tout change, elle vous oublie complètement. Tout le monde a un ego, tout le monde aime parler de soi, surtout lorsque la personne sait que la conversation ne sera pas reproduite. Mais il n’y a pas de recette, il ne faut pas appliquer une méthode, sinon c’est fini. C’est comme le mauvais journaliste qui pose le questionnaire de Proust ! Cela veut dire qu’il n’a pas d’imagination et pas la moindre idée pour interroger la personne».
En résumé, une bonne photo, «c’est un œil et un esprit de décision. Cartier-Bresson parle de l’instant décisif. Il faut avoir un certain sens artistique, mais aussi le don de l’immédiateté, car ce sont des instants fugitifs que l’on saisit. C’est un moment donné par les dieux...» La photographie est un métier, pourtant tout le monde a l’impression que c’est très facile : «C’est lié au numérique. Auparavant, avec l’argentique, toutes les familles avaient un album de photographies de famille, avec la photo du mariage, celle de la communion ou les grands événements. Chaque famille avait un bel album de photos. Aujourd’hui, avec le numérique, les gens font tellement de photos qu’ils ne réfléchissent pas avant d’appuyer sur le bouton. Cela ne restera pas et il sera très difficile de reconstituer l’histoire des familles plus tard, parce que la photographie numérique disparaît très vite en se pixellisant. Or, un bon négatif en argentique, cela ne vieillit pas !»
Dans cet ouvrage, la quasi-totalité des clichés est en noir et blanc. Louis Monier est un amoureux noir et blanc : «C’est un bonheur, c’est très coloré le noir et blanc ! Car il y a des millions de nuances. On peut faire des choses extraordinaires avec le noir et blanc. Et l’on se souvient toujours d’une photo en noir et blanc… Regardez, j’ai fait une photo d’Aragon et elle est passée en première page du Monde au début du mois de novembre : les gens se souvenaient de cette photo que j’avais prise il y a au moins 30 ans ! La photo de Florence Aubenas qui était sur les murs du monde entier, les gens s’en souviennent. On mémorise plus difficilement une photo en couleurs».
Enfin, on ne peut s’empêcher de lui demander de nous faire partager un souvenir de rencontre avec une personnalité, particulièrement facile ou difficile : «Ma rencontre la plus difficile a été avec Samuel Beckett. Cela faisait longtemps que je voulais le photographier et j’avais demandé à Jérôme Lindon ce rendez-vous avec Samuel Beckett. Il m’avait répondu : «Un jour, tu ne t’y attendras pas et ce sera ce jour-là…» Effectivement, un jour, j’étais aux Éditions de Minuit, je rencontre Jérôme Lindon dans l’escalier et je lui pose la question traditionnelle : «Quant puis-je vois Beckett ?» Il me répond : «Dans un quart d’heure !» Je suis allé prendre l’air à Saint-Germain-des-Prés, je suis revenu, j’ai fait mes photos de Samuel Beckett dans le bureau de Jérôme Lindon, qui était très inquiet, car Samuel Beckett avait horreur d’être photographié, et les choses se sont très bien passées. On a discuté, on a ri pendant une demi-heure et je ne me souviens absolument plus de ce que nous avons dit, tellement j’étais ému par le fait d’avoir pu faire cette grande prise de vue… » Louis Monier nous offre un magnifique ouvrage qui enchantera tous les amateurs d’art.
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