"Espérance Banlieues"
LITTÉRATURE
Après les attentats du 13 novembre dernier à Paris, certains ouvrent le débat sur l’éducation, et parfois les failles de notre système éducatif, car un lien indiscutable se doit d’être fait entre le manque d’éducation (l’échec scolaire ou la déscolarisation) et la délinquance. Ce n’est certes pas la seule et unique cause, mais un facteur aggravant. D’après un rapport de l’Éducation nationale, «La situation de dénuement culturel est particulièrement marquée chez les jeunes détenus de moins de 18 ans. 80% d’entre eux sont sans diplôme et près de la moitié en échec au bilan lecture proposé pour le repérage systématique de l’illettrisme. Plus de 10% relèvent de l’illettrisme». Remises en cause en quasi permanence, les méthodes d’enseignement, notamment en ce qui concerne la lecture, semblent se succéder, mais aucune ne semble avoir été adoptée définitivement. Il parait difficile d’être optimiste quant aux résultats des jeunes de notre pays, lorsque les outils leur permettant d’apprendre sont remis en question régulièrement et que dès lors les professeurs, et plus largement l’Éducation nationale, perdent de leur crédibilité. Bien que largement minoritaires, il existe des alternatives aux méthodes d’enseignement telles que les écoles privées «Montessori » et «Steiner-Waldorf» qui se développent de plus en plus, et qui semblent offrir de nouveaux outils pédagogiques, notamment pour des élèves en situation d’échec scolaire.
Mais on ne peut pas aborder ce débat sans évidemment repenser au livre « Espérance Banlieues » qui a été publié il y a quelques mois par Harry Roselmack et Éric Mestrallet. En effet, le journaliste de TF1 est le parrain de l’école pilote de Montfermeil et il raconte cette expérience d’école associative. Nous avons interrogé le journaliste sur cette expérience et il précise d’abord qu’il ne faut pas faire de faux procès à l’Éducation nationale : «C’est un système qui tente d’élever le plus grand nombre, mais c’est aussi très compliqué d’avoir un système qui corresponde à chacun. L’Éducation nationale réussit quand même à élever le plus grand nombre de nos enfants… Mais il y a des gens qui ne peuvent pas suivre une chaîne généraliste et qui ont besoin de structures plus spécifiques, avec des méthodes plus adaptées. C’est pour cette raison qu’il existe des écoles qui sont hors contrat de l’Éducation nationale et qui permettent de s’adresser à des jeunes qui ont d’autres problématiques. Le cours Alexandre Dumas, que je parraine, fait partie de ces écoles. Il était anormal qu’il n’y ait pas d’écoles privées dans les quartiers des banlieues populaires, là où les problématiques des enfants étaient les plus diverses. La fondation Espérance Banlieues a lancé ce très beau projet que j’ai accompagné avec beaucoup de plaisir».
Concrètement, la manière d’aborder le cursus éducatif est légèrement différente : «À la fois dans l’acquisition des connaissances, dans les choix qui sont faits, des choix qui sont portés sur des choses basiques que sont la lecture et la compréhension de ce qu’on lit, mais aussi l’écriture, les mathématiques et toutes les matières de base. Le rythme d’acquisition des connaissances est également différent, avec des cours magistraux le matin et en début d’après-midi, et des activités annexes en début d’après-midi visant à créer de la cohésion et du vivre ensemble. C’est aussi l’un des enjeux important de cette école, qui intervient dans des quartiers où il y a beaucoup de communautés extrêmement diverses avec des tensions importantes. Cette école réussit vraiment à créer quelque chose qui surpasse les tensions communautaires. Les jeunes ont un uniforme, avec un sweat à capuche avec la mention « Alexandre Dumas », ils sont fiers de le porter et de faire partie de cette communauté scolaire. Il y a plein d’autres choses aussi, notamment l’implication des parents dans le cursus scolaire, les punitions et les sanctions, les récompenses… Tout cela est très formalisé. Chaque fin de semaine, les enfants sont dans la cour, avec les parents, on donne les bons et les mauvais points. Il y a aussi le lever du drapeau en début de semaine et on baisse le drapeau en fin de semaine. Toutes ces choses permettent de créer de la cohésion et de faciliter le vivre ensemble».
Alors, est-ce le retour de la tradition ? Réponse d’Harry Roselmack : «Ce qui ne me va pas tellement dans le terme de tradition, c’est le caractère nostalgique, le regard vers le passé... C’est une tradition revisitée. Ce qui est important, ce sont les principes et l’adhésion à ces principes. Les principes sont intangibles : ils étaient vrais hier, ils le sont encore aujourd’hui. Savoir se respecter, c’était vrai hier, c’est vrai aujourd’hui. Pour pouvoir vivre ensemble, il faut adhérer à un certain nombre de valeurs communes, c’était vrai hier, c’est vrai aujourd’hui et ce sera vrai demain». Alors que depuis quelques jours on s’interroge beaucoup sur les questions d’éducation, que la question de la déscolarisation de ces jeunes, qui sont ensuite tentés par le terrorisme, il est surprenant de ne pas avoir entendu des références dans les médias sur le travail remarquable de la fondation «Espérance Banlieues», alors que tous les experts reconnaissent que c’est une réussite. C’est ce que nous avons voulu faire dans ce numéro de L’Hebdo-Bourseplus en évoquant cet ouvrage publié en avril dernier.
« Espérance Banlieues » d’Harry Roselmack et Éric Mestrallet est publié aux Éditions du Rocher.
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L'Hebdo Bourse Plus sort un numéro double fin juillet et ne paraît pas en août.
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