L’enfant, la mort et la vérité.

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

C’est un scandale incroyable, une opération de désinformation orchestrée qui n’est pas sans rappeler, par la méthode et l’emballement médiatique, la sinistre machination dite des couveuses du Koweit. Celle que nous évoquons ici a eu pour effet de modifier la perception des opinions publiques occidentales et du monde arabe à l’égard d’Israël : il s’agit de l’affaire Mohammed al-Durah, dont les conséquences ont été funestes. Souvenez-vous, en 2000, France 2 diffuse un reportage montrant un enfant palestinien blotti dans les bras de son père, traqué par l’armée israélienne. On a l’impression que le petit garçon est mort, l’homme pleure et les tirs israéliens se poursuivent... Une photo en ce sens fait le tour du monde. Elle donnera à Al-Qaïda l’opportunité de recruter des milliers de terroristes et de plonger ce que l’on appelle la rue arabe dans la haine de l’Occident...

Or, des experts en balistique ont prouvé que les tirs ne visaient pas le père et son enfant... D’ailleurs, on ne voyait pas de traces de sang. Ensuite, ceux qui ont eu accès au film dans son intégralité ont pu constater que ni l’homme, ni le petit garçon n’étaient morts, ni blessés… C’est l’éditeur Philippe Karsenty, aujourd’hui adjoint au maire de Neuilly, qui a été le premier à révéler cette affaire dans le monde. Aujourd’hui, il publie «L’enfant, la mort et la vérité», l’enquête menée par deux journalistes allemands, Esther Schapira et Georg M. Hafner, qui apportent de nouvelles preuves sur cette opération de manipulation. Pourtant, Philippe Karsenty a été condamné en justice dans ce contexte : «J’ai perdu, puis gagné en appel mon procès. Mais la Cour de Cassation a annulé ma victoire à la Cour d’appel en disant que pour juger si j’avais raison ou non, on n’avait pas le droit de regarder les images, ce qui avait été pourtant fait lors du procès en appel que j’avais gagné. On est dans un système où la justice vient au secours du système médiatique français pour protéger cette désinformation».

Il poursuit avec amertume : «On n’arrive pas à franchir le mur du silence en France en raison de ce corporatisme des journalistes. Quand j’ai gagné mon procès contre France 2 et Charles Enderlin en 2008, il y a eu une pétition qui a été lancée par Le Nouvel Observateur, reprise par Le Monde et Marianne, signée notamment par Régis Debray et Jean Lacouture. Plus d’un millier de journalistes et de pseudo-intellectuels ont signé cette pétition ! Par principe, Charles Enderlin avait raison...». Alors, revenons à l’affaire Mohammed al-Durah : «C’est une mise en scène ! France 2 nous a montré le 30 septembre 2000 un enfant soi-disant mitraillé par les soldats israéliens pendant 45 minutes. À la fin du reportage, on nous a expliqué que le père, qui tenait l’enfant dans ses bras, avait reçu 15 balles. Mais, quand vous regardez bien les images, il n’y a pas une seule goutte de sang sur les vêtements, le corps ou le mur…

Le plus étonnant, c’est lorsque nous avons récupéré les images qui suivent la pseudo mort de l’enfant, on voit celui-ci qui lève le coude et qui tourne la tête en direction du cameraman. Quelques secondes plus tard, ils disparaissent du mur, sans même avoir été évacués par une ambulance. On a affaire à une véritable manipulation médiatique à une grande échelle, qui a eu des conséquences considérables, puisqu’un an plus tard il y a eu le 11 septembre et je rappelle que Ben Laden a utilisé ces images dans ses clips de recrutement pour inciter à la haine contre l’Occident judéo-chrétien». Il aura fallu des années pour que la vérité soit enfin connue. 


Car, déplore Philippe Karsenty, «dès le lendemain, les Israéliens, n’ayant pas compris qu’ils avaient affaire à une manipulation médiatique, ont tout de suite reconnu leur culpabilité en s’excusant de cette erreur. Or, dans le reportage de France 2, ce n’était pas une erreur, mais un ciblage, puisque le commentaire de Charles Enderlin était : «Le père et l’enfant sont la cible de tirs venus de positions israéliennes». Les Israéliens ont quand même mis treize ans à reconnaître qu’ils s’étaient trompés et que c’était une mise en scène. Le rapport officiel a été publié en 2013. Entre temps, les Arabes et les journalistes occidentaux complices se sont servis de cette image pour diaboliser Israël et complètement renverser la perception des Occidentaux de ce qui se passait au Proche-Orient. C’est ce qui a changé le cours de l’histoire. Je rappelle que Daniel Pearl a été égorgé pour venger Mohammed al-Durah… Mohammed Merah a bien dit qu’il avait commis ces crimes pour venger les enfants palestiniens de Gaza en faisant référence à Mohammed al-Durah. Au Mali, la place principale de Bamako s’appelle la place de l’enfant martyr de Palestine, avec cette fresque du père et de l’enfant.

Il faut savoir que tous les pays musulmans ont des monuments ou des rues à la mémoire de Mohammed al-Durah». Mais comment a-t-on pu en arriver là ? «Il faut savoir que cette vidéo a été offerte à toutes les télévisions du monde par France Télévisions. S’il n’y avait pas eu une télévision occidentale pour valider cette manipulation, il n’y aurait eu aucun impact. Charles Enderlin a reçu le film, il l’a monté et il a apposé son commentaire en se basant sur les instructions de son journaliste palestinien qui a filmé les images.

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