Les nouvelles technologies dans la prévention du terrorisme et de la délinquance

LA NOUVELLE ÉCONOMIE INTERVIEW

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Jean-Philippe Cunniet, consultant et fondateur de WhatsHome : « Quand un criminel se prépare à passer à l’acte, voler une voiture ou tuer quelqu’un, il y a toute une phase de préparation et cette phase de préparation laisse des signes. »

Les nouvelles technologies vont progressivement prendre toute leur place dans la protection des populations, notamment pour la prévention du terrorisme, mais aussi celle de la délinquance. En 2012, le film de science-fiction «Minority Report» présentait un monde où les policiers arrêtaient des criminels avant même qu’ils ne commettent leurs actes. Aujourd’hui, on n’en est pas encore là, mais la technologie permet déjà de prévenir des crimes. C’est ce que nous explique Jean-Philippe Cunniet dans cet entretien passionnant sur l’apport des nouvelles technologies dans le domaine de la sécurité. Jean-Philippe Cunniet est formateur, consultant en nouvelles technologies, fondateur de la société d’études marketing WhatsHome et de Waykup, société spécialisée dans la conception d’objets connectés.


L’Hebdo-Bourseplus : Les nouvelles technologies vont-elles, dans les années qui viennent, changer notre perception du crime et du terrorisme ?

Jean-Philippe Cunnier : Nous souhaitons tous une sécurité maximale avec une invasion de la vie privée minimale. Par exemple, Ségolène Royal vient d’annoncer que des portiques de sécurité seraient installés sur le Thalys : on accepte cela à condition que le passage soit invisible et fluide, sans que cela nous oppresse dans notre vie quotidienne.


Mais on s’habitue aux limitations progressives de nos libertés. Par exemple, dans le domaine de l’automobile, les lois sont devenues de plus en plus restrictives. Cela ne risque-t-il pas de s’amplifier en matière de sécurité ?

La sécurité doit être la plus discrète et la plus sûre possible. La véritable sécurité, c’est celle de l’analyse vidéo automatisée. On a découvert que l’un des terroristes avait été dans une station de métro quelques jours plus tard, parce que quelqu’un a dû, manuellement, visionner des heures et des heures de vidéos pour arriver à détecter la présence de cette personne. Or, ce genre de reconnaissance faciale sur les images vidéo peut se faire de manière automatique. Cela fait plus de dix ans que dans le métro de Londres, les caméras de surveillance ont des algorithmes intelligents qui surveillent le comportement des personnes sur le quai. En temps réel, le logiciel peut arriver à détecter un passager qui attend une rame de métro, puis la laisse passer, puis la suivante et, lorsqu’il se met à marcher derrière d’autres gens qui sont proches du quai, une alerte informatique est lancée au personnel de sécurité en soulignant qu’un comportement suspect peut laisser penser qu’une personne se prépare, non pas à prendre le métro, mais à pousser quelqu’un sur la voie. Ce genre d’alerte à base d’analyse d’images vidéo peut être remontée à des gardiens de sécurité pour leur donner des indices. En 2002, dans le film «Minority Report», les crimes étaient prévenus avant même d’avoir été commis, grâce à la technologie. On obtient cela grâce au croisement d’un certain nombre de données en provenance des caméras de surveillance, des données de géolocalisation des téléphones mobiles, etc. En France, on a plusieurs milliers de fiches S, donc des personnes que l’on doit surveiller. On évoque la possibilité de leur mettre des bracelets électroniques, mais on pourrait très bien imaginer la possibilité de réduire légèrement leur liberté en les géolocalisant en permanence. À ce moment-là, des algorithmes informatiques pourraient analyser les données en disant qu’Untel fiché S vient de croiser la route d’un autre fiché S, donc cela peut être un indice pour dire que dans tel quartier il se prépare peut-être quelque chose. Il s’agit simplement d’avoir des signaux pour permettre à la police et à la justice d’enquêter. Par exemple, on aurait pu savoir que tel terroriste était dans le métro au moment où il y était, et non pas trois jours après… Il s’agit d’être informé en temps réel, aussi vite que possible, en faisant circuler toutes les informations que l’on peut collecter grâce aux objets connectés. Ensuite, il faut partager les informations entre les différents pays. Si les terroristes vont en Belgique pour attaquer la France, et vice versa, c’est parce qu’ils savent très bien que les systèmes informatiques sont différents et que l’information se coupe à la frontière. Ensuite, il faut savoir ce que nous sommes prêts à accepter en termes de surveillance dans notre société, car Big Brother fait toujours peur. Les choses doivent se faire discrètement. Au moment du 11 septembre, certaines personnes ont proposé que l’on augmente la sécurité autour des bagages avec une surveillance en temps réel. Il y a eu une idée, qui est loin d’être inintéressante, qui consistait à diffuser en temps réel toutes les photos de scan des bagages sur Internet. Ainsi, toute personne aurait pu aller librement sur Internet voir les bagages passer : les bagages sont anonymes, mais quand on voit une image suspecte, on peut alerter les forces de sécurité.

Pour lire ce numéro (Accès numérique)

Validez le formulaire ci-dessous

Tarif valable jusqu'au 28/02/2027 sous réserve de variation du taux de TVA.
L'Hebdo Bourse Plus sort un numéro double fin juillet et ne paraît pas en août.

Les paiements sur notre site sont sécurisés et traités par Stripe, un prestataire de paiement en ligne de confiance. Vos informations de paiement sont protégées par des protocoles de sécurité de pointe, garantissant une expérience d'achat sûre et sécurisée. Vos données sont protégées par le chiffrement TLS et la tokenisation. Stripe est certifié conforme aux normes de sécurité PCI DSS.