Vallourec : des ingénieurs, des tubes, un marché qui s’effondre... mais beaucoup de relations !

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives , sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 11 décembre (numéro 821) : “Peugeot va passer la surmultipliée à partir de 2016”. Bonne lecture !!!

Philippe Crouzet, énarque de 59 ans, est un ancien de Saint-Gobain, groupe où il a passé plus de vingt ans à occuper divers postes de direction, ce n’est pas un perdreau de l’année qui a pris les rênes de Vallourec en 2009 ! Administrateur d’EDF, son épouse est une proche collaboratrice de François Hollande, actuel titulaire de la présidence de la République française… cela peut aider ! Philippe Crouzet a également de bonnes relations avec Vincent Bolloré, qui, tel Raminagrobis, a gardé un petit pourcent du capital… et un représentant au conseil d’administration de Vallourec. Les salariés détiennent 7,5 % du capital environ, le groupe Caisse des dépôts et consignations a le même poids dans le capital de Vallourec… et, partenaire ancien, le sidérurgiste japonais Nippon Steel Sumitomo détient un peu plus de 1 %, 1,5 % si mes informations sont justes. La Caisse des dépôts et les salariés gouvernent l’assemblée générale… Crouzet est tranquille, il ne sera pas renversé, par un putsch en assemblée… sauf si ? Oui, sauf si… un groupe ramasse du papier Vallourec, doucement, seul ou avec des amis, et se présente à l’assemblée générale avec un peu moins de 20 % du capital, il se pourrait alors qu’il puisse y avoir du barouf, des explications à donner.

Le groupe Vallourec est le spécialiste des tubes sans soudure et, il y a un demi-siècle, a fait une invention particulièrement utile, qui permet de connecter des tubes, les uns après les autres, afin de former des colonnes parfois très longues, très solides, ce qui est ultra-pratique pour l’industrie pétrolière, comme pour d’autres activités, qu’il s’agisse de forages de recherche, d’exploration, de production. Le groupe Vallourec s’est développé sur un marché non unique mais presque unique. 


Un marché peu diversifié.


Il ne fabrique pas les tubes ordinaires, destinés aux canalisations vous apportant de l’eau, ou évacuant vos eaux usées… il en est de même pour ce qui concerne les canalisations d’approvisionnement en gaz naturel domestique, dans toutes les rues… là, ce n’est pas le boulot de Vallourec. Vallourec fabrique des tubes spéciaux soudés en titane qui sont destinés au circuit secondaire de refroidissement des centrales électriques conventionnelles et nucléaires, des tubes soudés en inox, des tubes sans soudure finis à chaud, écroûtés ou encore laminés à froid, des tubes sans soudure laminés à chaud et essentiellement à usage pétrolier et gazier. La diversification dans l’industrie automobile et les autres débouchés ne représentent qu’environ 10 % du chiffre d’affaires de Vallourec, les industries pétrolières et gazières plus des deux tiers, la pétrochimie, la mécanique, et les centrales électriques se disputent environ un peu plus de 20 %. C’est un groupe mondialisé, qui n’avait qu’un cinquième de ses débouchés en Europe, un petit tiers en Amérique du Nord, le reste étant dispersé un peu partout dans le monde, dont l’Amérique du Sud, tout particulièrement au Brésil. L’effondrement des prix du baril de pétrole et la baisse des prix du gaz arrivent très mal pour Vallourec, qui avait lourdement investi dans deux usines toutes neuves, une au Brésil et une en Amérique du Nord, justement pour pouvoir faire face aux nouveaux besoins liés à l’exploitation du pétrole et du gaz non conventionnel. Le groupe avait mis au point des tubes extraordinairement sophistiqués, notamment pour l’exploitation du gisement Petrobras, au large des côtes du Brésil, avec des forages qui se situaient sous 3.000 mètres d’épaisseur de mer, à travers 3.000 mètres d’épaisseur d’une énorme croûte de sel, et, ensuite, on pouvait trouver du pétrole. Les tubes destinés aux gigantesques gisements dans le pré-salifère brésilien figurent parmi les vitrines technologiques françaises dans le monde, on pourrait presque dire que ce que les ingénieurs de Vallourec ont réalisé s’apparente davantage aux technologies de l’aéronautique, à celles du Concorde ou encore des Airbus qu’à une technologie simple de fabrication de tubes. Il faut savoir que les tubes construits sont capables de subir un énorme degré de pression, et peuvent acheminer le pétrole extrait dans des conditions particulièrement anormales.


Sidérurgiste ? Oui, mais pas que...

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