Le redressement de l’économie française est possible.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 20 novembre (numéro 818) : “Les équipementiers de l’aéronautique sont sous forte pression”. Bonne lecture !!!

Est-il possible de redresser l’économie française? On a pour coutume, par facilité, d’appeler « crise » un retournement de la situation économique. La plupart du temps, il ne s’agit que de corrections d’excès antérieurs, on a pu le voir de nouveau à partir du milieu de l’année 2006, lorsque les Etats-Unis d’Amérique ont vu le prix de l’immobilier recommencer à baisser (au point bas on a abandonné 40 % environ en moyenne), après une envolée sans précédent, créée par une spéculation auto alimentée par la baisse des taux d’intérêt, qui ont conduit, puisque souvent il y avait des prêts à intérêt progressif, certaines personnes non solvables à acheter un appartement ou une maison, dans la perspective de revendre plus cher, de rembourser le nominal du prêt, et de recommencer ultérieurement… Comme dans n’importe quelle martingale, le mouvement économique n’étant jamais continu, à un moment, cela se retourne, et on s’aperçoit que l’on a prêté de l’argent à des personnes qui n’étaient pas solvables, cela s’est appelé les « subprimes ». A partir du moment où les prêts sont gardés par l’établissement prêteur, il n’y a généralement pas de problème, l’établissement prêteur se met à provisionner le risque financier, il a des marges… on s’y retrouve, sur le long terme. Au pire, certains établissements prêteurs font faillite, et c’est la règle du capitalisme. Dans l’histoire des subprimes, il y a eu quelque chose de pire qui a été mis en œuvre par le système bankster nord-américain : la mutualisation des prêts.

C’est un peu comme si l’on mettait dans une cagette de pommes saines une ou deux pommes pourries, et que l’on revende la cagette à des gens croyant que ces pommes étaient toutes saines, et qu’elles avaient la possibilité d’être conservées pour être consommées au fur et à mesure des besoins, durant l’hiver. Lorsque l’on s’est aperçu qu’il y a eu des pommes pourries mises dans les cagettes, garanties « pur pomme, pur AOC », il y a eu une vraie surprise… et une défiance généralisée sur toutes les cagettes de toutes les pommes. Cela a entraîné des faillites bancaires en cascade, dont la plus retentissante a été celle de Lehman Brothers, une banque d’affaires américaine qui était concurrente du géant Goldman Sachs… lequel avait la particularité d’avoir formé le ministre de l’Economie américaine de l’époque. Du coup, il n’y a pas eu de sauvetage de Lehman Brothers… et la banque s’est retrouvée en liquidation, directement, ce qui a gêné largement tous ses créanciers (euphémisme). 


Crise franco-française de mal-gouvernance.

Le jour sur le lendemain, outre les 650 milliards de dollars de créances sur Lehman Brothers qui étaient en théorie potentiellement exigibles mais qui étaient en pratique totalement inatteignables, une méfiance généralisée s’est installée et le robinet du crédit s’est fermé, pendant plusieurs semaines voire même plusieurs mois, ce qui a entraîné une répercussion colossale sur l’économie réelle. Il est d’ailleurs assez intéressant de voir que la France, avant cette crise, se portait plutôt pas trop mal. La croissance du PIB était de 2,4 % en 2006, de 2,2 % encore en 2007. Avec les subprimes, avec le choc de la fin de l’année, qui a entraîné un grand nombre d’industriels à fermer les usines, faute de crédits pour acheter les matières premières et pour payer le personnel, avant que l’argent des ventes ne puisse entrer dans la caisse… le PIB n’a progressé que de 0,8 % en 2008 et l’on a connu un affaissement considérable de moins 2,5 % en 2009. Lors des précédentes récessions cycliques, le PIB avait continué à augmenter en valeur, car nous étions en période d’inflation. En 2009, les acteurs du marché se sont rués sur les clients comme la misère sur le pauvre peuple, l’inflation a été légèrement négative, on a eu un phénomène tout à fait nouveau, inédit depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale : le PIB de la France s’est rétracté, tombant de 1.933 milliards d’euros en 2008 à 1.889 milliards en 2009. En avril 2008, le nombre de chômeurs était, pour la première fois depuis les années 1980, en dessous de 2 millions.

Il est remonté à 2,21 millions fin 2008, à 2,7 millions fin 2009… et, aujourd’hui, sans même compter les personnes travaillant partiellement et désireuses de trouver un emploi à temps plein ou encore les chômeurs résidant dans les départements d’outre-mer, on a largement dépassé le seuil des 3,5 millions de chômeurs. Nous sommes sur des chiffres records, avec au moins 1,5 million de personnes qui ne contribuent pas à la création de richesse de plus que ce qui était constaté « avant crise ». En France, nous n’avons pas connu le même système que les autres pays qui nous entourent, qui se retrouvent aujourd’hui, comme le Royaume-Uni, avec un taux d’emploi supérieur à celui qui était constaté au début de l’année 2008. L’Allemagne était également dans le plein-emploi, l’Espagne réduit de façon rapide le nombre des chômeurs, il en est de même au Portugal, en Irlande… tout comme en Italie, sans parler de la Suisse, paradis de l’emploi puisqu’il n’y a même pas 3 % de chômeurs rapportés à la population active. L’économie française a souvent réagi à des crises importées. En 1982, le retournement cyclique fut occasionné par le durcissement de la politique monétaire américaine. En 1993, ce fut la politique monétaire allemande qui s’est durcie, juste après la réunification et l’échange d’un mark de l’est contre un mark de l’ouest, qui a amené une énorme masse de liquidités nouvelles dans l’économie allemande, au grand dam de la Bundesbank, qui n’a pu que s’incliner, alors que le taux de change du marché noir, avant la réunification, donnait un mark de l’ouest pour 20 marks de l’est. L’économie allemande, qui montait à une inflation supérieure à 5 %, a dû serrer la vis, et ce fut l’instrument des taux qui a été utilisé.

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