Opération Sabre d’Allah

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Pierre Martinet est incontestablement le plus médiatique de nos agents secrets et il est aussi connu pour son franc-parler. Il avait imaginé, il y a quelques années, dans un livre fiction, une attaque islamiste sur Paris. C’est aujourd’hui une réalité… Ancien instructeur parachutiste et ancien agent au service Action de la DGSE, il nous livre son analyse après les attentats du 13 novembre à Paris. Pierre Martinet est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont «Un agent sort de l’ombre», «Cellule Delta» ou «Opération Sabre d’Allah». Pierre Martinet regrette que François Hollande, qui parle clairement de guerre, ne désigne toujours pas l’ennemi : «Malheureusement, on a un gros problème, nos gouvernants ont vraiment peur de prononcer le mot tabou : islamistes. Ils ne prononcent même pas le nom de l’État islamique, ils disent Daech. Et, en plus, ils le prononcent mal en disant Dash. Dash, cela fait tache et c’est surtout de la lessive pour nettoyer ! Quand j’entends notre chef de guerre, notre président de la République, dire Dash, les bras m’en tombent. Je suis pétrifié de honte quand j’entends ça».

Ont-ils surtout peur, en prononçant ce mot d’islamisme, qu’un cinglé ne prenne un fusil pour aller tirer contre un épicier maghrébin innocent ? «Oui, c’est pour éviter cet amalgame. Ce n’est pas nous qui avons déclaré la guerre à l’islamisme, ce sont les groupes islamistes qui ont déclaré la guerre à l’Occident et qui se revendiquent comme tels. Aujourd’hui, ces gens tuent au nom d’Allah pour imposer leur vision de l’islam. Nous sommes considérés comme des mécréants et des kafirs (infidèles), donc on doit se convertir ou être tué... C’est l’islam politique et cela n’a rien à voir avec le croyant lambda qui vit sa religion paisiblement. Si un homme politique dit cela clairement à l’antenne, cela va être entendu, on évitera tout fantasme et tout amalgame. Plus on est clair, plus on évite les amalgames et plus on est précis sur les mots». Résultat, on refuse de voir les choses en face : «C’est tellement plus facile de faire la politique de l’autruche en ne voyant pas la vérité en face ! Ces nombreuses années de déni nous ont donné un monstre. En l’occurrence, ce monstre s’appelle l’État islamique, plus généralement les groupes islamistes, car il n’y a pas que Daech : il y a encore Al-Qaïda, Boko Haram et les salafistes dans les banlieues. Je suis bien placé pour en parler car, quand on luttait contre les réseaux islamiques il y a 15 ans, il y avait très peu de groupes et on aurait pu les stopper. Mais on a laissé grandir le monstre, qui est incontrôlable aujourd’hui, et on essaie de l’abattre par des moyens militaires très faibles. Ce n’est pas avec des avions que l’on va gagner la guerre au sol ! Dans le déni, on refuse de parler de l’idéologie. L’essence de ce mal absolu, c’est l’idéologie salafiste, la pensée des Frères musulmans et tous ces groupes qui se revendiquent d’un islam radical et qui ne reconnaissent absolument pas la laïcité et la démocratie. En France, on a laissé se multiplier le salafisme comme des petits pains. Il y a de plus en plus de mosquées salafistes. Effectivement, tous les salafistes ne deviennent pas des djihadistes, mais le dénominateur commun entre tous ces djihadistes, c’est le salafisme. Il est grand temps de criminaliser le salafisme et d’interdire les associations musulmanes radicales comme les Frères musulmans».

On évoque cette question depuis des années, pourtant, on croise de plus en plus dans les centres commerciaux des femmes qui portent la burqa… Pour Pierre Martinet, «cela fait partie d’une guerre très particulière, qui s’appelle la guerre subversive. Dans la guerre subversive, il y a le volet psychologique qui est très important et, aujourd’hui, dans certaines banlieues, près de certaines mosquées salafistes, il y a une recrudescence de femmes en burqa. L’objectif, c’est d’habituer l’œil du lambda, de l’Occidental, à voir cela tous les jours. Ils nous imposent cette vision chaque jour un peu plus pour que l’on en arrive à penser que cette façon de vivre est normale. Il y a autre chose qui est très important : c’est cette revendication religieuse qu’il y a dans les pays occidentaux, surtout en France, cela fait partie du combat psychologique. Chaque jour, on demande plus… À Bordeaux, il y a un épicier salafiste qui a décidé de séparer les jours d’ouverture pour les hommes et les femmes… Il y a aussi les horaires pour aller à la piscine. Il faut interdire cela. On a une arme, c’est la laïcité, elle n’est pas appliquée». Selon lui, les musulmans modérés devraient être les premiers à se révolter en demandant ces interdictions : «Les Français de confession musulmane, aujourd’hui, qui vivent leur religion tranquillement dans leur coin, devraient être les premiers acteurs de cette lutte, parce qu’il faut combattre et détruire ces extrémistes. Ce serait exactement la même chose si, aujourd’hui, il y avait des groupes extrémistes chrétiens dans le monde qui voulaient détruire le monde. Moi qui suis catholique, je m’élèverais contre eux et je les combattrais avec force».

Alors, lui qui connaît bien le sujet, que préconise-t-il pour lutter contre ce fléau ? «Pour lutter contre ce fléau, il y a trois parties. D’abord, c’est l’idéologie. Ensuite, les États qui financent ce genre de pratique. Effectivement, nos dirigeants ont plus que des liaisons douteuses avec le Qatar et les pays du Golfe, pour des raisons bassement économiques. On fait le jeu de ces pays. Il est temps de mettre cartes sur table avec eux et que l’on sache où l’on va avec eux, parce que l’on court à la catastrophe si l’on continue d’avoir ces liaisons totalement obscures. Pour les vaincre définitivement, ou les affaiblir considérablement, il faut changer nos lois, être plus actifs à l’extérieur et les mettre hors d’état de nuire définitivement à l’intérieur. Actuellement, on met en prison des gens mais, s’ils sont radicalisés, ils ressortent encore plus radicalisés ! On doit mettre un bracelet électronique à tous les salafistes potentiellement dangereux. Enfin, pour préserver notre mode de vie, il faut absolument changer nos comportements. Chaque citoyen français doit prendre conscience que nous sommes dans une guerre non conventionnelle, asymétrique, avec des moyens d’action protéiformes. Chacun doit être sensibilisé. Chaque Français doit être un lanceur d’alerte et il doit être prêt à réagir en cas d’attaque. Par exemple, comme dans le Thalys, il peut se jeter sur la personne si la distance avec le canon est relativement courte. Si c’est éloigné, il doit savoir s’abriter et pouvoir alerter. Il doit pouvoir essayer de protéger son voisin… Les Israéliens sont habitués à cela. Ils vivent normalement, ils sont en apparence décontractés, mais ils sont toujours vigilants. Être vigilant, ce n’est pas tomber dans la psychose et cela ne nous empêche pas de vivre».

«Opération Sabre d’Allah» de Pierre Martinet est publié aux Editions du Rocher.

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