Le monde des médias est en pleine tourmente.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 13 novembre (numéro 817) : “Est-il possible de redresser l’économie française ?”. Bonne lecture !!!

En Bourse, il fut un temps, la mode valorisait beaucoup les sociétés de médias, les éditeurs de presse, les chaînes de télévision. C’est passé ! Aujourd’hui, après une décennie difficile, des baisses régulières de chiffres d’affaires publicitaires, des augmentations considérables des droits de diffusion (notamment événements sportifs)… on commence à avoir une idée plus précise de ce genre de métier : les risques sont souvent plus impressionnants que les perspectives de réussite. La concurrence y est forte, à peine elle se simplifie, immédiatement ou presque après, par une sorte de miroir qui attire des alouettes fortunées, de nouveaux acteurs arrivent, cassent les prix… et on est reparti pour un tour. Orange a abandonné ses ambitions dans la diffusion de bouquets télévisuels concurrençant Canal Satellite, Didier Lombard voulait transformer le groupe en éditeur presque autant qu’en diffuseur, sans être allé jusqu’au bout du chemin, son successeur a décidé d’arrêter les frais, de s’allier à Canal Plus… et de ne conserver qu’un minibouquet, pour la clientèle existante.

Orange Sports n’était plus présent… c’est la qatarie beIN Sports qui est arrivée à son tour, raflant à très cher prix les droits sportifs, et s’imposant, lors de la Coupe du Monde de football, avec une offre « sans engagement », qui lui a permis de grappiller une clientèle significative, même si la rentabilité est loin d’être au rendez-vous. Sans aller jusqu’au coup spéculatif de la chaîne « Numéro 23 » qui fut obtenue gratuitement auprès du CSA et qui, juste à l’échéance de l’engagement de conservation, s’est retrouvée être à vendre sur le marché, aujourd’hui, il y a de nouveaux opérateurs qui veulent entrer, comme il y a une trentaine de chaînes gratuites qui se disputent l’audience en France, plutôt que de créer une chaîne, ils en rachètent. NextRadioTV, qui a fortement innové avec le lancement, il y a une dizaine d’années de cela, de la chaîne d’information en continu BFMTV puis avec le rachat de la radio BFM devenue BFM Business, avec une diffusion télévisée sur l’Ile-de-France et sur les réseaux câblés, avec également le lancement de RMC Découverte… a été acheté par le Moogul Patrick Drahi, dont nous avons parlé il n’y a pas si longtemps que cela. 


Hors de France, des médias prospères.


A l’étranger, les géants des médias sont prospères, souvent indépendants, et ils offrent une valorisation par rapport à leurs bénéfices comme par rapport à leur chiffre d’affaires très largement supérieure à ce qui est aujourd’hui constaté pour les médias français principaux, du moins lorsqu’ils sont cotés. Le groupe américain Time Warner vient de sortir d’excellents résultats semestriels. C’est le propriétaire de la chaîne câblée HBO (l’équivalent de Canal Plus aux Etats-Unis), et l’éditeur d’un grand nombre de films ou de séries, à travers sa filiale Warner Bros. Le chiffre d’affaires de Time Warner a atteint 6,56 milliards de dollars au troisième trimestre de 2015 soit une hausse de 5,1 % sur ce qui fut constaté au troisième trimestre de 2014. Le bénéfice net part du groupe, coquet, a monté de 967 millions à 1,04 milliard de dollars. Ce sont des programmes tels que « Game of Thrones » ou encore « True Detective » qui attirent l’abonnement, et fidélisent la clientèle de HBO. Time Warner dépend de moins en moins de la publicité, qui, aux Etats-Unis comme ailleurs, ne déserte pas totalement les télévisions, mais s’en éloigne, progressivement, pour se consacrer à d’autres styles de prospects, les internautes ! Le groupe allemand Axel Springer, connu en France pour détenir 50,10 % du capital de La Centrale et de Caradisiac.com, avec comme partenaire Spir Communication, ou encore une grosse majorité dans Auféminin.com et 100 % du capital de SeLoger.com, mais connu en Allemagne pour le grand quotidien Bild Zeitung, et tous ses dérivés, comme notamment Auto Bild, dont est issu Auto Plus en France… fonctionne très bien, avec le succès de ses sites Internet qui compensent, et au-delà, la récession dans la presse écrite. En France, le secteur se prend des claques, quasiment à chaque annonce. Même s’il y a eu un léger rebond récemment, le titre TF1 a fortement baissé lors de l’annonce de ses résultats trimestriels du troisième trimestre de 2015. Depuis le début de l’année, la baisse est de presque 5 %, on est tombé à un moment à un plus bas de 11,43 euros, mais, il n’y a pas si longtemps, on a connu des plus bas entre 5,50 et 6,50 euros. Le marché n’a pas du tout apprécié la baisse des recettes publicitaires au troisième trimestre de cette année, bien que, l’an dernier, il y avait des recettes exceptionnelles en raison de la diffusion, chèrement acquise, de la Coupe du Monde de football, qui avaient impacté positivement la fin du deuxième et le début du troisième trimestre 2014.


TF1 : manque de visibilité pour le n°1.

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