CGG : la pente est raide, le pari délicat.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 4 décembre (numéro 820) : “Vallourec peut-il survivre à l’effondrement du pétrole?”. Bonne lecture !!!
La mort de CGG est-elle évitable? L’effondrement du prix du baril de pétrole, malgré la forte tension actuellement constatée au Moyen-Orient, semble être un phénomène durable, qui va impacter de façon très importante l’ensemble des sociétés de services qui gravitent dans le secteur pétrolier, ou parapétrolier. Les lettres CGG veulent dire Compagnie Générale de Géophysique. La géophysique, c’est tout simplement l’enregistrement, le traitement et l’interprétation de données sismiques terrestres et marines, lesquelles sont indispensables pour regarder ce qu’il y a éventuellement dans le sous-sol, et d’en tirer les conclusions avant de faire des forages coûteux. Suite à différents rapprochements, CGG est devenu l’un des principaux acteurs mondiaux dans le secteur, et elle s’est mise également à fabriquer des équipements sismiques, notamment des appareils d’enregistrement et de transmission, ainsi que des vibrateurs d’acquisition de données sismiques.
Une société stratégique.
C’est une société stratégique, dans une industrie particulièrement indispensable à l’économie moderne. Depuis le début du XXe siècle, le pétrole a progressivement supplanté le charbon, via les usages énergétiques (carburants divers), ou via les utilisations autres (nylon, plastique… matériaux composites ou structurés). Au-delà des quelques gisements qui apparaissaient en affleurement du sol, comme notamment en Pennsylvanie aux Etats-Unis, et qui furent exploités rapidement, dès le XIXe siècle, ou encore ceux de la région de Mossoul, en Irak, exploités depuis l’Antiquité, le pétrole se trouve souvent coincé dans des sous-couches lointaines de la surface, et l’activité de la société CGG est particulièrement stratégique lorsque l’on a besoin d’inventorier les réserves des sous-sols. Du coup, l’actionnariat de CGG, même s’il est dispersé, compte BPI France Participations comme premier actionnaire, avec 7,04 % du capital, suivi du fonds de l’Institut français du pétrole IFP Energies Nouvelles qui détient 3,58 %. BPI France Participations est également présent au capital de Vallourec, et cette participation a vocation à croître, si jamais il y a besoin de recapitalisation de CGG. En 2012, CGG réalisait presque 2,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 239 millions de résultat opérationnel, et un résultat net part du groupe de l’ordre de 54 millions d’euros. En 2013, une première vague de restructuration et des pertes sur une survaleur ont amené le résultat opérationnel dans le rouge, avec presque 287 millions de pertes opérationnelles sur un chiffre d’affaires porté à 2,73 milliards, le résultat net publié étant une perte de 502 millions d’euros. L’entreprise est française, mais son site Internet est exclusivement publié en anglais, la langue de ce genre d’activités, l’anglais international, comme le dollar, étant de mise dans ce secteur. Juste après la publication des résultats trimestriels, qui ne sont pas extraordinairement mauvais puisque l’entreprise a réussi à dégager un tréflux (capacité libre d’autofinancement) positif, CGG a lancé une offre d’échange pour les obligations à échéance en 2017, en 2021 et en 2022. L’objectif est moins d’abaisser les frais financiers (la situation ne s’y prête pas vraiment) que de mieux lisser les échéances de son endettement, la maturité du nouvel emprunt étant au 15 mai 2019.
Reporter les échéances.
On verra si les porteurs d’obligations anciennes de CGG profitent de l’opération, la réponse sera connue le 17 décembre de cette année, le délai expirant à 23 h 59, heure de New York. Lors de l’acquisition de Fugro NV, fin janvier 2013, Fugro avait fait un crédit vendeur, qui avait été porté à 225 millions d’euros. Il reste encore 84,4 millions d’euros à payer… CGG est en discussions avec Fugro pour un refinancement, pour un échange de cette dette résiduelle. CGG avait conclu également mi-juillet 2013 un crédit de trésorerie « revolving » de 165 millions de dollars maximum à échéance mi-juillet 2018, et, fin juillet 2013, une facilité de crédit de 325 millions de dollars qui est à échéance fin juillet 2016. Là encore, un refinancement est recherché. Jean-Georges Malcor, patron de CGG, est actuellement debout sur les freins, avec comme seule préoccupation d’éviter que le navire CGG ne coule dans le cadre de ce plan de redressement. A mi-2015, l’entreprise tablait sur une reprise du prix du pétrole fin 2016, début 2017. Désormais, elle a une perspective plus réaliste, à peu près similaire à celle que nous avions publiée en début d’année 2015 dans La Lettre La Bourse à savoir qu’il n’y aura pas de reprise des prix du baril de pétrole avant la fin de l’année 2017 ou le début de l’année 2018.
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